LA SOCIÉTÉ ROYALE DU CANADA
possède effectivement leur orgueui' et leur entêtement, en même temps que l'âpreté et l'égoisme des Carthaginois." (1) On connaît l'esprit qui animait alors les vainqueurs, dont quelques-uns prétendaient pousser lex conséquences de ln conquête du Canada jusqu'À dépouiller les sei- #neurs et toute la population du Cana et de l’Acadie de leurs propriétés en torres(). La connaissance des débats qui ont manifesté cet état d'esprit serait utile. © aurait mieux alors la vraie nature de ces ressentiments que les Canadiens Curent À vaincre par leur attitude calme et conciliante, mais ferme et comportant l'adaptation à leurs besoins de l’admirable instrument de gouvernement que leur apportait l'Angleterre,
Toute l'histoire, toute la vie nationale canadienne tiennent ainsi par certains côtés à cette époque mal connue de l'histoire parlementaire britannique. Les sources anglaises semblent épuisées. 4 La vie de Chatham, dit Lord Rosebery, est extrêmement difficile à écrire; À vrai dire on ne pourra jamais l'écrire, ” G)Green, Macaulay, Thackeray et plusieurs autres constatent le même fait, non seulement pour la carrière de Chatham, mais pour toute l’histoire parlementaire de 1737 à 1800, époque qui nous intéresse particulièrement, C'est en 1737 que Chatham entre en scène et que commence le duel titanique qui valut à l'Angleterre la possession de l'Amérique française. Pour comprendre dans quelles conditions s'est faite la lutte, et nous rendre compte de la situation où s'est trouvé, à la paix, le groupe français resté dans ]n colonie, il faudrait savoir aussi exactement que possible ce qui s’est Passé au Park ment avant et après cette époque,
Or nous constatons que cette période de l’histoire parlementaire est particulièrement difficile à rétablir. De 1730 à 1743, les collections du London Magazine et. du Gentleman’s Magazine sont peu sures et ne touchent guère aux questions qui nous intéressent le plus. De 1743 à 1774 la collection Almon, qui fait suite aux rapports de Samuel Johnson, laisse encore plus à désirer. Nous arrivons ainsi, toujours dans les ténèbres, ou plutôt dans un crépuscule historique, jusqu’à l’époque de l’Acte de Québec (1774) et de l’Acte Constitutionnel (1791).
Telle est la situation. Comme on le voit, il y a là une réelle lacune à combler. Est-il possible de reconstituer ces débats parlementaires qui éclaireraient d’une si vive lumière certains côtés de notre histoire? Peut-être, jusqu'a un certain Point, pouvons-nous répondre. Il existe en effet d'autres sources auxquelles l'on ne semble pas avoir songé en Angleterre,
Nous savons que les ambassadeurs et certains autres membres du
(Archives du ministère des Affaires étrangères, Tome 447 (1763), €) (Ibid).
@) Lord Chatham, his early life and character, London, 1910.
(sovcusrrr] SOURCES D HISTOIRE PARLE MENTAIRE 171
corps diplomatique se trouvaient parmi lex Privilégiés admis aux séances du parlement. Or les ambassadeurs Ont pour mission de renseigner leurs Bouvernements aur ce qui se passe dans les pays aupr desquels ils sont accrédités. Il devait en être ainsi surtout à cet époque où les feuilles publiques étaic:;:t bien rares et les comptes rendus officiels inconnus. Deux grands souverains règnaient alors en Europe : Catherine, en Rr “ie et Frédéric, en Prusse, Tous deux avaient un intérêt direct À connaître par le menu ce qui se passait au Parlement anglais, La Prusse, l'Autriche, la Hollande touchaient des subventions pour combattre la France, La France elle-même, faisant face à l'Europe, devait exiger de son représentant des renseignement, ! (nillés,
Nos archives n’ont encore rien recueilli à ce «ot L'abbé Verres a dépouillé les années 1761, 1762, 1763 et 1764 des & à ve du ministère des Affaires étrangères de France. Mais son travail, bien que fort im- Portant, ne touche en aucune manière aux débats parlementaires anglais, car il s’est attaché surtout À l'époque où ces comptes rendus étaient interrompus à cause de la guerre qui avait naturellement mis fin aux relations diplomatiques.
D'autres chercheurs sont allés plus loin et nous savons aujourd'hui, qu'en France au moins, il existe toute une série de comptes rendus parlementaire: inglais inédits. Un écrivain distingué, M. Paul Mantoux porte À notr ttention dans un livre récent (1) l'importance de la “correspondi..ce politique” dans la série “ Angleterre” des Archives du ministère des Affaires étrangères de France. Cette correspondance, dit-il, contient de nombreux romptes rendus du Parlement anglais inégalement repartis parmi le. : )lumes du XVIIe siècle, Leur im- Portance historique, ajoute-t.. l’ailleurs, serait médiocre, si nous possédions d'autre part un texte Lomplet ct sûr des débats parlementaires antérieurs au XIXe siècle. Nous avons déjà constaté que ce texte n'existe pas.
Mais, fait observer M. Mantoux ‘si ces Comptes-rendus sont parfois courts et incomplets, la plupart ont, en revanche, la valeur de témoignages directs provenant quelquefois de sources ofucielles et qui, dans tous les cas, n’ont nullement été empruntés aux publications anglaises,” De nombreux détails sur les séances, sur la manière de s'exprimer des orateurs et surtout le fait que les dépêches arrivaient hebomadairement À Paris, tandis que les magazines anglais ne paraissaient que chaque mois, établissent clairement ce point. En les comparant avec l’œuvre de Cobbett, on constate que certains débats transmis en France
(1) Notes sur Les comples rendus des séances du Porte ment anglais du XVIII sue le conservés aux Archives du ministère des Affaires étrangères. In-12, Paris. V. Giard et E. Brière, éditeurs, 1906.