‹ Sources de la prédicationChapitre 18 sur 81 · LA COMPARAISON · texte numérisé non relu

LA COMPARAISON

' La comparaison est une figure ou de rhétorique ou de poésie qui sert à l'ornement et à Téclaircissement d'un discours. Les comparaisons instruisent plus que les paroles. Une comparaison entre deux choses suppose de la ressemblance entre elles, et elle sert à mieux faire comprendre ce qu'on n'entend pas, ou à en donner une plus juste idée. Pour rendre une comparaison juste il faut : l*' que la chose que l'on y emploie soit plus connue et plus aisée à concevoir que celle que l'on veut faire connaître!; 2*" il faut qu'il y ait un juste rapport entre l'une et l'autre. Les comparaisons doivent être justes et courtes.

Tu peux, mais rarement, illustrer tes raisons D'exemples, de récits et de comparaisons... Ose-t-on comparer la faiblesse ou la rage ' D'un Grec ou d'un Romain qui se donne la mort.

Au sage et généreux effort D'un martyr dont le sang signala le courage?...

Où est l'auteur qui nous donnera des comparaisons qui rempliront toutes les conditions de justesse et de perfection, de précision et de brièveté comme la Bible? La terre et le ciel, en voilà les sources claires et bien comprises. Donnons quelques exemples :

Au premier psaume de David,

« Heureux l'homme qui ne s'est point laissé aller au conseil des impies, qui ne s'est point arrêté dans la voie des pécheurs, et ne s'^st point assis dans la chaire de pestilence, mais dont la volonté est dans la loi du Seigneur, et qui médite cette loi jour et nuit. Il sera comme l'arbre planté le long du courant des eaux, et qui donnera son fruit en son temps. Son feuillage ne tombera point et ses fruits viendront heureusement à terme. Il n'en sera point ainsi des impies; non, il n'en sera point ainsi; mais ils seront comme la poussière que le vent chasse sur la surface de la terre. »

Je ne mets pas le texte latin. Voyez ce juste qui est comme l'arbre planté le long des eaux, qui en est arrosé, rafraîchi, fécondé comme lui l'est par la loi de Dieu et la grâce ; quels fruits il donne ! . . . et ils mûrissent dans la volonté de Dieu... Et ici le prophète fait une magnifique antithèse qui a aussi sa comparaison; écoutez-le. L'impie, au contraire, est comme la poussière que le vent chasse, disperse, dissipe... il ne peut prendre pied, racine ; il est frêle, fragile, n'a point de solidité ni de consistance et surtout ne porte point de fruits... Examinez ces beautés et soyez ravi.

il4 DEUXIÈME PARTIE

Au psaume Lxm.

« Ils ont aiguisé leur langue comme un glaive, ils ont empoisonné leurs flèches pour les lancer en secret contre l'innocent. » Exacuerunt ut gladium linguas suas,,. Une mauvaise langue est un glaive; d'où vient le proverbe : Un coup de langue coûte plus cher, est pire qu'un coup d'épée. Et ainsi dans tous les psaumes.

Dans V Ecclésiastique, chap. xxvi, verset 2\,

« Comme le soleil, qui des hauteurs du ciel, se lève sur le monde ; ainsi la face de l'excellente femme pour l'ornement de sa maison. »

Et l'Esprit-Saint continue sa louange en l'appelant lumière brillante, beauté ravissante. Colonne d'or sur base d'argent, fondement sur la pierre solide... Quel est l'habile panégyriste qui a su ainsi louer la femme bonne et pleine de vertus, la comparer au soleil levant qui, illuminant tout le monde, le fait resplendir de toutes ses beautés ainsi qu'elle pour sa maison : c'est son principal et plus bel ornement, c'est sa vie et sa grandeur.

Finissons cet article par deux mots de comparaison de l'Evangile de saint Matthieu, chap. xxviii, verset 3. Erat autem aspectus ejus sicut fulgur, et vestimentum ejus sicut nix. C'est l'ange assis sur la pierre dont l'aspect épouvanta les gardes du sépulcre de Jésus-Christ et les étendit

comme morts; car cet aspect, ce regard était comme l'éclair, et ses vêtements étaient blancs comme le neige. Voyez -vous celte hardiesse et en même temps cette justesse de comparaison ? L'Evangile, saint Paul, l'Apocalypse, regorgent de superbes comparaisons. Les prophètes, surtout Isaïe, Ezéchiel, Zacharie et mêmes les livres sapientiaux. Lisez donc la Bible, c'est notre refrain et vous la trouverez fourmillant de belles etravissanles comparaisons : dès qu'elles sont faites pour donner l'intelligence des vérités, elles sont familières à Dieu et à son langage

5° DE l'apologue biblique

L'Apologue est un petit récit vrai ou fabuleux, dans lequel on a pour but de présenter d'une manière indirecte une vérité morale et instructive. Tel qui n'est point accessible à des remontrances positives ne sera peut-être point choqué de la censure secrète et indirecte d'un apologue. Quels apologues plus ingénieux que ces paraboles sous le voile desquelles Jésus -Christ, s'accommodant aux goûts des Orientaux pour l'allégorie, cachait les vérités de sa morale tour à tour sévère et indulgente, mais toujours vraie, toujours directrice, toujours divine, toujours céleste?

il 6 DEUXIÈME PARTIE

Nous donnons et nous indiquons d'abord des exemples de l'Ancien Testament.

David est adultère, David est homicide.

« Le Seigneur (1), envoya donc Nathan vers David, et Nathan, étant venu le trouver, lui dit : 11 -y avait deux hommes dans une ville, dont l'un était riche et l'autre pauvre. Ce riche avait un grand nombre de brebis et de bœufs. Le pauvre n'avait rien du tout qu'une petite brebis qu'il avait achetée et nourrie, qui avait crû parmi ses enfants, en mangeant de son pain, buvant de sa coupe et dormant dans son sein ; il la chérissait commoksa fille.

« Un étranger étant venu voir le riche, celui-ci n'a point voulu toucher à ses brebis ni à ses bœufs pour lui faire festin ; mais il a pris la brebis de ce pauvre homme et l'a donnée à manger à son hôte.

« David entra dans une grande indignation contre cet homme et il dit à Nathan : Vive le Seigneur I Celui qui a fait cette action est digne de mort. Il rendra la brebis au quadruple pour en avoir usé delà sorte et pour n'avoir point épargné ce pauvre. Nathan dit à David : Tues ille mr (2), vous êtes cet homme. Voici ce que dit le Seigneur, le Dieu d'Israël : Je vous ai sacré roi sur

(i) II Rois, XII. — (2) Ihid.y 7.

Israël et vous ai délivré de la main de Saûl. Je vous ai mis entre les mains la maison et les femmes de voire Seigneur, et vous ai rendu maître de toute la maison d'Israël et de Juda. Que si cela vous a paru peu de chose, je puis y ajou-^ ter d'aulres bienfaits beaucoup plus considérables. Pourquoi donc avez-vous méprisé ma parole jusqu'à commettre le mal devant mes yeux ? Vous avez fait perdre la vie à Urie Ethéen ; vous lui avez ôté sa femme et l'avez prise pour vous, et vous l'avez tué par l'épée des enfants d'Ammon...DavidditàNathan :PeccauiZ)ommo(1), j'ai péché contre le Seigneur. »

Ah! le bel apologue loué comme tel par les saints Docteurs et par des milliers de savants. C'est David qui est amené lui-même à se condamner et à dire i-Peccavi. Ah! j'ai péché... j'ai tué la brebis, je l'ai immolée... j'en ai frustré son maître... Comme David est instruit! Comme il est repris ! Comme il est moralisé par l'apologue du prophète !

I.a veuve de Theuca (2) qui se présente devant David et qui par un apologue magnifique plaide la cause d'Absalon ; c'est à lire et à comprendre en lui-même. Mais, si le prédicateur veut en tirer parti pour prouver l'amour de Marie pour ses

(1) II Rois, 13. ~ (2) Ibid., 14.

enfants, il dira : La veuve, c'est Marie ; les deux enfants qui se sont battus, c'est Jésus-Christ son fils et riiomme aussi son fils. Mais l'homme a tué Jésus-Christ et l'on voudrait tuer l'homme, et Marie ne veut pas; elle plaide sa cause devant Dieu comme la veuve devant David. Si vous savez faire valoir cet apologue inductif, vous ferez un sermon merveilleux; pour cela lisez et méditez le chapitre xiv du second livre des Rois.

Voici un bel apologue pour la prédication catholique. Le prophète Ezéchiel (1) est élevé entre le ciel et la terre; il est porté à Jérusalem en vision près de la porte intérieure, qui regarde l'aquilon, où il vit une idole et les abominations que l'on faisait devant elle. Le Seigneur lui dit : Fili hominis^ fode parietem (2). Une multitude de prédicateurs se sont servis de ce mot répété plusieurs fois de suite dans le sermon, pour reprocher des vices et de grands désordres et les faire passer sans blesser les auditeurs. Vous pouvez le faire, vous réussirez et produirez un grand effet. Dans ses discours sur l'impureté, l'on pourrait tirer bon parti du chapitre xxiii d'Ezéchiel , où il est fait mention de deux prostituées, Oolla et Ooliba, filles de la même mère. Quelles fines allusions l'on peut faire ! Tout est décrit :

(i) Ezéchiel, vni. — (2) Ibid., 8.

In adolescentiâ suâ fornicatœ sunt,.. insanivit in amatores suos,.. vestilos hyacintho y principes et magistratus^ juvenes cupidinis^ nniversos équités^ ascensores equorum... Quels précieux détails pour la ville ! Saint Grégoire et Salvien, ces deux illustres moralistes, en ont usé, et saint Chrysostome, en plusieurs endroits, dans son livre contre les Juifs et dans son précieux commentaire de Tépître aux Romains vers la fin. Quand on suit de pareils maîtres, l'on peut marcher.

Pour l'Evangile, je vais donner une vingtaine d'indications, et vous choisirez, en temps et lieu, l'Apologue ou la Parabole qui peut vous convenir ainsi qu'à vos auditeurs ; vous les fournirez de convenables détails. Ces paraboles sont au-dessus de toute louange humaine; elles sont de la composition de Jésus-Christ.

Parabole du semeur (î).

Parabole du bon grain (2) .

Parabole des talents (3) .

Parabole des ouvriers employés à la vigne (4),

Parabole du serviteur injuste (5).

Parabole delà brebis égarée (6).

Parabole des deux débiteurs (7).

Parabole du Samaritain (8) .

(I) S. Matth., XIII. — (2) Ibid. — (3) S. Malth., irv. — (4) Ibid,, XX. — (5) Ibid., xviii. — (6) S. Luc, xv. — (7) Ibid., vu. ~ (8) Ibid., x.

Parabole du mauvais riche (1-).

Parabole de deux hommes, dont l'un bâtit sur de bons fondements (2) .

Parabole du figuier stérile (3).

Parabole de la femme qui persévère (4) .

Parabole du pharisien et du publicain (5).

Parabole du receveur infidèle (6) .

Parabole des dix vierges (7) .

Parabole des deux fils et de leur différente conduite (8).

Parabole des conviés au festin (9) .

Parabole des vignerons (10).

Parabole du grain de sénevé, du levain, du trésor caché, de la perle, des filels (11).

Parabole de l'enfant prodigue (12).

Quoique nous n'ayons indiqué ici que saint Matthieu et saint Luc, vous trouverez encore des apologues dans les deux autres évangélistes , comme : le bon pasteur, etc., etc.

Ces richesses et ces beautés sont ineffables.

(I) S. Luc, XVI. — (2) Ibid., vu — (3) Ibid., xiii. - (4) Ibid., xviii. — (o) Ibid. — (6) Ibid., xvi. — (7) S. Matth., xxv. — (8) Ibid., xxi. — (9) S. Luc, xiv. — (10) Ibid., xx, — (11) S. Mallh., xiii. — (12) S. Luc, iv.

Page 1