CHAPITRE II
LA BIBLE A TOUTES LES BEAUTÉS DE GENRES ET d'espèces
Ici nous avons à montrer les beautés du récit et de la narration, delà peinture et de la description, de l'histoire pure, de la comparaison, de l'apologue, du nombre oratoire, de l'exposition des mystères et des oracles moraux.
A chaque article je donnerai un exemple ou deux, et j'en indiquerai plusieurs que l'on pourra chercher dans la Bible et justifier.
1^ RÉCIT, Narration.
Pour lÀncien Testament, le sacrifice d'>l6raham (1)* — « Après ces événements, Dieu tenta
(1) Genèse, xzii.
Abraham, et lui dit : Abraham, Abraham ! Il répondit : Me voici. Dieu ajouta : Prenez maintenant votre fils, votre fils unique, celui qui vous est si cher, Isaac, et allez en la terre de Moria ; là vous me l'offrirez en holocauste sur une des montagnes que je vous dirai. Abraham se leva donc avant le jour et prépara son ane; il prit avec lui deux de ses serviteurs et Isaac son fils ; et, ayant coupé le bois pour l'holocauste , il se mit en chemin pour aller au lieu que Dieu lui avait marqué. Le troisième jour, Abraham, levaat les yeux, vit le lieu de loin. Alors il dit à ses serviteurs : Demeurez ici avec l'âne ; nous irons jusque-là, mon fils et moi, et, après avoir adoré, nous reviendrons à vous. Abraham prit le bois pour l'holocauste qu'il mit sur son fils Isaac; et pour lui, il portait en ses mains le feu et le couteau. Ils marchaient ainsi eux deux ensemble. Alors Isaac, s'adressant à Abraham, son père, lui dit : Mon père ! Abraham lui répondit : Que voulez-vous, mon fils ? Voilà, dit Isaac, le feu et le bois; où est la victime pouri'holocauste? Abraham lui répondit : Mon fils. Dieu fournira la victime qui doit lui être en holocauste. Et ils continuèrent à marcher ensemble.
» Ils arrivèrent au lieu que Dieu avait montré à Abraham; il y dressa un autel, disposa dessus le boisj lia ensuite son fils Isaac et le mit sur le
bois qu'il avait arrangé sur l'autel. Puis il étendit la main et prit le couteau pour immoler son fils. Mais Fange du Seigneur lui cria du ciel : Abraham, Abraham ! Il répondit : Me voici. L'ange ajouta : Ne mettez point la main sur l'enfant et ne lui faites rien ; je connais maintenant que vous craignez Dieu, puisque, pour l'amour de moi, vous n'avez pas refusé de m'immoler votre fils unique.
» Abraham, levant les yeux, aperçut derrière lui un bélier qui s'était embarrassé, avec ses cornes, dans un buisson; il alla prendre le bélier et l'off'rit en holocauste au lieu de son fils. Et il appela ce lieu d'un nom qui signifie : Le Seigneur y pourvoira. »
Ai-je besoin de faire remarquer la simplicité, la naïveté, la candeur inimitable de ce récit? Ses beautés historiques et de narration sont aussi grandes que la tentation de Dieu et que l'épreuve d'Abraham. Pour vous en convaincre, prenez les mots et suivez le sens depuis le commencement jusqu'à la fin, en faisant tout simplement et tout bonnement vos observations.
Pour le Nouveau Testament : la naissance du Sauveur. — Ecoutez cette belle, noble et candide simplicité (1).
(1) S. Luc, II.
a En ce lemps-là , on publia un édit de César Auguste, pour faire le dénombrement des habitants de toute la terre, et tous allaient pour se faire inscrire chacun dans sa ville. Joseph partit aussi de la ville de Nazareth en Galilée, et vint dans la Judée à la ville de David, appelée Bethléem, parce qu'il était de la maison et de la famille de David, pour se faire inscrire avec Marie son épouse, qui était grosse. Pendant qu'ils étaient là, il arriva que les jours de son enfantement s'accomplirent; et elle enfanta son fils premier-né, et elle l'enveloppa de langes, et elle le coucha dans une crèche, parce qu'il n'y avait point pour eux de place dans l'hôtellerie. Or il y avait dans le même pays des pasteurs qui veillaient, gardant tour à tour leurs troupeaux pendant la nuit , et voilà qu'un ange du Seigneur s'arrêta prés d'eux, et une clarté divine les environna, et ils furent saisis d'une grande crainte ; et l'ange leur dit : Ne craignez point; je Vous annonce ce qui sera pour tout le peuple une grande joie : il vous est né aujourd'hui un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur, dans la ville de David : et ceci sera le signe auquel vous le reconnaîtrez : Vous trouverez un enfant enveloppé de Içmges, et posé dans une crèche. »
Je ne ferai d'observation que celle-ci : Prenez un homme, qui vous voudrez ; qu'il raconte cet
LA mULE l':ST LE PLUS i,'EAU DES LIVRES 99
événement, si longtemps l'objet de tous les vœux, ce mystère impénétrable de miséricorde et de justice: son langage pourra être pompeux, touchant, sublime. Mais vous venez d'entendre l'Evangile; après, il n'y a rien à dire ; c'est Dieu qui a raconté !
Lisez en votre particulier , dans la Bible , comme modèle de narration : »
La création du monde (1 ) .
La chute de l'homme (2) .
La mort d'Abel (3).
Le déluge (4).
Le passage de la mer Rouge (5) .
Les guerres de Josué et de Gédéon (6).
La punition de Nabuchodonosor (7).
La condamnation de Balthasar (8) .
Le régne et la puissance d'Alexandre (9).
Ces superbes histoires des Mâcha bées, de I i mère et de ses enfants martyrs et de tous ces héros ; lisez les deux livres des Machabées.
Dans le Nouveau Testament, d'abord le récit de tous les miracles; la Samaritaine, la Madeleine, la femme adultère, le bon larron, la Passion de Jésus-Christ, quel drame historique !
(1) Genèse, i. — (2) Ibid., nu— (3) Ibid., iv. — (4) Ibid», VII. -— ({)) Exode, XIV. — (6) Tout Josué et le livre des Juges, ch. VIT. — (7) Daniel, iv. — (8) Ibid., v. — (9) I Machab., i, 1-12.