QUE DIEU- VOUS DONNE LA PAIX AVEC TOUS CEUX QUI VOUS ENTOURENT
Que vos maisons soient toutes remplies de paix et de concorde !
Oh ! que la paix est une marchandise qui mérite d'être achetée chèrement, d'autant que le défaut de cette paix est la source d'où procèdent tous les malheurs, afflictions et misères qu'on voit en ce monde parmi les hommes. C'est pourquoi Notre-Seigneur sachant bien la grande nécessité que les hommes avaient de cette paix, n'a rien tant prêché, et ne nous a rien tant
recommandé et enseigné, tant d'exemples que de paroles, que de nous aimer les uns les autres ; nous voyons qu'il n'inculque rien tant en 'Evangile que le commandement de l'amour du }rochain.
Mais comment et de quel amour devons-nous aimer le prochain ? De l'amour même que Dieu imis aime ; car il faut aller puiser cet amour dtns le sein du Père éternel, afm qu'il soit tel qu'il doit être, c'est-à-dire qu'autant que nous le pcuvons, nous le devons l'aimer d'un amour pur, soide, ferme, constant et invariable, qui ne s'ittache point aux qualités et conditions des personnes, mais à l'image de Dieu que nous portons tous, le considérant comme œuvre de Dieu, et qui enfin jouira, s'il plaît à la bonté céleste, du Paradis qui nous est préparé.
Il nous faut donc un cœur bon, doux, affectueux envers le prochain, et particulièrement quand il nous est à charge et à dégoût ; car alors nous n'avons rien en ce prochain pour l'aimer, que le respect du Sauveur, qui rend l'amour sans nul doute plus excellent et digne, d'autant qu'il est plus pur et net des conditions caduques ; et, bien qu'il semble.au commencement que ee soit à contrecœur, il ne le faut point laisser pour cela ; car cette répugnance de la partie inférieure, enfin sera vaincue par l'habitude el bonne inclination qui sera produite par la répétition des mêmes actions.
Soyons bons au prochain, mais surtout envers les nôtres. Il faut que l'on demeure en la barque en laquelle on est, pour faire le trajet de cette vie à l'autre et qu'on y demeure volontiers et amiablement. La multitude des ennuis que vous avez aux affaires de votre maison vous servira infiniment pour rendre votre âme vertueuse, si vous vous exercez à supporter le tout en
esprit de douceur,de patience et de débonnaireté / or cette débonnaireté veut que l'on réprime le/ mouvements de colère, que l'on soit dou cordial^ et plein de mansuétude envers prochain. Hélas ! c'est une grande partie notre perfection, que de nous supporter les u^s les autres en nos imperfections ; car en qiii pouvons-nous exercer l'amour du prochain, sinon en ce support ? Ceux que Notre-Seignir supporte, nous les devons tendrement supporter.
Celui qui préviendra son prochain en doucoir sera le plus parfait imitateur de Dieu, [et quiconque veut être parfait et tout à fait enfant de Jésus-Christ, il doit pratiquer cette doctriie. Aimez la sainte vertu de support et de souplesie, car ainsi, dit saint Paul, vous accomplirez la toi de Jèsus-Christ.
Certes, si nous aimons ainsi le prochain, notre amour ne sera point sujet au changement ni aux aversions, comme est celui que nous nous portons les uns aux autres, qui, pour l'ordinaire, se dissipe et s'alangourdit sur une mine froide ou qui n'est pas si correspondante à notre humeur, ou pour la rencontre de quelque petite chose qui n'est pas comme nous désirons.
Ne perdez, au contraire, aucune occasion, pour petite qu'elle soit, d'exercer, non-seulement à tout propos, mais encore hors de propos, la sainte débonnaireté et douceur envers ceux qui vous sont le plus ennuyeux ; supportez tout doucement ces mêmes injures. Cette bizarrerie du mari et de la femme, ce cassement d'un verre, ce mépris ou cette moue, cette perte de gant, d'une bague, d'un mouchoir : la paix vaut mieux qu'une chevauce (1).
Aimons-nous donc les uns les autres et mar-
(1) Le bien qu'on a ou qu'on peut avoir.
cîions en la voie de la dilection, nous aimant comme Notre-Se-gneur Jésus-Christ nous a aimés; il s'est offert en holocauste pour nous, ce qui fut lorsqu'il mourut sur la croix, où il nous donna jusqu'à la dernière goutte de son sang, lequel il répandit sur la terre, comme pour faire un ciment sacré, duquel il voulait cimenter, unir et attacher toutes les pierres vives de son Bglise, qui sont les fidèles, l'un à l'autre, afin qu'ils fussent tellement unis et serrés, que jamais il ne se trouvât nulle division entre eux, tant il craignait que cette division ne leur causât une désolation éternelle.
0 Dieu ! quand sera-ce que le, support du prochain aura sa force dans nos cœurs ? Quand sera-ce que nous serons tout détrempés en douceur et suavité envers notre prochain ? Quand verrons-nous les âmes de nos prochains dans la poitrine sacrée du Sauveur ? Qui regarde le prochain hors de là, il court fortune de ne l'aimer ni purement, ni constamment, ni également mais là, en ce lieu, qui ne l'aimerait ? qui ne le supporterait ? qui ne souffrirait ses imperfections ? qui le trouverait de mauvaise grâce ? qui le trouverait ennuyeux ? Or, il est, ce prochain, dans le sein et dans la poitrine du divin Sauveur ; il y est comme très aimé, et tant aimable que Celui qui l'aime meurt d'amour pour lui.
Oh ! qu'il fait bon voir habiter les frères ensemble avec suavité, union, concorde et paix ! 6e que Dieu a uni en sang et en suavité est inséparable, tandis que ce même Dieu règne en nous et il y régnera éternellement !
Dieu soit béni !