LA NOURRICE
Une nourrice doit avoir entre vingt-cinq et trentecinq ans. Il n’est pas nécessaire qu'elle ait eu deux
enfants et qu’il y ait deux ou trois mois qu’elle soit accouchée, car elle peut, en buvant, ramener son lait à l’état de fluidité qu’exige l’âge de l'enfant. L’examen du lait se fait sur l’ongle : séreux, il s'écoule quand l’ongle est incliné ; trop épais il reste tout entier sur l’ongle, On peut encore examiner le lait en le versant dans un verre avec de l'esprit de vin rectifié : la partie coagulée qui se forme est d'autant plus épaisse qu'il y a plus de matière caséeuse. Le bon lait ne doit êtreni trop fluide, ni trop épais, il doit être blanc,doux et sans odeur. Une bonne nourrice doit se montrer saine : poitrine carrée, grandes épaules, vives couleurs, pas trop de maigreur, chair ferme, ni dents gâtées, ni haleine forte, mamelles assez grosses,entre dur et ferme, en poire, mamelon ni trop petit et retiré, ni trop grand, beau visage. Choisir de préférence une brune à une blonde, mais jamais une rousse à cause de l’odeur aigre qu’elle dégage ainsi que son lait. À cet examen superficiel il faut ajouter celui du médecin ou du chirurgien. Il saura prendre garde aux maladies vénériennes qui se communiquent facilement, aux écrouelles, à l’épileyfsie, au scorbut, aux fleurs blanches, aux pertes. Il serait bon aussi que le père ou un amise rende chez la nourrice pour voir la façon dont elle s’habille, dont elle tient ses enfants et tout son ménage, pour savoir si elle est propre. Il s’informera aussi auprès des parents du précédent nourrisson. Les nourrices ne doivent pas avoir de commerce avec leurs maris parce que l’acte
vénérien, selon Hippocrate, excite la purgation menstruelle et le lait ne vaut plus rien.
La grossesse nuit aussi à la qualité du lait. La bonne ou la mauvaise nourriture fait un bon ou mauvais lait. Le lait prend les qualités et les défauts des aliments que prend la nourrice. Celle-ci se nourrira selon l’âge de l'enfant ; elle mangera d’autant plus que l’enfant deviendra plus robuste. Ponr avoir un bon lait c’est-à-dire un lait de consistance moyenne, elle sera sobre et tempérée, mangera des soupes, de la viande une fois par jour, des herbes potagères, du pain et boira peu de vin. L’infusion de scorsonaire est à recommander et l’enfant en ressentira de bons effets. Pendant la journée,la nourrice prendra comme boisson de l’eau simple ou panée ou de l’eau d'orge légère.
Pas d'aliments acides, salés: radis, petit salé, fromages, fruits crus. Pas de liqueurs. Mais pour que les nourrices s’astreignent à suivre ce régime, il faudrait les garder chez soi.
Tels sont, aussi complètement résumés que possible, les préceptes que Des-Essartz nous donne pour le choix d’une nourrice et pour le régime qu'il faut lui faire suivre.
Nous les retrouvons en partie dans l’Émile :
Avec la vie commencent les besoins. Au nouveau-né il faut une nourrice. Si la mère consent à remplir son devoir, à la bonne heure ! On lui donnera ses directions par écrit... S'il nous faut une nourrice étrangère, commençons par la bien
choisir...
Ce choix n’est pas un si grand mystère. Les règles en sont connues : mais je ne sais si l’on ne devrait pas faire un peu plus d’attention à l’âge du laït aussi bien qu’à sa qualité. Le nouveau lait est tout à fait séreux.… : ;
Il faudrait donc une nourrice nouvellement accouchée à un enfant nouvellement né...
IL faudrait une nourrice aussi saine d'esprit, de cœur que de corps. Si l’on prend une femme vicieuse, je ne dis pas que son nourrisson contractera ses vices, mais je dis qu'ilen pâtira. Ne lui doit-elle pas avec son laït des soins qui demandent du zèle, de la patience, de la douceur, de la propreté ? Si elle est gourmande, intempérante, elle aura bientôt gâté son lait ; si elle est négligente ou emportée, que va devenir à sa merci un pauvre malheureux quine peut se défendre ni se plaindre.
Il faut que la nourrice vive un peu plus commodément, qu’elle prenne des aliments un peu plus substantiels.........
Je pense qu’au lieu de changer la nourriture des nourrices, il suffit de la leur donner plus abondante et mieux choisie dans son espèce. Ce n’est pas par la nature des aliments que le maigre échaufle. C'est leur assaisonnement seul qui les rend malsains. Réformez les règles de votre cuisine ; n’ayez ni roux ni friture , que le beurre, ni le sel, ni le laitage ne passent point sur le feu ; que vos légumes cuits ne soient assaisonnés qu'arrivant tout chauds sur la table: le maigre loin d’échauffer la nourrice, lui fournira du lait en abondance et de la meilleure qualité.