‹ Sous bois: impressions d'un forestier (volume 2)Chapitre 3 sur 8 · N8 LES BOIS · texte numérisé non relu

N8 LES BOIS

es garde précieusement I, comme on garde la >u la robe de baptême, i le petit est devenu un ce est vide dans la maiignon sabot de sa caement, — parfois avec it aussi avec les yeux

ois, nos sabotiers chanïilles se transformeat nains. Une fois le sabot

rouette, le perceur en s passe à un troisième nner la dernière façon st une sorte de couteau oucle à un banc solide, on est l'artiste de la le sabot, sur lequel il ine chaussure féminine, ^re, selon sa fantaisie; le raffinement jusqu'à rd du cou-de-pied, de

du bois laissent translanc de la fille coquette

qui chaussera ce sabot de luxe. qu'ils sont achevés, les sabots soDt i la loge, sous un épais lit de copea enipfiche de se fendre ; puis, uae oi la semaioe, les apprentis les exposai de brins verts qui les enfume, durci loi donne une chaude couleur d'un La besogne se poursuivra de la so ce que tous les arbres aient été empl on lèvera le camp. Adieu la combe et le ruisseau babillard 1 On chargera et on partira à la recherche d'une e nouvelle. Ainsi, toute l'année, la for ou jaunissante, semée de fleurs ou , feuilles sèches, entendra dans un di l'atelier bourdonner comme une nii sabotiers façonner galment par douz primitive chaussure, — simple, salubi comme la vie forestière elle-même.

Aujourd'hui Tristan m'a conduit bois de Charbonnière, du côté du Val me disant : — Je t'ai montré mon ja

juste que je te fasse connaître aussi mon verger. — Nous avons traversé un taillis en pente, sillonné de ruisselets d'où les merles et les grives partaient à chaque instant par volées. — Ils viennent, reprit Tristan, s'y baigner et boire frais, quand leur déjeuner d'alises, de prunelles et autres baies astringentes leur a trop asséché le gosier. Te voilà ici dans le grand fruitier de la forêt; de quelque côté que tu te tournes, tu verras des fruits pendre aux branches des arbres et des arbustes. En mère attentive, la forêt donne à ses enfants non-seulement un bon gîte, mais encore un bon souper, et, avec cette grâce aimable qui n'appartient qu'aux mères, elle sème au dessert ses plus belles fleurs sur la nappe verte afin de réjouir les yeux de ses convives, en même temps qu'elle apaise leur appétit. A peine juin est-il à moitié de sa course^ que les fraises et les framboises parfument les fourrés, puis viennent les merises noires, chères aux loriots; mais c'est surtout en automne que la forêt prodigue ses largesses. A la Sainte* Madeleine, comme dit le proverbe, les noisettes sont pleines, et les coudraies feuillues tendent vers nous les amandes jumelles, encapuchon-

L'AUTOUNB DANS LB8 BOtS.

nées dans leurs capules si curieuseme : quetées. C'est là que les écureuils vieni leurs provisions d'hiver. Les prunell sent aux haies; les pommes et les | \ bois étalent leurs fruits ftpres, d'un I au milieu du feuillage rougissant ài ■£eons. Les baies des cornouillers, sen des olives vermeilles, achèvent de ma des épines-vinettes cramoisies, et du alisiers pendent les bouquets bruns di pareilles pour le goût et la couleur à i nèfles. Les chênes font pleuvoir leurs j les sangliers s'en régalent. De la Saint la mi-novembre, le fruitier est toujoi damment rempli ; mais le plus riche p verger forestier est encore le fruit du faîne. Vers la fin de septembre, les rougefttresetrugueusesdeshètress'enti les faines s'en échappent, deux h deui bruit sec; le sol est jonché de leui brunes et triangulaires. Alors tous les en rumeur; femmes, vieillards, enfant tent des villages voisins pour récolter On étend sous chaque arbre de grai blancs, on secoue les brandies à i

gaule, et les graines anguleuses tombent comme une averse. La faîne est très-savoureuse. Nos paysans en font de l'huile en soumettant les amandes, enfermées dans des sacs de toile neuve, à de lentes pressions. Cette huile, extraite à froid, vaut Thuile d'olive; elle a l'avantage de se conserver pendant dix ans sans perdre de sa qualité, et elle sert à confectionner des fritures fines, dorées, affriolantes... Ëssaies-en, et, comme dit Brillât-Savarin, tu verras merveille I

Je m'étais penché vers les halliers pleins de fruits violets ou vermeils... — En route! s'écria Tristan, m'interrompant'dans ma cueillette de cornouilles et de mûres, maintenant que tu connais le fruùtet*y il faut que tu visites aussi le potager»

Nous reprimes le chemin de la futaie des Fosses. Les pluies des jours précédents avaient détrempé le sol, et, sous les grands couverts, la population étrange des cryptogames avait poussé et grandi en une nuit. Toutes les variétés de champignons étaient là disséminées, soulevant les feuilles sèches, sertissant le pied des arbres, dominant les touffes d'herbe. Il y en avait de toute forme et dQ toute nuance : gros chapeaux

bruns et bossues, frgles parasols gris coupes blancb&tres retenant l'eau de pi leur creux, mitres d'évËque d'un jaune < branches fines ramifiées comme des boules neigeuses et gonflées...

— Tu vois ici, dit Tristan, le vast manger toujours libéralement ouvert s de laforët. Les agarics, les bolets, les relies et les clavaires y poussent à foiS' lement il faut ouvrir l'œil et y regarder l'ivraie se trouve à cAté du bon grain, et àceux qui, trompéspar une fausse resseï tombent sur un champignon vénéni qu'il y a de fatal, c'est que chaque comestible a presque toujours un si végète dans le voisinage, et dont sou propriétés sont pernicieuses. Ainsi le délicieux bolet qu'on nomme chez noua bonmer, a pour cousin germain le bol trier, dont le nom indique assez le c malfaisant. L'oronge, ce royal champign comme un soleil, ne croît pas dans n mais nous avons ses détestables sœui terribles empoisonneuses : l'amanite /àus; et l'amanite citrine, dont tu vois d'ici

ïsouverdâtres couverls détaches de mousseron, hAte des taillis de cou- )ur ménechme l'agaric nébuleux, qui cher et qui est la caricature du pre- ^énéral, on peut observer comme les bons champignons ont tous la imée, blanche et " cassante, l'épietune mine d'honnStes gens, tandis ^ptogames vénéneux ont la physio- Foque, la couleur changeante, l'oabonde et l'air sinistre des coquins, ement cette règle n'est pas sans :t les gens peu exercés s'y trompent, drais, répondis-je, que dans chaque lire il y eût de bonnes planches eprésentant exactement les espèces ou dangereuses, et indiquant, en noms scientifiques, les surnoms sous lesquels les champignons sont is les diverses parties de la France, [ue l'instituteur fût tenu d'apprendre s assez de botanique pour qu'ils oanaltre les caractères distinctifs de èce, nement, au lieu de bourrer les cer-

velles enfantines d'une foule de uiaiseri lastiques, ou devrait leur douuer, soua li de ces leçons de choses introduites dans le:

américaines, des notions claires et pr sur le petit monde qui les entoure ; mais tine, mon ami, la routine 1... Nos insti ignorent l'analyse et la classification plantes usuelles, et même nos médecins lage, pour la plupart, ne savent pas an botanique. Les gens qui connaissent en mieux les cryptogames sont nos bûchei nos charbonniers... Attention I nous an un endroit où ne croissent guère que des innocentes, avec lesquelles il n'y a méprise possible. Ce cbampignon d'un d'or, au cbapeau coquettement retroi frisé, est la chanterelle, connue vulgal sous le nom de chevrette; celui-ci, tantt perle et tantôt jaune-saumon, qui ress( une touffe de coraux, c'est \& clavaire o\ii Voici le lactaire doré, dont les fines 1.

'laissent transsuder une liqueur ambi l'agaric élevé ou colmelle, avec sa bague parasol, — Yhelvelle, dont le cbapeau d'une mitre d'év6que, et non loin la ti

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hydnes. Remarque leurs allures singulières; ils poussent par bandes et décrivent des demicercles autour des arbres. L*hydne est peut^tre le plus original de nos champignons d'automne. Son pied est excentrique, et son chapeau jaunechamois se jette tout d'un côté ; des centaines de ânes aiguilles verticales garnissent le dessous du chapeau et lui donnent une physionomie de hérisson. Pendant longtemps on ne ramassait pas les hydnes, et on les regardait comme des champignons dangereux. Heureusement on est revenu de ce préjugé. Dans Tun de mes derniers voyages à Paris, j'en ai aperçu une pleine corbeille à l'étalage d'un fruitier; en revoyant dans une rue sombre et populeuse ces beaux hydnes à odeur d'abricot, encore demi-vêtus de mousse des bois, j'ai été aussi ému qu'un montagnard suisse expatrié qui entendrait tout à coup le Ranz des vaches.

Tout en discourant, nous avions ramassé des cèpes et des helvelles, et fait une abondante moisson d'hydnes ; après y avoir ajouté quelquesuns de ces mousserons blanc de neige à feuillets roses, qu'on rencontre dans l'herbe courte des pâtis, nous avons porté toute notre récolte i

L'AUTOMNE DAMS LES UOIS.

nos amis les charbonniers. Naturellement avons été les bienvenus. Justement la cba nière préparait un civet d'écureuils ; Br procéda elle-même à la toilette de nos chi gnons, qu'elle versa ensuite avec du lard i croûtons de pain dans la poéle brûlante. ; ajouta, en guise d'assaisonnement, les fe hachées de Voxalide petite oseille, et bientA friande odeur de cuisine monta sous les cfaes des hêtres. Tristan avait avec lu gourde de rhum qui servit à corriger la ci de l'eau de la source, et nous fîmes au n de ces braves gens le plus gai des repas 1 tiers. Le ciel riait entre les feuilles, les ro gorges fredonnaient dans le voisinage, fumée bleue du foyer à demi éteint mi lentement vers les hêtres. Tout en dégi l'écureuil, dont la cbair a un goût de noi j'épiais les mines de Brunille et du Grand J Rien qu'à voir les œillades qu'ils se lani derrière le dos de la vieille mère, je juge; le bal de la fête n'avait pas amassé de nou nuages de jalousie, et que rien n'avait ti la paix signée à la cascade des Moulineauj Au dessert, — un dessert d'alises et di

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Tbéocrite ! 6 Tirgîle l J'écoaUis ces deux jeunes voix, (anlAt séparées, tantôt bannonieo* sèment accouplées ; je regardais les lentes spirales de la fumée, les réseaux Imnineux sous la voûte des arbres, les figures brunes et accentuées des charbonniers; je me croyais transporté aux temps des Thalyiiei et du Moretum, et, en savourant cette heure délicieuse, je songeais avec mélancolie que le temps s'en allait trop

L'AUTOHlHi!: DANS LES BOIS.

. vile, et que dans peu de jours tout ce mon cbanté des bois disparaîtrait à mes yeux.

S3 septembre.

II pleut à verse, de grands nuages noir nentdansle ciel, etle vent avec deplainliv meurs les chasse devant lui. Les arbres forêt tordent convulsivement leurs bra mouillées, et l'Aube grossie bouillonne so tilleuls de la promenade. A l'auberge du d'or d'Auberive, devant une claire flambéi a deux heureux compagnons qui se chai assis à une table recouverte d'une nappe che, et ces deux heureux, c'est Tristan et Le vin rosé nous sourit à travers les bout le tournebroche grince agréablement, l'hi avenante va et vient autour de la table et pose, dans un grand plat do faïence peii gigot odorant et rôti à point. En ce mo un rayon de soleil glisse entre les nué( bruit de violons et de chansons retentit l'éloiguemenl. Nous nous mettons à la fi et, sur un long chariot lancé au galop, voyons déboucher du haut de la rue toi

nchés. C'est la lin qui se rend ré de rabans ; s. Bru aille me inale avec son aais le Grand apeau à larges as saluent d'un I fouet claque, [tent dans IV.ir >mme un tonr-

mplit nos deux sien au-dessus écpie-t-il avec 3t parfum de la futaies s'élever mner au vent grands arbres:

snservent sous . et les mœurs iquels vit une it fiëre ! Là où la patrie, et un >t bien près de

L'ACTOMNE DANS LES BOl

mourir. Aux fruits de la forêt, cette i et aux fleurs de la forêt, cette ch seule maîtresse dont l'amour so fervent et jamais égoïste I A la foré a vu notre amitié naître et graa joyeuse, vivace comme les plantes croître I

Nous choquons nos verres et nou rons la main. C'est le dernier toast et agape. Déjà les claquements de foui lier qui doit m'emmener résonnent la route; les chevaux hennissent tout fumants. J'embrasse Tri)>tan, j prés du conducteur, etia voiture rou la forêt ruisselante. — Adieu I et co chanson allemande :

I Scheîden nnd Uuten tbut weh,

se séparer et tout laisser font soufTri

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