‹ Souris l'arpèteChapitre 5 sur 16 · COUP D’ŒIL SUR UN « EFFET · texte numérisé non relu

COUP D’ŒIL SUR UN « EFFET

Sept heures un quart.

Pigonneau est à son poste devant la porte des ateliers Malabar-Dupontel. Il dissimule derrière son dos un bouquet de violettes de deux sous. Pour la circonstance il s’est fait friser et parfumer les cheveux au « parfum des Rajahs )). Avec la merveilleuse divina-

Ga

tion des amants tant chantée par les poètes, il se compose un visage à l’idéal de Souris.

Il y a aussi d’autres jeunes gens qui attendent les ouvrières. D’aucuns fument des cigarettes en faisant les cent pas sous les arcades ; d’autres, dans les cercles de lumière qui tombent des réverbères, lisent des journaux sportifs.

La porte s’ouvre, découvrant un profond couloir. Deux jeunes filles paraissent sur le seuil, regardent à droite et à gauche et murmurent dépitées :

(( Ils ne sont pas encore là ce soir ! »

Voici une apprentie, en jupe courte, coiffée d’une petite toque de velours

SOURIS l’arpète

noir retenu sur sa tête par un élastique. Elle se sauve en courant. Un gobelet, une bouteille et des couverts d’étain tintinabulent dans le petit panier d’osier qui lui sert à transporter son déjeuner.

Le couloir s’emplit de bruits, de rires, d’appels, d’exclamations et la foule des ouvrières s’épand sur le trottoir. Celles qui ne sont point attendues s’éloignent en hâte ou s’attardent à la porte, en groupe, à de mystérieux papotages : (( Voui... figure-toi ma chère !... C’est pas possible !... Si, c’est comme je te le dis ! Ah ! oh !... )>

Les autres rejoignent en souriant leurs amoureux.

SOURIS l’arpète

Voici Souris.

Elle aperçoit Pigonneau, devient toute rose et s’assure d’un regard oblique si tout (( son » atelier la suit.

Comme la grande Clémence l’interroge : (( T’habites loin Souris ? » Elle répond : « Oui, j’habite loin... mais j’vais à pied... à cause qu’on m’accompagne. »

— C’est ta mère qui vient te chercher ?

— Oh non !... c’est mon ami.

Sans plus attendre, elle se précipite vers Pigonneau : « B’soir m’sieu André ! » puis elle se dresse sur la pointe des pieds. Alors, regardant tour à tour le visage rougissant de Pigonneau et

SOURIS l’arpète

le seuil de la porte où paraissent les ouvrières de « son » atelier, elle ajoute, perdant toute retenue, aiguillonnée par le désir de (( les » étonner : « Embrassez-moi donc I »

Pigonneau se penche. Il lui suce maladroitement le bout du nez et découvrant son bouquet de violettes, balbutie, un peu gêné par cette effusion publique : « C’est pour vous... ces fleurs... mamzelle Marie. »

— Oh ! merci m’sieu André... elles sentent bon !... ATai c’qu’elles sentent bon 1

Souris triomphe.

Toutes les ouvrières de « son » atelier l’ont vue, oui, toutes !

La grande Clémence la menace du doigt et crie : « Attends un peu, la Souris ! ))

— C’est vous qu’on appelle comme ça ? demande Pigonneau surpris.

— Oui, c’est moi... C’est moi qui l’ai choisi, vous savez !... à cause que Marie, c’est d’un commun ! Vous pouvez m’appeler Souris si que vous voudrez... On passe à travers le Jardin des Tuileries ?

— C’est une bonne idée Mamzelle Souris !

Pigonneau pense : « Il fait nuit sous les arbres, ce qu’on va s’embrasser ! )>

Souris glisse le bouquet de violettes à son corsage dans l’échancrure de

sa gorgerette et s’éloigne au bras de Pigonneau, la tête légèrement tournée, l’œil au coin de la paupière pour bien voir, par derrière, si « on » la regarde l

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