POESIE
La poésie réunit ce que la musique, la peinture et l'éloquence ont de force et de beauté. Mais, comme la poésie ne diffère de l'éloquence qu'en ce qu'elle peint avec enthousiasme, on aime mieux dire que la poésie emprunte son harmonie de la musique, sa passion de la peinture, sa force et sa justesse de la philosophie. La poésie est une peinture parlante. Le poète est créateur, il est naturel, il est inspiré, harmonieux, simple et sublime, il nous dépeint vivement les choses qui nous intéressent, et saisit aviîc force le cœur qui prend plaisir à être re-
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mué. « Pour exceller dans la poésie, dit le P. Bouhours, il ne suffît pas d'avoir de l'esprit, il faut être né poëte, et avoir ce naturel qui ne dépend ni de l'art ni de l'étude, et qui tient quelque chose de l'inspiration. »
«Le style du poète, dit Bossuet (1), hardi, extraordinaire, naturel toutefois en ce qu'il est propre à représenter la nature dans ses transports, qui marche pour cette raison par de vives et impétueuses saillies ; affranchi des liaisons ordinaires que recherche le discours uni, renfermé d'ailleurs dans des cadences nombreuses qui en augmentent la force, surprend l'oreille, saisit l'imagination, émeut le cœur, et s'imprime plus aisément dans la mémoire (2). »
Pour faire la poésie, toutes les facultés humaines doivent être bien en harmonie : le génie, l'imagination, Tesprit, le cœur : le génie pour créer, l'imagination pour peindre, l'esprit pour justement ordonner et le cœur pour remuer les passions. C'est ce qui nous explique pourquoi le vrai poëte est un homme si rare.
Les peuples de l'antiquité ont eu une poésie qui était l'expression de leurs cultes ; et, comme
(1) Discours sur l'Histoire universelle, deuxième partie, chap. 111, page i93. Edit. Gauthier. — (2) Voyez la note plus bas sur la mémoire.
leurs cultes étaient infâmes, leur poésie était sensuelle, corruptrice. I^es poètes païens ont chanté les infamies de leurs dieux, de leurs déesses, des héros qu'ils adoraient, qu'ils immortalisaient; poésies toutes matérielles, toutes sensuelles.
La poésie biblique domine la poésie des nations païennes, comme le ciel domine la terre. Faite pour élever à la contemplation des choses célestes, dit saint Augustin, elle anime tout et chante dans son langage. Encore bien mieux et avec bien plus de hauteur, la poésie divine des livres saints; car elle est comme un retentissement de la langue qu'Adam parlait avant sa chute : l'écho embellit la langue humaine et en porte les accents d'enthousiasme jusqu'au ciel. Il n'y a rien de transcendant, de merveilleux, comme la poésie des livres saints. Moïse n'est pas seulement un historien, c'est un grand poète. Il peint en quelques mots les œuvres de Dieu avec la majesté qui convient à celui qui est chargé de les écrire. Quand il dit : « Au commencement, Dieu fît le ciel et la terre; Inprincipio Deus creavil cœlumet terram (1) ; ^) on semble voir deux coups de pinceau, l'un pour le ciel, l'autre pour la terre. « Que la lumière soit, et la lumière fut (2) ; » on la voit jaillir des entrailles
(i) Genèse, i, \.-{2) Ibid.,:i,
du néant. Et ces mondes posés sur nos têtes, ces myriades de mondes qui nous couvrent, voyez ce qu'il en coûte à Moïse pour les décrire.
Parcourez toutes les œuvres poétiques de Moïse^ le cantique du passage de la mer Rouge, quelles images! quelle hardiesse! quels mouvements rapides! quels tableaux! Et les anathèmes qu'il lance sur le peuple ingrat, dans le Deuléronome î Principalement dans le chapitre xxviii, depuis le verset 15 jusqu'au 68 et dernier : lisez. C'est effrayant; ce ne sont que des disputes, des ruines, des calamités physiques, morales, politiques, sociales; c'est le ciel et la terre, toute la nature qui se lève pour broyer ce pauvre peuple. Lisez, lisez.
Et Job, le prince des poètes comme il est prince dans sa terre. Qui jamais a parlé de Dieu comme Job ? Ecoutez-le :
<( S'il veut disputer contre Dieu, de mille articles il n'y en aura pas un sur quoi il puisse lui répondre (I). Dieu est sage, il est tout-puissant: qui lui a résisté et a été en paix (2) ?
)) II transporte les montagnes sans qu'elles sachent qui est celui qui les renverse dans sa fureur (3) .
(1) Job, IX, 3. — (2) Ibid., 4. — (3) Ibid., 5.
c( Il remue la terre de sa place, et ses colonnes sont ébranlées (1). »
Lisez de Job les chapitres xii, xxviii et xxxiv : vous verrez combien, devant ce poète par excellence, sont pelits tous les poètes du monde : pygmées de la nature, de la grâce et de la foi, devant ce colosse de la nature, cet Hercule àe ia grâce et cet astre de la foi!
Prenez le premier psaume venu, vous verrez quelle magnificence, quelle poésie! Les psaumes de la pénitence, les psaumes du dimanche que vous chantez, ces psaumes que David chantait sous l'inspiration de l'Esprit-Saint, que toute la terre redit depuis dix-huit siècles, c'est un océan de poésie sacrée.
Saint Paul est un grand poète. Sa poésie est sublime; elle n'a pas les élans qui cherchent la réalité, parce qu'elle la possède; mais elle s'élance avec gradation jusqu'au ciel; elle a une synthèse qui lie tout et qui coordonne tout pour aller au but, qui est l'amour de Jésus-Christ. « Ainsi, dit-il (2), ni la vie, ni la mort, ni la hauteur, ni la profondeur, ni les anges, ni les hommes, ne pourront nous séparer de la charité de Jésus-Christ. » Que celui qui n'aime pas Notre- Seigneur Jésus-Christ soit anathème. Toute l'É-
(1) Job, IX, 6. — (2) Rom., vin, 38, 39.
pître aux Ephésiens, qui n'a que six chapitres, est un chef-d'œuvre de poésie.
Et saint Jean, dans l'Apocalypsr, quelles vues ! quelle majesté! quelle marche! quels événements ! quels témoignages ! quelles descriptions ! quels jugements portés ! Vous êtes au ciel, dont les portes s'çuvrent; vous êtes sur la terre qui est en convulsion; les anges vont, viennent, Font sur la terre et sur mer... Jamais pareil spectacle ! jamais pareille poésie !