‹ Souhaits de bonne année [microforme]Chapitre 9 sur 15 · QUE SA CROIX SOIT VOTRE GLOIRE ET CONSOLATION · texte numérisé non relu

QUE SA CROIX SOIT VOTRE GLOIRE ET CONSOLATION

Je supplie Notre-Seigneur que sa Groix soit votre gloire et votre consolation :

O Dieu ! que cette Croix est belle ! qu'elle est aimable! Que puisse-t-elle être bien exaltée parmi nous et plantée sur notre tête, comme elle le fut sur celle du premier Adam (1) ! Que puisse-t-elle remplir nntre âme, comme elle remplit l'esprit de saint Paul, qui ne savait autre chose que cela !

Oh! que le Dicu d'Israël est bon d’avoir fourni et pourvu ia nature humaine d’une telle et si précieuse rédemption !

Entendez ce cher Sauveur qui crie qu’il a soif de notre salut ; qui nous attend et nous invite : Venile ad me omnes, venez à moi, dit-il, à tous les hommes, car je suis attaché à cette Croix pour vous recevoir et vous ne trouverez point ailleurs de salnt.

Aussi, tous ceux qui se voudront sauver par la Croix y trouveront le salut ; mais ceux qui voudront se sauver sans la Croix périront misérablement, parce qu'il n’y a de salut qu’en la Croix, Mais en même temps, ressouvenezvous souvent que Notre-Seigneur nous a sauvès en souffrant et endurant ; et que, de même, nous devons faire notre salut par les souffrances et les afflictions, endurant les injures, contradictions et déplaisirs avec ie plus de douceur qu'il nous sera possible. Il est mort comme un Roi d'amour, couronné d’épines parmi la troupe de

(1) Nom que donnent à Notre-Seigneur les Pères de l'Eglise.

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ses élus, les encourageant à la guerre spirituelle qu'il faut soutenir ici-bas pour arriver à la céleste patrie promise à ses enfants.

Demeurez donc avec Notre-Seigrneur crucifié, planté au milieu de votre cœur ! Je vis, il y a quelque temps, une fille qui portait un seau d’eau sur sa tête, au milieu duquel elle avait mis un morteau de bois ; je voulais savoir pourquoi, et elle me dit que c'était pour arrêter le mouvement de l'eau, de peur qu’elle n’épanchât. Et donc, dorénavant, me üi:-je, il faut mettre la croix au milieu de nos cœurs pour arrêter les mouvements de nos affections, en ce bois et par ce bois, afin qu’elles ne s’épanchent ailleurs aux inquiétudes et troublement d'esprit. Savez-vous ce que font les bergers d'Arcadie quand ils voient éclairer, tonner et l'air chargé de foudres ? Ils se retirent sous les lauriers eux et leurs troupeaux. Quand nous voyons que les persécutions &t contradictions nous menacent de quelque grand déplaisir, il nous faut retirer, nous et nos affections, sous la sainte Croix par une confiance que {out reviendra au wrofit de ceux qui aïment Dieu : là, Les maladies sont salutaires et aimables, où Dieu mème nous a sauvés par les langueurs.

Quelle grâce. d'ailleurs, d'être non seulement sous la Croix, mais sur la Croix et un peu crucifié avec Notre-Seigneur! Quand Notre-Seigneur fut à la Croix, il fut déclare Roi, même par ses ennemis, et les âmes qui sont en croix sont déclarées reines.

Ayez donc bon courage, convertissez {a nécesssilé en vertu, et ne perdez pas l’occasion de témoigner votre amour envers Dieu parmi les tribulations, ainsi qu'il témoigna le sien envers nous parmi les épines.

Demeurez à l'ombre et au pied de cet arbre, je veux dire de cette Croix ; rassasiez-vous da

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ses fruits et n’en partez point que vous ne soyez tout détrempés du sang qui en découle.

Jésus glorifié est beau ; mais quoique toujours très bon, il sewible néanmoins qu’il le soit encore plus crucifié ; immolez donc souvent votre cœur à son amour sur l’autel même de la Croix en laquelle il immole le sien; et dites cent fois: C’est ici mon espérance; c’est la vive source de mon bonheur, c'est ie cœur de mon àme, c’est l’âme de mon cœur, jamais rien ne me déprendra de sa charité; je le tiens et ne le lâcherai point qu'il ne m’ait mis en assurance. Dites-lui souveut: Que puis-je avoir sur la terre, ou que prélends-je au ciel, sinon vous, 6 mon Jésus ? Vous les le Dieu de mon cœur et l'héritage queje désire élernellement. Jamais n'advienne que je ins glorifie, sinon en la Croix de Jésus-Christ, par laquelle le monde m'est crucifié et je suis crucifié au monde. |

En somme, il sera toujours vrai que ceux qui prétendent avoir part avec Jésus gloritié doivent premièrement avoir part avec Jésus crucifié.

Que bienheureux sont ceux qui aiment la Croix et qui la portent! Elle sera plantée au ciel quand Notre-Seigneur viendra juger les vivants #t les morts, pour nous apprendre que le cie] kst l’autel des cruciliés. Regardant donc la Croix de Jésus-Christ avec un cœur plein d'amour et de révérence, vous ferez ces éternelles et iuviolables résolutions.

OU mon Jésus, le bien-aimé de mon âme, mon zèle sera de planter la Croix en mon cœur, en mon entendement et en mes sens, Je formerai ce signe sacré avec révérence, j n marquerai mon cœur à mon réveil et avant mon sommeil, et, cherchant en la sainte Groix mon support paræi les angoisses de cette vie, j'espère d'y trouver ma joie éternelle, çar ayant aimé Jesus crucifié, en ce monde, je jouirai en l’autre de

Jésus glorifié, auquel soient honneur et gloire aux siècles des siècles!

Vive Jésus! qu'à jamais puissions-nous unir nos petites croix à la sienne si grande, et qu’il règne parmi nos douleurs, puisque nous ne pouvons régner et vivre que par celles de sa mort.

Dieu vous bénisse en l'amour de la sainte

Croix !

QUE TOUTES LES AMERTUMES DE LA VIE TOURNENT À VOTRE PROFIT TEM- POREL ET ÉTERNEL !

Je prie Dien qu'il soit toujours au milieu de votre cœur, afin que, vous faisant part de sa croix, il vous communique sa sainte patience et: ce divin amour qui rend si précieuses les tribulations ; car elles sont plus précieuses que l'or et le repos aux âmes que Dieu a choisies. Aussi, quelles bénédictions puis-je souhaiter plus aimables que celle d’être fidèle à Notre-Seigneur parmi les adversités de toutes sortes qui vous agitent ?

Que nous sommes bienheureux d’avoir des travaux, des peines et des ennuis ! car ce sont les voies du ciel, pourvu que nous les consacrions à Dieu. Nous ne sommes sur la terre que pour souffrir. Malheur à ceux qui ont leur consolation en ce monde ! ils ne l’auront point dans l’antre. Cette vie n’est qu'un temps de tentations et d'épreuves pour nous corriger, pour nous purifier, pour nous détacher. Vous serez bienheureux si vous recevez d’un cœur filialement affectionné ce que Notre-Seigneur vous envoie d’un cœur si paternellement soigneux de votre protection ; car rien ne sort de cette main divine qui ne soit

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pour l'utilité des âmes qui le craignent, ou pour les purifier, ou pour les añiner en son saint amour.

Quand nous n’aurons plus à souffrir nous

n'aurons plus à vivre comme on fait sortir un malade de l’hôpital dès qu'il est guéri; ce n’est 2 par la souffrance que notre gué ison s'opère. Haussez votre tête vers le ciel : voyez que pas un des mortels qui y sont immoriels n'y est allé si ce n’est pas par des troubles et des afflictions continuelles ; le crucifix est l'échelle par laquelle de ces années temporelles nous passons aux années terribles ; il n’y a roint d'autre chemin pour aller au ciel. Notre-Seigneur y a passé le premier. (C’est pourquoi. bien que d'un côté je ne puisse pas r1'em1pêcher de compatir avec vous, à cause de la charité que je vous porte, d'autre part je me glorifie en la Croix de Notre-Seigneur, puisque vous êtes si heureux que d'y participer. Ah! si l’envie pouvait régner au royaume de l'amour éternel, les anges envieraient aux hommes deux excellences qui consistent en deux souffrances : l'une est celle que Notre-Seigneur a endurée en la Croix pour nous, et non pour eux, du moins si entièrement ; l’autre est celle que les hommes endurent pour Notre-Seigneur : la souffrance de Dieu pour l'homme, la souffrance de l'homme pour Dieu. Ainsi les vrais serviteurs de Dieu ont toujours plus estimé le chemin de l'adversité, comme plus conforme à celui de notre chef, qui ne voulut opérer notre salut et la gloire de son nom que par la croix êt les opprohres. Saint Paul, ‘ qui avail élé au ciel‘ et parmi les félicités du paradis, “ ne se tenait pour heureux qu'en ses infirmilés el en la croix de Notre- Seigneur.

6 vous dirai donc que vous ne regardiez vos aflictions qu’au travers de la Croix, et vous les trouverez, ou petites, ou du moins si agréables, que vous en aimerez plus la souffrance que la

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jouissance Jde: ioute consolation qui en est séparée. Les peines considérées en elles-mèmes ne peuvent, certes, être aimées ; mais regardées en leur origine, c’est-à-dire en la providence et volonté divine qui les ordonne, elles sont infniment aimabies, Vovez la verge de Moïse, en terre, c'est un serpent efiroyable ; voyez-la en la main de Moïse, c'est une baguelte de merveilles. Vovez les tribulations en elles-mêmes, elles sont affreuses ; voyez-les en la volonté de Dieu, elles sont des amours et des délices, On dit qu’en Béotie il y a un fleu7e dans lequel les poissons paraissent tout d'or ; mais tés de ces eaux, qui sont le lieu de leur origine, ils ont la Valeur naturelle des autres poissons. Les affictions sont comme cela : si nous les regardons hors de la volonté de Dieu, elles ont keur amertume naturelle ; mais qui les considère en ce bon plaisir éternel, elles sont toutes d’or, aimabies et précieuses plus qu'il ne peut se dire.

Mais qui veut Disn recevoir les coups des accidents de cette vie mortelle, il doit tenir son esprit en la très-sainte volonté de Dieu et son espérance en la hienheureusse éternité. Tout cé tracas de peines et d'ennuis passera bientôt ; ce ne sont que des moments, et puis nous n'avons point encare répandu de sang pour celui qui répandit tout le sien pour nous sur ia Croix. Oh ! c’est ainsi qu'il faut servir Dieu : c'est ie servir en Dieu, et par l'amour souverainemant et incomparablement excellent. En quelles oceurrences pouvons-nous faire sur la terre les grands actes de l’invariable union de notre cœur à la volonté de Dieu, da la mortifcation de notre amour, et en somme de votre crucifixion, si ce n’est en ces âpres assauts ? Combien de fois nous est-il arrivé d’avoir à contre-cœur les médicaments lorsque le méde-

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cin où l'apothicaire les présentait, et que, nous étant offerts par quelque main bien-aimée, l'amour surmontent l'horreur, nous les rece.

vions avec joie ! Certes, ou l'amour ôte l’âpreté du travail, ou il eu reud le sentiment aimable.

A mesure donc que vos peines redoublent, vous devez redouibler de courage, en songeant que Celui qui, pour montrer son amour envers vous, à choisi la mort de la croix, vous tirera de plus en plus à son amour et à sa gloire par la croix de tribulation qu'il nous envoie. Soyez bien fermes en Ja confiance que nous devons avoir en la providence de Dieu, qui, si elle vous prépare des croix, vous donnera des épaules pour les porter.

Vous savez très bien que Dieu réserve le partage de ses enfants pour la vie future, et que pour celle-ci, il ne donne ordinairement à ses mieux aimés que l'honneur de souffrir beaucoup et de porter leur croix après lui. Aimez donc bien votre croix, car élle est toute d’or, si vous la regardez des yeux de l'amour de Dieu ; et quoique d’un côté vous voyiez l'amour de votre cœur mort et crucilié entre Jes cious et les épines, vous trouverez de l’autre un assemblage de pierres précieuses, pour en composer la couronne de gloire qui vous attend, si en attendant de l'avoir vous portez amourcusement

celle d'épines avec votre Hoi, qui à tant voulu * souffrir pour entrer en sa félicité

Mais je désire que votre croix soitenl'èremeut croix de Jésus-Christ ; et quant à la comvosition de cette croix et quant au choix le bon Dieu sait bien ce qu'il fait et pourquoi ; c'est pour voire bien, sans nul doute. Soyez seulement courageux ; il n'est pas des rosiers spirituels comme des corporels ; en ceux-ci les épines durent et les roses passent, en ceux-là les épines passeront et les roses demeureront.

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