JESUS-CHRIST ET SES CARACTERES
Je suis enchanté de commencer ce chapitre en vous faisant lire une sublime page de théologie transcendentale,du bienheureux Hiérothée, théologien rare, saint et savant comme un apôtre.
« La divinité du Seigneur Jésus est la ciuse et le complément de tout ; elle maintient les choses dans un harmonieux ensemble , sans être ni tout, ni partie ; et cependant elle est tout et particj parce qu'elle comprend en elle et qu'elle possède par excellence et de toute éternité le tout et les parties. Comme principe de perfection, elle est parfaite dans les choses qui ne le sont pas ; et, en ce sens qu'elle brille d'une perfection supérieure et antécédente, elle n'est pas parfaite dans les choses qui le sont. Forme suprême et originale, elle donne une forme à ce qui n'en a pas ; et dans ce qui a une forme, elle en semble dépourvue, précisément à cause de l'excellence delà sienne propre. Substance auguste, elle pénétre toutes les substances, sans souiller sa pureté, sans descendre de sa sublime élévation. Elle détermine et classe entre eux les principes
des choses, et reste éminemment au-dessus de tout principe et de toute classification. Elle fixe Tessence des êtres ; elle est la durée, elle est plus forte que les siècles et avant tous les siècles. La plénitude apparaît en ce qui manque aux créatures ; sa surabondance éclate en ce que les créatures possèdent. Indicible, ineffable, supérieure à tout entendement, à toute vie, à toute substance, elle a surnaturellement ce qui est surnaturel et suréminemment cequi estsuréminent. De là \'ient (et puissent nous concilier miséricorde les louanges que nous donnons à ces prodiges qui surpassent toute intelligence et toute parole), de là vient qu'en s'abaissant jusqu*à notre nature, et prenant en réalité notre substance et se lai^^sant appeler homme, le Verbe divin fut au-dessus de notre nature et de notre substance, non-seulement parce qu'il s'est uni à l'humanité sans altération ni confusion de sa divinité, et que sa plénitude infinie n'a pas souffert de cet ineffable anéantissement ; mais encore, ce qui est bien plus admirable, parce qu'il se montra supérieur à notre nature et à notre substance dans les choses mômes qui sont propres à notre nature et à notre substance, et qu'il posséda d'une façon transcendante ce qui est à nous, ce qui est de nous. » f
Je monte à l'éternité, et mon esprit s'y perd.
J'entre cependant en contemplation de l'Etre, et devant lui je suis ébloui et j'ai un premier ravissement»
L'Etre acte pur (saint Thomas), c'est-à-dire toujours en action, éternellement actif, se connaît éternellement, et il engendre son Verbe, sa sagesse, sa splendeur : alors je me prosterne et j'adore ; je voudrais voir le Verbe glorifié.
C'est pour lui et par lui que les mondes jaillissent du néant ; il les ordonne et les harmonise (1).
11 est des créatures faites à son image, spirituelles et intelligentes comme lui, libres comme lui, immortelles comme lui; celles-ci lui rendent gloire, elles sont faites pour lui (2). Voilà mon second ravissement.
Dans notre monde, elles se révoltent, perdent leurs prérogatives et leurs droits, s'aliènent le grand Dieu (3).
Il a pitié d'elles, pleure sur leur sort, fait le grand voyage du ciel en terre, et se fait homme. Dieu a pris chair. Dieu homme ! Quelle infinie distance ! Oui , Dieu homme pour réhabiliter l'homme, le réconcilier avec son Père et devenir son modèle !
{{) S. Jean, i, 3. — (2) Genèse, i, 27, — (3) Ibid., m, verset 0.
Dieu, c'est l'amour : Deus charitas est (1), il nous aime. Homme ^ c'est le modèle à suivre, précisément parce qu'il est homme. Législateur, il a donné son code, et ce code est si parfait, si complet, qu'il contient toute vérité, et que sa vérité est toujours conforme aux besoins de tous les siècles, de tous les temps, de tous les hommes et de tous les peuples, et que, bien observée, elle ne peut manquer de faire le bonheur de tous. Ce code s'appelle l'Évangile ou la Bonne Nouvelle.
Jésus! A ce nom je m'arrête, et mes lèvres murmurent une action de grâces au Sauveur. Jésus, d'une main, tient le temps et la nature; de l'autre, l'éternité et le ciel.
Il règne sur le temps, passé, présent, futur (2) . Jésus Christus hen et hodiè^ ipse et in sœcula. Jésus se préexiste, Jésus vit, Jésus se survit.
Il règne sur la nature, fille docile à sa volonté. Le soleil s'arrête, la mer s'affermit, les morts ressuscitent, les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris.
Il règne dans l'éternité et au delà, et son règne n'aura point de fin.
Il règne au ciel dans tout l'éclat de sa gloire et y enivre de ses délices ses glorieux habitants,
(1) I de S. Jean, iv, 16. — (2) Hébr., xiii, 8.
212 TROISlÈiME PARTIE
sans terme, sans fin, sans relâche et même avec progression.
Il faut à ce monde qu'il aime, à cette société qu'il a faite, trois soleils : soleil de direction, soleil de vivifîcalion , soleil d'infaillibilité. Jésus résume en lui les trois soleils: il dirige la société, il vivifie le monde, il a établi une société infaillible comme lui, dépositaire de son éternelle vérité, société des âmes, la seule {.^arfaite de la terre, l'Eglise qu'il a bâtie sur le roc pour qu'elle ne soit jamais renversée, à la tôle de laquelle il a préposé un seul homme, son vicaire, pour qu'elle garde l'unité, forme de toute beauté, qu'il a assistée et qu'il assistera toujours de son esprit divin j pour qu'elle reste dans le vrai. Luisez donc et brillez sur le monde, soleil de direction, soleil de vivification, soleil d'infaillibilité, et le monde sera éclatant, radieux, riche et fécond.
Jésus est le restaurateur du monde, le régénérateur de l'humanité, la colonne de l'univers : Omnia portans verbo virtutis suœ (1).
Trait d'union entre le ciel et la terre, entre les anges et les hommes, entre les hommes entre eux : toute cette pensée se manifeste par le . mot Médiateur.
(1) Hébr., 1, 9.
Lien, centre , raison première et dernière, Yoie, vérité, vie, pain, nourriture, ordre : Jésus est cela^ Jésus est tout, et jamais bouche mortelle ne s'entr'ouvrit pour dire un mot aussi profond que celui qui est tombé des lèvres d'un grand saint du moyen âge : Mon Dieu est mon tout; Deus meus est omnia. Répétons et redisons : Mon Dieu, mon tout^ Jésus est tout: Christus omnia in omnibus (1).
Puisqu'il est tout, distinguons dans ce grand tout quatre phases qui sont pour nous quatre fortunes : Sa chair^ sa vie, sa croix, son ascension. Sa chair nous divinise, première fortune. Sa vie nous édifie, deuxième fortune. Sa croix nous sauve, troisième fortune. Son ascension nous ouvre ie ciel et nous y porte, car la tête ne peut monter sans les membres, quatrième et dernière fortune, consommation du bonheur.
Quoique chair que nous sommes, mais chair déifiée^ vivons ! Nous vivrons sur la croix^ c'est la vie évangélique, la vie chrétienne, la vie spirituelle, la vie sainte, et nous aurons notre ascension!
Jésus est descendu du ciel pour accomplir son œuvre et après il y remonte. Nous, nous sommes descendus du ciel pour accomplir notre œuvre
(i) Col, m, 11.
qui est notre salut, et nous y remontons : une avec lui dans l'œuvre et dans la fin, une dans le temps et dans l'éternité.
Justifions cette doctrine par une série de passages bibliques :
Hœc est atitem via œterna, ut cognoscant te sohim Deum vertim, et quem misisti Jssum Christ uni (1). Or la vie éternelle consiste à vous connaître, vous qui êtes le seul Dieu véritable, et Jésus- Christ que vous avez envoyé.
Sic enim Deiis cUlexit mmidum ut Filium simm unigenitum daret ; ut omnis qui crédit in eum, non pereat, sed habeat vitam œternam (2). Car Dieu a tellement aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique, afin que tout homme qui croit en lui ne périsse point^ mais qu'il ait la vie éternelle.
Non enim misit Deiis Filium suum in mundum, ut judicet mundum, seduat salvetur miindus per ipsum (3). Dieu, en effet, n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour condamner le monde, mais afin que le monde soit sauvé par lui.
Et consummatus, facttis est omnibus obtemperantibus sibi causa salutis œternœ (4). Et étant élevé au comble de l'honneur, il est devenu l'auteur du salut éternel pour tous ceux qui lui obéissent.
(1) S. Jean, xvii;3; — (2)/6id., iti; IC — (3) Ibid,, 17. (4) Hébr., V, 9.
Qui omnes homines mût salvos fieri (1).
Christ us Jésus venit in hune mundum peccatores salvos faceve (2).
Venit enim Filius hominis salvare quodperierat (3).
Ego sum ostium. Per me si quis introierit, salvabitur : et ingredietur et egredieturj et pascua inveniet (4).
Ego veni ut vitam haheant et ahundantiiis habéant (5).
Ego sum via et veritas et vita;nemo venit ad Pair em. nisi per me (6).
Proposîiit... in dispensatione plenitudinis temporum instaurare omnia in Christo, quœ in cœlis et quœ in terra sunt, ex ipso (homines et angelos à se dissidentes Christo velut capiti subjicere) (7).
Éo^utons un grand cardinal qui a été pape :
c( Jésus-Christ, dit-il, est le principe et la fin de toutes choses, la clef de tous les mystères de la grâce et de la nature ; de sorte qu'il n'est point surprenant qu'on s'égare dans mille systèmes absurdes, lorsqu'on n'a point cette sublime boussole. Je ne puis vous rendre raison de rien dans le physique comme dans le moral, écrivait le célèbre cardinal Bembo à un philosophe de son
(1) I Tim., 11, 4. — (2) Ibid., i, lo. — (3) Matth., xviii, H. -- (4) S. Jean, x, 0. — (5) Ibid., 10. — (6) Ibid., xiv, ft. — (7) Ephés., 1, 10.
temps, si vous n'admettez Jésus-Christ. La création de ce monde mêm.e est inexplicable, incompréhensible, même impossible, s'il n'a pas été fait pour le Verbe incarné ; car Dieu ne peut avoir d'autre objet dans tout ce qu'il opère que ce qui est infini. Voilà pourquoi Jésus-Christ est appelé par saint Jean l'AlpJta eiV Oméga, et que l'Apôtre nous dit que les siècles ont été faits pour lui : Per qmm fecit et sœcula.
« Etudiez à fond cet Homme-Dieu autant qu'une créature en est capable, et vous trouverez en lui tous les trésors de la science et de la sagesse;,et vous l'apercevrez comme le premier anneau de la chaîne qui lie toulesles choses visibles et invisibles, et vous le reconnaîtrez pour jce souffle divin qui fait germer dans les cœurs la jusiice et la sainteté.
<( L'incrédule ne pourra jamais répondre d'une manière satisfaisante, quand on lui demandera ce que c'est que Jésus-Christ. Cet homme tout à la fois si simple et si divin, si sublime et si abject, si pur dans tout le cours de sa vie, si grand au moment de sa passion, si magnanime à sa mort. Il faut cependant ici répondre sans tergiverser. Si ce n'est qu'un homme, il n'est plus qu'un imposteur : car il a dit qu'il était Dieu, et dès lors que deviennent ses sublimes vertus ? Que devient son Evangile, qui défend d'employer
jusqu'à la moindre équivoque ? Et comment rendre raison de ses victoires et de celles de ses disciples dans toutes les parties du monde ? Et si c'est un Dieu, que doit-on penser de sa religion et de ceux qui osent la combattre ?
« Et, dit un profond philosophe, quandje viens à considérer sa vie, ses œuvres, sa doctrine, ce mélange si merveilleux de grandeur et de simplicité, de douceur et de force, celte incompréhensible perfection qui ne se dément pas un moment, ni dans l'intime familiarité de confiance, ni dans la solennité des instructions qu'il adressait au peuple entier; ni dans l'allégresse du festin de Cana, ni dans les angoisses de Gethsémani , ni dans la gloire de son triomphe, ni dans Fignominie de son supplice, ni sur le Thabor, au sein de la splendeur qui l'environne, ni sur le Calvaire où il expire abandonné des siens, délaissé de son Père, dans d'inexprimables souffrances, au milieu des cris de fureur et des railleries de ses ennemis : quand je contemple ce grand prodige que le monde n'a vu qu'une fois et qui a renouvelé le monde, je ne me demande pas si le Christ était Dieu, je serais tenté plutôt de me demander s'il était homme. )•>
l'IlÉDICAT. 10
CARACTÈRES DE jÉSUS-CHRlST CONSIDÉRÉ DANS SES RAPPORTS AVEC DIEU, SON PERE
Jésus-Christ, fils de Dieu.
— image de Dieu invisible,
— caractère de sa substance.
— Verbe éternel.
Les textes sont par milliers dans la Bible et il n'est aucun prêtre qui ne les connaisse ; c'est pourquoi crainte d'être trop long, je ne ferai que l'indication du caractère divin.
CARACTERES DE JESUS -CHRÎST CONSIDÉRÉ DANS SES RAPPORTS AVEC LE CRÉATEUR
Premier-né avant toute créature.
Créateur de toutes choses.
En qui et pour qui toutes choses subsistent. Héritier de toutes choses.