PARAITRE
Tous les gosses de la maison où habite Souris attendent dans Tescalier le retour de « la couturière ».
La concierge crie de temps en temps:
— Un peu moins de potin les mômes !
Mais ils ne l’écoutent point et c’est par des glapissements qu’ils saluent l’arrivée de Souris.
SOURIS l’arpète
(( La v’Ia ! la v’ia ! »
Elle, très étonnée, demande :
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Des voix curieuses questionnent :
(( Comment qu'ça c'est passé ? — Raconte c'que t'as fait? — Tu couds...
dis ? »
Souris avale sa salive et répond :
— Voui, j'fais des robes.
— Tu fais des robes !
— J'fais des robes pour des princesses, des robes ousqu'y a d'I'or dessus.
— Mince !
— Des robes qui coûtent des sous.
— Tu les vois ?
— Quoi ?
SOURIS l’arpète
— Les princesses.
— Oui. J’ies vois quand on leur Z 'y essaye leur robe.
— T’as d’Ia veine I Elles te parlent les princesses ?
— Oui. Elles me disent : « Est-ce que ça colle mes manches, m’mzelle ?
Et ma tournure ? Et mes plissés ?
Et pis, quéque fois, elles donnent des sous...
— C’que t’as d’Ia veine 1
Quand elle est rentrée chez elle, après avoir clos la porte, Souris se précipite en pleurant dans les bras de sa mère :
— (( Maman ! Maman I j’veux plus
SOURIS l’arpète
être couturière... jVeux plus... hi...
hi... hi... hi... on se moque de moi... hi... hi... hi... jVeux plus y aller 1 »
Madame Merlu hoche la tête et dit :
— Ça passera, va !
Apres dîner, Souris descend faire une commission pour sa mère et rencontre André Pigonneau dans Tescalier. Elle ne saurait dire pourquoi, mais quand elle reconnaît dans Tombre la silhouette du jeune homme, son cœur se met à battre, à battre très fort, comme si elle avait descendu les étages en sautant trois marches à la fois.
— C’est vous mamzelle Marie ?
SOURIS l’arpète
Elle répond, la voix tremblante :
— Oui, c'est moi m'sieu André.
Tout de suite, il l'interroge :
— Eh bien, paraît que vous avez débuté aujourd'hui chez Malabar-Dupontel. Vous êtes contente ?
— Oui... j'suis contente !
— A l'atelier, on est chic pour vous ?
— Oui... on est chic I — Et la première ?
— La première aussi.
— A quelle heure quittez vous ?
— A sept heures un quart.
— Moi je quitte à sept.
— Ah 1
— Oui... et où c’est, Malabar-Dupontel ?
— Rue de Castiglione.
— C’est pas très loin de ma boîte...
Vous savez où je travaille ?
— Oui à la librairie des Arts, près du Théâtre Français.
— Alors le soir... Si on se rencontre... on s’en reviendra ensemble, dîtes ?... Par la rue de Rivoli...
Comme Souris troublée ne répond point, André s’étonne :
— Ça vous ennuierait-il, des fois ?
Souris réplique, très vite :
— Non au contraire ! Vous pouvez même venir m’attendre à la sortie si que vous voulez.
SOURIS l’arpète
— Si je veux ! Sûr que je veux mamzelle Marie ! J'irai dès demain soir... à sept heures un quart... au coin de la rue...
— Non, à la porte.
— Mais, les autres ouvrières ?...
— Ça ne fait rien. Elles en ont toutes, elles aussi, des messieurs qui les attendent... moi je peux bien faire comme elles !
— C'est entendu... Alors vous voulez bien qu'on soye des amis tous les deux ?
— Oui m’sieu André.
— Et vous voulez bien aussi que je vous embrasse tout de suite ?
— Oh ! non, j’veux pas, répond
SOURIS l’arpète
Souris tout bas, tout bas, en tendant sa joue. Mais elle ferme les yeux pour ne point voir sa propre faiblesse. La bouche d’André lui plaque un baiser sonore sur la joue, pas loin des lèvres.
D’une main, Souris a saisi la rampe qu’elle étreint nerveusement. C’est très doux d’être embrassé par un garçon, et demain soir, à la sortie de l’atelier, les ouvrières seront bien étonnées de voir que Souris a elle aussi )) a un amoureux !