DISPOSITION : LE RESPECT
Homère n'était qu'un homme, et cependant Alexandre enfermait ses œuvres dans une cassette de bois précieux, ornée d'or et de perles.
L'athée Diderot, l'immoral Jean- Jacques Rousseau, parmi leurs livres, donnèrent toujours à la Bible la place d'honneur. Et le chrétien ne la possède pas ! Le prêtre n'en a pas une infiniment précieuse, magnifiquement et richement dorée ! Ici le luxe est permis, et il y aune béné-
diction du ciel pour le prêtre qui a une belle Bible et qui la lit.
A la synagogue de Jérusalem, devant les armoires où sont conservées les saintes Ecritures, brûlent conslamment deux lampes, rehaussées d'or et de rubis. Ces armoires sont nombreuses; on y conserve des Décalogues qui sont de la plus haute antiquité; il en est un qui est regardé comme le plus ancien des exemplaires connus.
Saint Jérôme conseillait à Léta d'obliger sa fille, ** toute jeune qu'elle fût encore, de lui rendre compte tous les jours de ce qu'elle aura remarqué de plus beau enlisant l'Ecriture, et de lui en présenter un petit bouquet chaque jour, que nous flairerons à genoux^ dit-il, pour respirer l'odeur du ciel.
Le savant Origéne recommandait à ceux qui désiraient enseignerla foi, de ne rien dire d'euxmêmes, mais de tout prouver par les Livres saints. H prêchait le respect des livres inspirés jusqu'à défendre d'y corriger les fautes de langue, et voulait qu'on se résignât à ne pouvoir percer l'obscurité de plus d'un endroit; il y a des passages dans l'Ecriture qu'on n'entend pas, comme il y a dans l'univers des œuvres de Dieu qu'on ne comprend pas.
C'est ainsi que parle Origéne, la plus belle
étoile du ciel chrétien, tout courbé de vénération devant la Bible.
Saint Charles Borromée, cardinal archevêque de Milan, lisait tous les jours la sainte Bible à genoux et tête découverte, dans l'endroit le plus beau de sa chambre, par respect pour les oracles de Dieu.
Un autre baisait amoureusement le livre avant et après. N avez-vous pas vous-même, dans votre vie, baisé une lettre qui venait d'un ami ou d'un bienfaiteur?
D'autres saints, chaque jour, apprenaient par cœur plusieurs versets des saintes Ecritures et les récitaient. Saint îlilarion, après ses prièreset ses psaumes, récitait par cœur les passages de saintes Ecritures qu'il avait appris, en la présencedeDieu et comme sous ses yeux : Scripluras sanctas memoriter tenens, post orationes et psalmos quasi Deo prœsenle recitabat.
D'aulres enfin allaient la h're à l'église en présence du saint sacrement. Jésus-Christ réellement présent apprend à connaître Jésus-Christ présent par ;)aro/e50u par lettres. Expérimentez-le, et dans un quart d'heure vous apprendrez plus que dans un an d'étude. Jésus-Christ lui-même vous illuminera et vous apprendra toute vérité : Docebit vos omnem veritatem. En présence du saint sacrement, il m'est arrivé mille fois de comprendre
subitement ce que je cherchais depuis plusieurs années 5 et les idées et les explications survenues et prises là ont une force, un caractère, une vertu spéciale: développez- les devant un auditoire, et vous êtes sûr de l'entraîner.
Charlemagne lisait constamment la Cité dcDieu de saint Augustin ; elle lui servait de chevet dans son lit pendant la nuit. C'est un bel exemple.
Le prince de Condé portait constamment sur lui les Commentaires de César et ne laissait pas échapper un jour ni une occasion favorable pour les lire.
Saint François de Sales portait toujours deux petits livres dans ses poches : dans la gauche était le Combat spirituel et dans la droite le Nouveau Testament,
Au rapport de saint Chrysostome, les premiers fidèles portaient tous sur eux l'Evangile, le baisaient souvent pendant le jour, le lisaiont et l'apprenaient. On a vu de jeunes enfants savoir de mémoire des livres entiers de la Bible et conserver ces Ecritures avec un respect mêlé de crainte, de scrupule et d'amour.
Et nous, nous trouverions trop pénible de le porter! Tout prêtre, tout curé, tout prédicateur, doit toujours avoir sur lui le Nouveau Testament et en lire à chaque instants quelque versets. En se promenant, à ia maison, à l'église, le long des
chemins, dans les bois, dans les champs, c'est son arme, son épée, sa défense, sa lumière, son guide.
Si vous lisiez une lettre du pape, vous la liriez avec un grand respect très-certainement. Vous lisez une lettre de Dieu, une lettre du ciel, une lettre qui vous est apportée par une poste évangélique, une locomotive céleste. C'est une lettre qui vous apprend comment vous devez passer votre exil sur la terre et la magnifique patrie que vous habiterez pendant l'éternité; une lettre en un mot qui vous fait connaître la volonté de Dieu et vous apprend à vous y conformer. Votre respect pour la lire doit être grand, et il doit se manifester à l'extérieur.
Sans jamais manquer il faut lire à genoux avant l'examen particulier, comme au séminaire, le chapitre du Nouveau Testament, et ne pas aller réfectionner le corps par le dîner avant que d'avoir réfectionné l'âme et l'esprit par la vérité de Dieu.