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CHAPITRE I

LA BIBLE A TOUTES LES BEAUTÉS d'hARMONIE

Les beautés d'accord, d'union et de convenance régnent tellement dans la Bible, que c'est un livre d'harmonie. La Bible seule ne ressemble à rien, dit Chateaubriand, c'est un monument détaché des autres. Que sont Homère, Pindare, Sophocle, Euripide, Hérodote, Platon, Aristote, Démosthénes, Cicéron, Virgile, Horace, les maîtres de l'éloquence et des belles-lettres, en comparaison de la Bible ? Hélas ! hommes éloquents et polis, harmonieux à la surface de la nature ! Et la Bible, ouvrage de Dieu, pleine des harmonies de la nature qui y sont placées paf le Maître et le Créateur de la nature !

Mais écoutons raisonner un savant (1). « Nous avons montré, dit-il^ que le Christianisme est Tensemble de toutes les vérités et de toutes les lois que Dieu a révélées à l'homme, et qu'il était impossible à l'homme de les connaître autrement que par une révélation divine. Ces lois et ces vérités sont renfermées dans l'Ecriture... Les dogmes, les préceptes et les prophéties sont tellement mêlés à la narration des faits, dans le même livre, dans le même chapitre, dans le même verset; ils forment avec cette narration un tout dont chaque partie est tellement inséparable des autres, que, si la narration même n'était pas inspirée, il faudrait fort souvent admettre l'inspiration dans la moitié d'une phrase et la nier dans l'autre moitié; chose absurde : donc les deux Testaments sont inspirés dans toutes leurs parties. . . .

« Et que de choses seraient sans cela inexplicables dans les livres saints! Comment conceverait-on cette perpétuelle unité d'enseignement parmi tant d'écrivains dont plusieurs ont écrit à près de trois mille ans l'un de l'autre ? Moïse, David, Isaïe, Malachie, nous donnent précisément la même idée de Dieu et de nos devoirs envers lui, nous annoncent le même Médiateur, tandis qu'on ne trouve pas deux philosophes,

(1) Tome IV, ch. iiin, p. 240.

môme contemporains^ qui, lorsqu'ils parlent d'après leur raison, s'accordent sur ce qu'on doit penser de la Divinité, non plus sur les préceptes fondamentaux de la morale. Comment se fait-il que les Evangiles, les Actes et les Epîtres des apôtres ne forment ensemble et avec les livres de l'Ancien Testament, qu'un corps de doctrine toujours la même depuis l'origine du monde ? Comment n'a-t-elle subi aucune modification, selon l'esprit des différents siècles, le génie particulier et les opinions de chaque écrivain ? Cette invariable uniformité est-elle dans la nature de l'homme ? Et si l'Ecriture n'est pas divine, de qui lient-elle ce caractère qui la sépare si visiblement de toutes les productions humaines qui fait des pensées de tant d'hommes dispersés à de longues distances sur la route du temps, une seule pensée, éternelle comme Dieu^ immuable comme sa vérité, féconde comme son amour ?

« Jusque dans le langage de l'Ecriture son inspiration se manifeste. On pourrait dire des Ecritures sacrées ce que disaient de Jésus-Christ les émissaires des pharisiens : « Nul homme ne « parla jamais comme cet homme : Nunquam sic c( locutus est homo, sicuthic homo (1). » On voit, en le lisant, que le doigt de Dieu a touché leurs li-

(4) S. Jean, vii, 46.

vres. Quelle simplicité naïve dans les récits! Quel charme de candeur et de vérité ! Quelle grâce ingénue ! C'est la parole dans sa pureté et son innocence primitive. Et puis^ quelle force, quelle profondeur, quelle richesse d'images? Quels regards jetés jusqu'au fond de la nature humaine ! Qui a mieux senti ses misères ? qui a mieux connu sa grandeur ? On entend des plaintes déchirantes sur le sort des enfants d'Adam ; je ne sais quoi de funèbre enveloppe leurs destinées; un long gémissement, des cris d'angoisse saisissent l'âme de tristesse et d'une secrète terreur. Pourquoi la lumière a-t-elle été donnée au misérable, et la vie à ceux qui sont dans l'amertume du cœur, qui attendent la mort, et elle ne vient point! Quasi misera data est lux^ et vita his qui in amaritudine animœ suntl Qui expectant mortem et non venit (I)? Voilà l'homme tombé, l'homme qu'un crime antique tourmente intérieurement. Et tout à coup une voix d'espérance s'élève et domine cette voix de douleur. L'œil du prophète a découvert le salut dans l'avenir. Si on tressaille d'allégresse , elle relève sa tête couverte de cendre, et salue par des chants de joie que Punivers entier redira, le libérateur qui s'avance. )► Voilà une riche expression des harmonie» bi-

(1) Job, m, 20.

bliques ; mais arrivons à la plus haute, donnée par le même^, et il nous semblera entrer dans de nouvelles régions.

« Dans la Bible (1), des chants pleins de douceur, des hymnes d'une beauté sublime, reposent l'âme effrayée par de sombres tableaux. Quelquefois on entend comme une voix du ciel, comme le son ravissant des concerts des anges ; quelquefois Foreille est soudain frappée d'un bruit sinistre: elle a entendu dans la nuit comme les soupirs de l'abîme.

« Et que de préceptes admirables, que d'instructions profondes, que de vérités inaccessibles à notre faible esprit, nous sont révélés dans l'Ecriture ! Ce n'est pas l'homme qui converse avec l'homme, qui se fatigue pour Téclairer; c'est Dieu qui, d'un seul mot, illumine son intelligence et remue tout son cœur. Il jette, en quelque sorte, à pleines mains, dans le style des prophètes, les merveilles de sa pensée, comme les mondes dans l'espace; et sa parole, élevée à une hauteur infinie, au-dessus du langage humain, a un tel caractère de magnificence et d'empire, qu'on n'est point étonné que le néant lui ait obéi.

« L'Evangile, par sa simplicité même, est encore plus surprenant, plus manifestement divin

(1) Môme chap., p. 218. Édit. de 1823.

Il y a dans les prophètes quelque chose d'ardent, de passionné, et comme un travail du désir pour atteindre un bien qu'ils ne possèdent pas, et auquel toute leur âme aspire ; ils l'appellent avec l'accent de l'amour et de l'espérance; ils demandent à l'avenir celui qui doit sauver le monde; ils s'élancent dans les cieux pour l'y chercher ; ils montent jusqu'au sanctuaire où réside le Très- Haut, et, lorsqu'on a cessé de les voir, on entend encore, au milieu des tonnerres qui roulent au pied du trône de Dieu, leur voix qui invoque son Fils.

«Dans l'Evangile, c'estle calme de la possession, la paix ravissante qui suit un immense désir satisfait, la tranquille sérénité du ciel même.C elui que la terre attendait est venu; le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire du Fils unique du Père, plein de grâce et de vérité ; Et Verhim caro factum est, et habitavit in nobis, et videmiis gloriam ejus, gloriam quasi Unigenti à Pâtre plénum gratiœ etveritatis (1). Tout prend une face nouvelle; le temps des figures est passé ; le salut est accompli ; la nature humaine rassurée éprouve comme un grand repos qu'elle n'avait point connu. »

Est-ce que vous n'êtes pas ébloui devant ces

0) S. Jean, i, 14.

torrents d'harmonie imitalive? Jamais écrivain français a-t-iljugé la Bible comme celui-ci? Le voyez-vous coordonnant le Nouveau Testament avec l'Ancien, mettant à nos oreilles les soupirs des prophètes qui attendent le grand Sauveur et les cris de joie et les pleurs d'attendrissement des peuples évangéliques qui [l'ont reçu et qui le possèdent ? Voici un auteur tout moderne qui ne dit pas moins bien (1).

« Les écrivains de la Bible, placés à une grande distance de temps, de lieu, de condition, élevés les uns dans le palais des rois, les autres dans le parvis du Temple, d'autres dans la cabane d'un pâtre ou d'un pêcheur, ont embrassé le plus vaste, le plus haut sujet qui puisse s'offrir à la pensée humaine. Dieu, l'homme, l'univers; mais chacun l'a traité sous un point de vue différent et avec une manière qui lui est propre.

« Les uns, s'occupant du passé et du présent, ont consigné dans des histoires générales ou particulières, les gestes divins et humains ; les autres, pénétrant dans l'avenir, ont annoncé les desseins futurs de Dieu sur les enfants des hommes, et marqué d'avance les destinées des nations ou des individus. Ceux-ci ont chanté, dans des poésies d'une beauté désespérante, les grandeurs de

(\) Gr. in-18, tome !•', p. 206. Édit. de Lyon.

Dieu et les misères de l'homme. Ceux-là ont donné des règles de conduite pour toutes les conditions, tous les âges, toutes les circonstances de la \ie. Souvent le môme auteur se montre historien, poëte, prophète, moraliste.

« Et pourtant, dans cetteimmense collection de faits recueillis par tant de plumes, dans ce monde de pensées et de sentiments sortis d'un si grand nombre de têtes, c'est en vainque depuis dix-huit cents ans la critique la plus minutieuse, souvent la plus malveillante, a cherché une seule opposition réelle. Cette parfaite harmonie des hagiographes est un phénomène humainement indéchiffrable. »

Harmonie d'idées, de pensées, de concordance, de relations, de rapports, de figures avec la réalité. Vous avez déjà une idée générale de toutes ces beautés harmoniques. iMais disons un mot spécial. Jésus-Christ est la seule harmonie comme il est la seule beauté et la seule réalité. Tout est adapté à lui. L'univers jaillit du néant, l'homme tombe, les catastrophes se succèdent, des grands hommes apparaissent sur la scène du monde et. y jouent un rôle merveilleux, les prophètes par exemple, les patriarches, les rois... tout va à une une fin, à Jésus-Christ; tout se rapporte à lui, comme les rivières et les fleuves coulent à la mer. Tout est si bien ménagé, attempéré, harmonisé.

que nos illustres héros de TAncien Testament sont la figure du héros unique, incomparable et divin du Nouveau. Je pourrais nommer, avec les saints Pérès, Abel, Abraham, Isaac, Jacob, Joseph, Moïse, David, Salomon et tant d'autres; mais, pour ne pas m'allonger outre mesure, je montrerai seulement comme exemple frappant les rapports de Job avec Jésus.

En efï'et, on ne vit jamais des rapports si éclatants, si multipliés, si suivis, entre l'image et la vérité. Job est, comme Jésus, irrépréhensible et parfait au jugement de la sainteté souveraine, et, de l'aveu môme du démon, il est le juste par excellence, à qui Dieu ne compare personne sur la terre, pour lequel seul il a une complaisance sans partage, et dont il est lui-même l'admirateur et le panégyriste.

C'est par un ordre exprés de la volonté divine qu'il est livré pour un temps à des peines qu'il n'a point méritées ; devenu tout d'un coup l'objet de l'envie du démon, il en est frappé depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête, et il porte dans sa seule personne tous les maux de l'univers, tous les traits de l'enfer, et tous les fléaux de la colère de Dieu.

Il tombe dans un instant du comble des richesses et de la gloire dans la pauvreté la plus affreuse et dans l'humiliation la plus profonde, et

devient plus semblable à un ver de terre qu*àun homme.

Ses amis et ses proches se changent en accusateurs et en persécuteurs. Ils sont scandalisés de ne point trouver en lui l'état et la grandeur qu'ils attendaient. Ils le voient lui-même de leurs propres yeux et le méconnaissent; il ne leur paraît qu'un objet de mépris, le dernier des hommes, un homme de douleurs, qui a éprouvé toutes les espèces de souffrances. Son visage, qui portait autrefois partout la consolation et la joie, est obscurci et caché sous les opprobres dont il est rassasié; et ils ne peuvent le reconnaître sous des dehors si humiliants. Ils le condamnent comme un blasphémateur, et le mettent au rang des scélérats, parce qu'il en porte la peine, et ils ne le considèrent que comme un lépreux que Dieu a justement frappé dans sa colère. Il est rejeté de la société des hommes, banni de sa maison, étranger dans son propre royaume, outragé par ses serviteurs, par ses sujets et par ses obligés.

Il se plaint qu'il n'y eut jamais de douleur pareille à la sienne, qu'il a été abandonné de tous et de Dieu même ; qu'il a cherché en vain des consolateurs, qu'il ne s'est trouvé personne qui s'attristât avec lui.

Sa maison est le temple de Dieu et n'a qu'un

autel. Il est le sanctificateur de ses enfants, le pontife perpétuel de sa famille, et le médiateur unique établi de Dieu pour ceux mômes qui^ par un faux zèle, l'ont insulté comme un blasphémateur, et dont le crime capital est de l'avoir condamné comme un criminel, parce qu'il en avait les apparences.

Enfin, Job répare avec avantage ses premières pertes que vous connaissez. Dieu, touché des prières et des supplications qu'il lui avait offertes avec un grand cri et beaucoup de larmes, l'exauce à cause de son humble respect. 11 finit tout d'un coup ses douleurs et ses misères et lui rend tout au double. Un peuple nouveau est substitué à l'ancien. Après l'orage ses amis infidèles et dispersés se rassemblent autour de lui, contribuent tous à son agrandissement, et le consolent par leurs travaux de ses premiers malheurs. Il vit dans les âges les plus reculés et sa postérité dans les siècles des siècles.

On n'est plus en peine maintenant de deviner pourquoi Job préfère à tous les genres de mort celle de la croix qui l'élèverait en haut : Quapropter suspendium elegit anima mea (1 ) ; pourquoi il nomme les crachats et les soufflets parmi les outrages qu'il a reçus des plus vils d'entre les

{{) Job, vil; 15.

hommes ; pourquoi il se plaint d'avoir été saisi par des soldats armés de piques, percé dans les membres de son corps, déchiré de plaies sur plaies par une sanglante flagellation, nourri de choses qui lui faisaient horreur, réduit à une mortelle agonie qui a disloqué tous ses os, et lui a hiiverser une sueur de sang; exposéaux railleries et à la cruauté de ses ennemis^ qui lui ont fait plier la tète sous les coups redoublés, qui ont répandu ses entrailles sur la terre, et qui se sont rassasiés avec plaisir du triste spectacle de ses peines.

On voit clairement pourquoi il est si assuré de sa résurrection prochaine, pourquoi il compte que la colère de Dieu sur lui va bientôt se changer en miséricorde, et que la même main qui l'a réduit dans la poussière du tombeau va l'en retirer pour le rétablir dans son promier état de grandeur et de gloire.

On n'est plus étonné des plaintes que Job fait de Texés de ses souffrances ; de la hardiesse avec laquelle il donne le défi au ciel et à la terre de trouver aucune faute dans toute sa vie; des reproches qu'ils ont osé faire à Dieu d'être devenu dur à son égard, et d'avoir pas^é les bornes de la justice en le punissant; ni de l'audace qu'il prend de vouloir traiter avec Dieu d'égal à égal.

Si on laisse toutes ces expressions dans la

bouche de Job seul, d'un pur homme, d'un enfant d'Adam, elles sont insoutenables et scandaleuses. Mais transportez tout cela sur Jésus- Christ, chargez-le de ce personnage^ car, dit saint Chrysostome, Job porte toute la personne de Jésus-Christ : Joh Christi personam totam portât; faites-lui dire les mômes choses, et rien ne paraîtra outré ni téméraire , rien trop hardi ni trop rempli de confiance en sa propre justice. Tout sera juste dans sa place ; et il ne restera que Tétonnement de n'avoir pas d'abord aperçu Jésus-Christ dans une image qui le peint par des couleurs si ressemblantes et si vives.

Ouij je l'avoue, voilà un exemple bien frap-pant des harmonies des deux Testaments : Job est vraiment la figure de Jésus-Christ, et il paraît sur l'horizon de la réelle histoire pour ombrer Jésus-Christ et pour être à travers les temps l'exemple vivant de patience dans les tribulations. Le livre de Job est donc l'Evangile de l'Ancien Testament : oui, et il y en a bien d'autres. Isaïe est un Evangile ; Ezéchiel est un Evangile; Daniel est un Evangile ; David, dans ses psaufnes, est un Evangile ; il n'y a pas jusqu'à Moïse, qui mille fois, dans ses divines histoires et ses sublimes poésies, ne soit un Evangile.

Lisons donc, dévorons, méditons, admirons ! et que les oreilles de notre âme entrent en en-

chantement devant les concerts des harmonies bibliques! Quel goût sans doute nous sentons naître en nous pour l'étude de la Bible ! 11 grandira lorsque nous considérerons successivement les grandes beautés de genre.

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