LES SCIENCES ET LES ARTS
La science en général est la connaissance des choses, acquise par la leçon ou par la lecture et la réflexion. « Quand par le raisonnement, dit
Bossuet (1), on entend certainement quelque chose, qu'on en comprend les raisons, et qu'on a acquis la facilité de s'en ressouvenir, c'est ce qui s'appelle science. » Parmi les sciences, les unes s'attachent à la seule contemplation de la vérité, et pour cela sont appelées spéculatives ; les autres tendent h l'action et sont appelées pratiques. Les spéculatives sont : la métaphysique, la physique, la géométrie, Tarithmélique, Tastronomie... Les sciences pratiques sont : la logique et la morale... Les arts différent d'avec les sciences en ce que premièrement ils nous font produire quelque ouvrage sensible, au lieu que les sciences exercent seulement ou règlent les opérations intellectuelles, et secondement que les arts travaillent en matière contingente. « La science, dit toujours Bossuet, est un présent du ciel, la nourrice de la vertu, l'àme de la vérite. »
Ce qui se fait par adresse et par industrie, c'est l'art. En ce sens, il est opposé à la nature. L'art, dit Boileau, corrige et perfectionne la nature. Il faut que l'art vienne au secours de la nature, et c'est leur parfaite alliance qui fait la suprême perfection. Qu'ils se confondent, et voilà la grande beauté !
(1) Connaissance de Dieu et de soi-mênie, cli. xiv.
Les principaux arts sont la grammaire, la rhétorique, la poétique, la médecine, la musique, rarchitecturCj la mécanique, la sculpture et la peinture. Ils sont appelés libéraux, dit Bossuet, parce qu'ils sont dignes d'un homme libre, à la différence des arts qui ont quelque chose de servile que notre langue appelle métiers.
L'art vit de l'esprit; le matérialisme est sa mort. Otez les croyances, la religion, le sentiment moral, tout ce qui, en lutte avec les sens, les appétits, les convoitises, s'élève au-dessus de l'être corporel, que reste-t-il de l'homme qu'une sorte de cadavre ? Le vrai, le bien, le beau, essentiellement unis, identiques en soi, ne sont que trois aspects d'une même chose. Or l'art est la manifestation du beau, et le beau, a dit un païen qui a bu au ruisseau de la tradition, le beau est la splendeur du vrai, 11 faut donc être dans le vrai pour faire du beau. Qu'ont produit les doctrines irréligieuses ? Nul spectacle plus triste et plus efirayant que cette dégradation de la pensée, cette complaisance dans le mal abject, ce goût de la fange qui est chez les peuples envahis par le matérialisme. Au sein de leurs richesses, au milieu de leurs splendeurs, à la lueur opaque de leur goût corrompu, à travers le fastueux linceul jeté sur ce corps en dissolution, on voit déjà les vers qui le rongent.
ÏA BIBLE EST LE PLUS RICHE DES LIVRES 4i
D'autre part, l'absence du sentiment moral est le tarissement de la source des hautes inspirations, la pétrification du cœur, la flétrissure de ses délicates fleurs et la ruine de la passion même. La sculpture, la peinture, la musique, n'ont pas échappé à cette furieuse révolution. Gâtées, fourvoyées , impuissantes à reproduire l'élément spirituel de l'humanité, le sentiment pieux, la pensée religieuse, leur vol s'est abaissé comme, au temps de la migration, celui des oiseaux las de leur voyage à travers les hautes régions de l'air. Alors des enfantements erronés, absurdes, monstrueux, des compositions vagues, bizarres, fantastiques 5 des choses sans nom, un tressaillement, un transport fiévreux de joie enthousiaste, d'applaudissement presque unrversel. Que devenez-vous, beautés naturelles, primitives, beautés chrétiennes du moyen âge ? Je vous salue! je vous vénère et je vous pleure ! Je serais à jamais inconsolable, j'ose le dire, si je ne voyais la science artistique concourir de plusieurs manières à l'accomplissement des desseins de Dieu sur l'humanité! Elle lui soumet la matière brute, domptée avec ses propres forces; elle étend et féconde Tesprit d'invention ; elle prépare une diffusion moins inégale de lumières, de talents , de biens et un perfectionnement ; mais par des saintes règles évangéliques, il faut
savoir en profiter. L'humanité^ transportée avec la vitesse de l'aigle, marchera- l-elle vers son auteur? Cherchera t-elle d'abord et plutôt le royaume des cieux que tout le reste ? Quand verrai-je luire l'aurore dorée de ce jour désiré^ de* cette époque de transformation? 0 Dieu! vous qui sondez la nature, les reins et les cœurs, dites-moi à l'oreille le secret d'une solution que vous seul connaissez et qui me ferait tressaillir.
La Bible, renfermant toute vérité, a dû engendrer un art sublime. Aussi la Bible a-t-eîle été pour les siècles anciens et pour les siècles chrétiens ce qu'Homère fut : un fleuve large et profond, où tous les arts sont venus puiser et puiseront éternellement, sans pouvoir diminuer le , volume de ses eaux sans cesse renaissantes. La peinture, dit Auger, a transporté sur la toile et la gravure a répété sur le papier presque tous les événements qu'elle raconte; la sculpture en a décoré l'intérieur et les dehors de nos temples ; la poésie lyrique lui a emprunté les accents les plus pompeux, les plus énergiques et les plus touchants; l'épopée lui doit une de ses plus belles palmes et la tragédie son chefd'œuvre. La musique, mariant ses accords aux majestueuses paroles des cantiques sacrés, a reçu d'elle ses plus heureuses inspirations.
L'art biblique, exprimé dans le christianisme, a enfiinté les chants traditionnels, la musique sacrée de nos temps. Les psaumes que nous chantons, les airs de ces psaumes, d'après les plus savants liturgistes , dans la liturgie romaine ancienne surtout, remontent aux Hébreux. Moïse entonnait, et le peuple, qui savait les cantiques, poursuivait en masse. Représentez-vous l'effet de ces chants, lorsque deux millions d'hommes que Moïse menait à travers le désert, répétaient ces refrains nationaux : Confitemim Domino quoniam bonus, quoniam in sœculum missricordia ejus (1). Le ciel et la terre devaient être ébranlés. Nous n'entendons plus ces grandesvoix : nous entendons dans nos temples des airs, de la musique; mais l'unanimité des voix, les masses de belles voix, l'animation et la puissance électrique que donne la voix de tout un peuple montant vers le ciel; en un mot, ce qui remue les entrailles, nous ne l'avons plus. Serait-il vrai que jamais de notre vie nous n'avons enten'du chanter, et que jamais peut-ôtre nous ne l'entendrons? Il n'y a pas de chant sans masse et sans les refrains chantés par la masse.
Viennent des jours de foi, et vous verrez des chefs-d'œuvre sortir des entrailles de la statuaire
(1) I" des Paralip., xvi, 8.
et de la peinture. Viennent des jours de foi, et l'humanité tout entière chantera en chœur un concert musical diversifié de divines harmonies, à la gloire de son Dieu. Alors l'on comprendra que la joie céleste n'est pas seulement pour quelques-uns, mais pour tous, et Ton réalisera cette vive exhortation de l'Église catholique, qui a pris naissance sur les lèvres des apôtres : Omnes cantent (1), et l'on saura que la musique est naturelle à l'homme et que Dieu lui a donné la voix et ses articulations charmantes pour qu'il lui chante sa louange. C'est la remarque d'un ancien archevêque de Besançon, Claude de la Baume, dans les statuts diocésains qu'il a publiés en 1575 : Quod natura docet, id Ecclesia sola prœstitit: ut voce quam à Deo articulatam accepimus^ omnis generis laudes et gratias Deo referamus (2) . Tout n'est pas fini dans le travail des arts; il a été arrêté, au xyf siècle, par ce qu'on a appelé la Renaissance. La peinture s'est gâtée, l'architecture est un peu redevenue païenne. C'est quand nous aurons une nation vraiment chrétienne qu'elle enfantera une armée d'artistes chrétiens. La terre alors sera éblouie devant les efforts couronnés du génie humain et l'on achèvera ce que l'on a commencé
(i) Canon ou Règle lvu du Vieux iDenys. — (2) Feuillet 173, verso, seconde ligne.
au xiv^ siècle. Nos temples seront beaux, parce que nos artistes seront pieux.
Les trois grands objets de l'art sont Dieu, l'homme, la nature. L'artiste les voit sous des formes diverses; il se les figure selon sa science, selon les idées de son éducation et selon ses inspirations. Il appelle à son secours le luth et la palette, le marbre ou l'argile 5 il écrit sur la terre tout ce qu'il a rêvé. Voilà les arts; et par conséquent trois choses sont indispensables : l'application du travail qui imprime l'idée au front de la matière; le génie qui s'est emparé de l'idée; l'idée, enfin, qui a été enfantée, et c'est ici que se manifeste hautement l'influence de la religion sur les arts; car, si le travail est à l'homme, si le génie est à Dieu, qui le distribue au jour de la naissance ; l'idée modèle, l'idée haute, pure, complète, est à la religion, qui la verse sans mélange dans le sein du génie. Et cette dernière condition est la radicalement nécessaire. Car que Tartiste ait le génie et la main d'application, mais qu'il manque de l'idéal du vrai beau ; que sa pensée soit faussée ou qu'elle soit gâtée, que fera-t-il? Mais que la pensée religieuse vienne à souffler, le génie se réveille, il sort de ce monde, il monte au ciel et va ravir une harmonie qui, de ces hautes régions, fait descendre une grâce plus suave, plus divine, plus pure; il a d'autres
joies, d'autres amours, d'autres magnificences qui Tenflamment. La religion le guide, et le guide d'autant plus parfaitement et d'autant plus sûrement, qu'elle demeure entièrement conforme aux traditions primitives émanées de Dieu et consignées dans la Bible. C'est la Bible qui marque au front de trois caractères qui les couronnent les sciences et les arts chrétiens : l'universalité d'investigations, de recherches et de connaissances , la splendeur divine et la vérité. Car maintenant sur quoi ne s'exerce pas le génie humain ? Voyez-vous l'industrie, la mécanique, l'électricité, la vapeur ? Voyez-vous la stratégie et la marine arrivées à une haute perfection ? Voyez-vous la géologie, la physique, la chimie, la minéralogie, l'aérographie, Thydrographie, la géognosie? De puissants génies ont compté les astres et deviné leurs lois; ils ont tout observé d'un regard; ils ont interrogé toutes les traditions, examiné tout ce qui vit et se remue, tout ce qui respire dans l'air, sur la terre et dans le sein des eaux; ils portent les nouvelles avec une vélocité, une rapidité extraordinaire ; ils effacent les distances par la vélocité des transports.. . ils procurent l'universalité des recherches et des connaissances. Et dans l'inspiration divine n'y a-t-il pas des traits où resplendissent l'humilité, la résignation, la chasteté, la virginité, la
patience? Jésus-Christ n'a-t-il pas reculé les bornes du monde moral ? Ne nous a-t-il pas ouvert un horizon nouveau riche en idées célestes^ en images divines^ en sentiments surhumains^ en joies ea;^atiques ?
Condé s'agenouille sur le champ de bataille, et Newton se découvre au nom sacré de Dieu ; Descartes et Leibnitz contemplent ; Pascal réfléchit et prie; Bacon médite et observe; Bossuet et Fénelon montent au ciel et adorent ; Augustin et Thomas se plongent en Dieu ; Pierre et Jean entendent les secrels de Jésus, et les voilà tous dans la vérité et dans la vérité biblique.
LA GEOLOGIE
Toute science appelle l'esprit créateur, .dit un géologue ; le souffle d'en haut qui la pénétre et la vivifie et sans lequel elle n'est que chimère, mensonges et néant. Aussi le savant qui se livre à l'étude des phcnoménes et des lois du monde, et qui en exclut l'idée de Dieu, cause première, conservateur et dernière fin de tous les êtres^ ressemble à un fossoyeur occupé à exhumer et à classer les ossements vermoulus d'un cimetière. Sans Dieu tout est glacé, tout est mort dans l'es-
prit humain ; car ce grand nom porte la lumière et la vie dans les parties les plus intimes de l'économie de la nature. Souvent l'influence de ses rayons vivifiants, qui descendent du ciel à la voix du génie chrétien, les diverses branches de l'arbre de la science, se régénèrent de jour en jour et se pénétrent de la sève divine qui doit les féconder et leur faire porter tous leurs fruits.
Parmi les sciences modernes^ celle qui fixe d'abord notre attention^ c'est la géologie ou l'histoire naturelle de la terre. Cette science, on le sait, a été longtemps hostile à la religion qui lui avait donné naissance; mais elle est devenue, aujourd'hui qu'elle a grandi et qu'elle a pris rang parmi les sciences positives, un de ses appuis les plus solides. La géologie fournit à la religion, dans la -nature et l'arrangement des matériaux du globe, des preuves sans nombre ^e la sagesse et de la providence divines ; elle porte le dernier coup à plusieurs théories matérialistes ou panthéistes sur l'origine du monde et des êtres organisés ; enfin elle démontre, avec une invincible force d'arguments, l'existence, l'unité, la bonté, la toute-puissance et tous les glorieux attributs de Dieu, manifestés par l'immense série des mécanismes de l'organisatiou physique que la sience étudie dans les innombrables débris fossiles, animaux et végéta uxj et qu'elle rattache avec tant de succès.
aux mécanismes des espèces actuelles pour ne former de tout cet adiuirable ensemble qu'un plan unique et merveilleux, qui est l'hymne le plus magnifique à la gloire de l'Elernel auteur de toutes choses, l.a géologie, devenue biblique, n'est autre chose, dans ses rapports avec la religion^ qu'un auxiliaire et une servante soumise.
« La géologie ou l'histoire du globe terrestre, dit Herscheli, résume eu elle tout le système des connaissances humaines. Elle embrasse toutes les lois qui ont régi et qui régissent encore le monde matériel, tous les phénomènes qui se sont accomplis ou qui s'accomplissciit de nos jours dans l'intérieur de notre planète ou à sa surface. Aussi excite-t-elle aujourd'hui, en Europe, Tintérét le plus puissant et une ardeur de recherches qui promet les plus féconds résultats. Ces richesses se font dans un esprit d'harmonie avec l'histoire de Moïse et les récits bibliques. C'est cette profonde étude qui a amené nos grands génies à la découverte de nos nouvelles inventions et industries. »