‹ Sources de la prédicationChapitre 19 sur 81 · G*' DU NOMBRE ORATOIRE · texte numérisé non relu

G*' DU NOMBRE ORATOIRE

Le prophète Jérémie nous fournit un exemple du nombre doublement riche (I) :

« Chassez-les de devant ma face, et qu'ils se retirent. Que s'ils vous disent: Où irons-nous? Vous leur répondrez : Voici ce que dit le Seigneur. Que ceux qui doivent aller à la mort aillent à la mort ; que ceux qui sont destinés au glaive aillent au glaive ; et ceux à la famine, à la famine; et qui à la captivité, à la captivKé. Et je les assujettirai à quatre sortes de ministres de ma justice : l'épée pour les tuer, les chiens pour les déchirer, les oiseaux du ciel et les bêtes de la terre pour les dévorer et les mettre en pièces. J'en disperserai les restes dans tous les royaumes de la terre. »

Voyez-vous ce nombre de fléaux qui les atteint tous : les uns un glaive et puis l'épée pour les tuer, les chiens pour les dévorer... Comme le châtiment est complet ! Pauvres habitants de Jérusalem, qu'allez-vous devenir? Quis enim miserahitur iuî^Jerusalem? AiU quis contristabitur pro te,^ aut quis ihit ad rogandum pro pace tuâ (2) ?

Tu reliquistime, dicit Dominus; retrorsim abitsti,

(1) Jérémie, xv, 1, 2, 3, 4. — (2) Ibid., Y.

122 DEUXIÈME PARTiE

* et extendam manum meum super te^ et inficiam te: laboravi rogans (I). Ces deux derniers mots sont intraduisibles. Les traductions disent : Je suis las de te pardonner. Comme ces idées sont complètes ! et quel nombre !

Le prophète Ezéchiel, dans cinquante endroits, a de riches nombres oratoires : et pour la terre promise à diviser en quatre parties, et pour Téquité à garder dans les poids et mesures, et pour les sacrifices à offrir, et pour les eaux qui guérissent ; tous les derniers chapitres de sa prophétie offrent des modèles en ce genre.

Les louanges que saint Paul se donne par-dessus les faux prophètes forment^ dit saint Augustin, le nombre le plus beau. Ecoutons en latin:

Hebrœi sunt, et ego; Israelttœ sunt, et ego; semen Ahrahami sunt, et ego (2).

Mimstri Chris ti sunt fut minus sapiens dico),pliis ego, in laboribus plurimis^ in carceribus abundantiùSj inplugis suprà modnm^ in mortibus fréquenter (3), -

Ter virgis cœsiis siim^ semel lapidatus sum, ter naiifraginnifeci , nocte et die in profundo maris

fui [h). ^%

In itineribmsœpèy periculis flumimim^ periculis

(1) Jérémie, xv, 6.— (2) II Coriiith., xi, 22.— (3) ïbid*, 23. — (4) Ibid,, 2o.

îalronumj periculis ex génère (de ceux de ma nation), penculis ex gentibus , periculis in civitate, periculis in solitudine, periculis in mari, periculis in falsis frafribus (1 ) .

Inlahoreet œrumnâ, in vigiliis multis, in famé etsiti, injejuniis multis, in frigore et nuditate (2). Voyez comme se pressent les circonstances qui forment le nombre, et elles sont comme infinies ; il en dit à perte d'haleine et les travaux et les prisons, et les plaies et les morts, et les verges et la lapidation, et les naufrages et les voyages, et tous les dangers essuyés et sur mer et sur terre: voilà le nombre et le nombre riche. Jamais tant ! Jamais si abondant !

Nous allons voir, dans cet exemple, la gradation du nombre.

Tribulatio patientiam operatur^ patientia autem probationem, probatio vero spem, spes autem non confundit (3). Voyez le fondement, c'est la tribu-^ lation, fondement excellent et nécessaire pour la perfection ; puis elle opère la patience, la patience opère l'épreuve^ l'épreuve opère l'espérance^ et avec l'espérance, au lieu d'être confondu, on arrive au terme désiré. Les idées qui s'engendrent par le nombre sont fort riches et fort grandes.

(i) II Coriuthi, XI, 26. -- (2) Ibid,, 27» — (3) Rom., v, 3.

424 deuxièmh: partie

Voyez et lisez, dans le chapitre viii de saint Paul aux Romains, les versets 28^ 29 et 30 ; ensuite depuis 35 à 39, qui est le dernier : c'est le plus sublime nombre oratoire. •

Terminons par le nombre qui en idée contient tous les temps, tous les siècles, toute l'éternité : Dignusest Agnusqui occisus est, accipere virtutem^ etdivinitatem^ et sapientiam, et fortitudinenij et honorem, et gloriam^ et henediclionem[\) . Virtutem: les deux premiers siècles de l'Eglise. Divinitatem : le 111% iv% v% vi^ siècle. Sapientiam : vu", viii", ix% x« siècle. Fortitiidinem : xi% xii°, xm% xiv% le moyen-âge. Honorem: xv', xvi", xvii% xviii', xix' siècle. Le temps où nous vivons, honneur est rendu à Jésus-Christ par des lumières plus vives, des sciences plus profondes où il est reconnu maître des sciences et des arts, maître de la nature, maître de tous et plus grand maître de Féternité. Glorlam: la gloire qu'il recevra au jugement dernier; c'est l'âge qui suivra celui-ci immédiatement. Et enfin, benedictionem^ qu'il recevra au siècle des siècles par toute la création presque sauvée. Remarquez ce mot presque; les quelques hommes damnés, parce qu'ils auront repoussé Dieu, fussent-ils encore par millions, ne sont rien devant tous les mondes de la créa-

(i) Apocal., V, 12.

LA BIBLE EST LE PLUS BEAU DES LIVRES i25

tion douée d'intelligence qui entraîne après elle la création animale, végétative et brute. En respectant ces idées, vous respectez saint Paul, saint Augustin, saint Bernard, saint Grégoire de Nazianze, saint Chrysostome, Leibnitz, Fénelon et tant d'autres.

Voyez donc le beau nombre et apprenez-le par cœur aujourd'hui, si déjà votre mémoire ne le possède. Vous voyez Jésus-Christ régner sur tous les siècles et ses caractères caractérisent aussi les siècles. Pour enfairevoirtousles rapprochements, il serait trop long. Je me contente d'indiquer :

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