ROYALES, A PARIS
Je vous demande rarement de vos nouvelles, mais soyez assuré que je n'en pense pas moins à vous, et que j'attends avec impatience l'époque où, devenant bourgeois de Paris, je pourrai vous voir tous les jours.
Aujourd'hui, c'est un conseil que je viens vous demander. Voici de quoi il s'agit: On parle de former un musée de la collection de M. Dusommerard ou des antiquités nationales. J'en ai réuni une grande et belle collection qui m'a coûté bien des milliers de francs. Je ne veux point la vendre, mais je ne voudrais pas non plus qu'elle fût dilapidée après moi. Je désirerais la donner, mais la bien donner, pour qu'elle ne fût jamais vendue, et avoir l'assurance qu'elle sera placée convenablement. Il faut un grand emplacement; ma maison d' Abbeville, qui est cependant assez vaste, est à peu près remplie. Dites-moi donc les moyens que j'aurais à prendre pour faire ce don à l'État, de façon
qu'il soit bien constaté que je n'ai rien vendu ni fait de spéculation quelconque, mais donné dans le seul intérêt de l'art et du pays.
Je tiendrais aussi à ce qu'il me fût permis d'intervenir dans la manière dont les objets seront placés.
L'été dernier, à Eu, j'ai dit un mot de ceci à M. de Cailleux, en l'engageant à venir passer un jour ou deux chez moi, pour voir les objets; mais il est tellement occupé qu'il ne l'a pas pu. Dans tous les cas, cet examen deviendra nécessaire avant qu'une décision intervienne. Je ferai, en outre, établir un catalogue.
Pardon, mon cher ami, de vous étourdir de toutes ces choses; mais quand il s'agit des arts, à qui puis-je mieux m' adresser qu'à vous?
Mon vieux père se rappelle à, votre souvenir. Mes amitiés à vos enfants.
LETTRE DCCLXIX.
Abbeville, 5 juin 1843.
A M. JoACuiM Lelewel, a Bruxelles.
Monsieur,
J'ai reçu, aujourd'hui seulement, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 27 avril dernier, et les précieux et savants ouvrages qui y étaient joints et que je remettrai de votre part à la Société d'Émulation. Je vous prie d'agréer d'avance tous ses remercîments. C'est de l'or que vous nous envoyez pour du plomb; notre regret est de n'avoir rien à vous offrir qui soit digne d'un
iO£ LETTRE DCCLXIX.
si beau présent et de son auteur que nous apprécions tant.
Nous regrettons toujours que vous n'ayez pu fixer votre résidence à Abbeville. Si vous le pouvez un jour, je vous renouvelle l'offre d'un logement chez moi, logement tout modeste, une antichambre et deux petites pièces bien closes, bien calmes, bien silencieuses, et où vous pourrez travailler sans trouble.
La bibliothèque et les médailles de mon vieux père qui, malgré ses quatre-vingt-six ans, se souvient souvent de vous, sont toujours à votre service.
Je vous envoie quelques volumes; ils ont été imprimés à un petit nombre d'exemplaires, et seulement pour mes amis: permettez-moi donc de vous les offrir.
Je reçois quelquefois des lettres de Vienne, de M. de Hammer, que je ne connaissais que de réputation. Mon livre sur la Création m'a mis en relation avec lui, ainsi qu'avec M. Ferdinand Wolf. Ils n'ont pas désapprouvé mon ouvrage.
La Société d'Émulation n'a pas oublié votre improvisation et ce que vous nous disiez sur les langues primitives. Cela rentre absolument dans mes idées, comme vous avez pu le voir dans le chapitre de la Création où j'ébauche ce sujet.
Nous avons eu le malheur de perdre, l'année dernière, mon frère Jules (1), celui qui demeurait avec moi. C'est pour nous un vide irréparable, mais en songeant à Dieu et à l'autre vie, on supporte toutes les douleurs.
(1) C'est par erreur que Ton a imprime, page 368, ligne 44, que M. Jules Boucher de Crèvccœur était né le 21 novembre 1793. Lisez : le 24 novembre 1796.
LETTRE DCCLXX.
Abbeville, 6 juin 1845.
A M. ***, a Paris.
J'ai lu, monsieur, le petit livre que vous avez bien
voulu m'envoyer, et qui est intitulé Le titre est
ton, car il y a véritablement des vers, ce qu'on ne pourrait pas dire de beaucoup d'autres recueils de notre époque. Dans le vôtre, il y a non-seulement des vers, mais il y en a de bons, et partout j'y ai reconnu cette facilité dont, depuis votre jeune âge, vous avez donné des preuves.
Maintenant, permettez-moi de vous parler avec toute franchise et comme on se le doit entre Picards. En approuvant la facture de vos vers et en général l'éclat de vos idées, il en est pourtant que je critiquerai. Il est certaines images qu'on ne devrait jamais présenter, pas plus en vers qu'en prose, parce que, quels que soient les dorures dont on les encadre et les joyaux dont on les orne, elles n'en causent pas moins de la répugnance. Le laid est toujours laid. Malheur à l'écrivain qui le prend pour le beau î Malheur aussi à celui qui croit le faire passer pour tel! Quelque succès qu'ait son livre, c'est un succès mort-né.
Il est ensuite une question, la première que doit se faire tout homme qui écrit, et se faire à chaque page, à chaque vers: cela fera-t-il du bien ou du mal? Si c'est du mal, quelqu'ingénieuse ou éclatante que soit l'image,
Digit
LETTRE DCCLXX.
il faut la sacrifier, car en radmettant, on se prépare un repentir.
Si la peinture est innocente en elle-même, si elle ne peut faire aux autres ni bien ni mal, il faut se demander encore si ce n'est pus à nous quelle peut nuire. Tenez, je vous le dis en toute conviction, il semble, dans certaines de vos poésies, que vous ayiez voulu faire un factum contre vous-même. Vous êtes bon, doux, sensible, serviable; c'est ce que vos parents, comme vos professeurs, comme vos condisciples reconnaissent, et ce que tout le monde sait ici. Mais ceux qui ne le savent pas, ceux qui ne vous jugeront que sur certains passages de vos écrits, vous croiront dur, froid, égoïste et blasé. J'ai admiré comme poésie le numéro 15; eh bien! pour une fortune, pour la gloire même, je ne voudrais pas que de telles pensées figurassent dans mes écrits.
Vous ne m'en voudrez pas de vous parler avec cet abandon, disons plus, avec cette brutalité. Mais croyez bien que si je le fais, c'est que je vois en vous un talent vrai, et devant vou3 une belle carrière ouverte, et qu'au départ surtout, il ne faut pas en maculer la voie.
JUIN 18i:l.
LETTRE DCCLXXI.
Abbeville, 8 juin 1843.
A M. VlTET, CONSEILLER D'ÉTAT, PRESIDENT DE LA COMMISSION CHARGÉE DE L'EXAMEN DU PROJET D'UN MUSÉE D'ANTIQUITÉS NATIONALES.
Monsieur le conseiller d'État,
Les journaux m'ont appris que le gouvernement avait l'intention d'acquérir l'hôtel de Cluny, et d'y former un musée d'objets du moyen-âge ou d'antiquités nationales. Cette fondation, que réclamait l'intérêt du pays, de l'art et de l'histoire, m'a paru éminemment utile.
Désirant donc y concourir autant qu'il dépendra de moi, j'offre de faire à l'État le don gratuit d'une collection que j'ai formée avec beaucoup de soins et de dépenses, et qui se compose d'un assez grand nombre de meubles français de diverses époques, notamment d'armoires sculptées, de coffres, de bas-reliefs en bois, etc.
Les conditions que je mets à mon offre, sont :
1° La fondation du musée dont il s'agit.
2° L'emploi d'une ou plusieurs salles assez vastes pour contenir tous les objets dont je ferai don.
3° Le droit d'intervenir, comme conseil, dans leur classement.
4° Qu'il soit constaté, d'une manière authentique, que je n'ai rien vendu ni rien accepté en retour, et qu'il ne s'agit que d'un don purement gratuit fait au pays.
LETTRE DCCLXXI.
Je ne dois pas vous laisser ignorer que l'emplacement devra être vaste. Il existe, dans ma collection, quinze à vingt grandes armoires en chêne, à double corps et à corniche, de deux mètres cinquante centimètres de haut et d'un mètre cinquante centimètres de largeur. Il y a à peu près autant de coffres d'un mètre de hauteur sur un mètre cinquante centimètres de largeur.
Tous ces meubles, réparés avec le plus grand soin, sont dans le meilleur état; ils n'entraîneront donc aucun frais ni de réparation ni d'entretien.
Je diviserai en deux catégories la donation que je ferai. Je donnerai immédiatemement tous les grands bahuts et armoires en chêne, et toutes les sculptures en bois.
Les meubles en bois précieux, tels que palissandre, ébène ou incrustations, je me réserve de les donner plus tard, parce qu'ils servent à mon ameublement et qu'il faut que j'aie le temps de les remplacer. Quant à ceux que je ne donnerai pas de mon vivant, j'en assurerai la propriété à l'État par un acte authentique.
D'ailleurs, si l'emplacement qu'on mettra à ma disposition n'est pas entièrement rempli, j'y pourvoirai par des dons successifs, et la collection que j'offre en ce moment ne sera que le principe de celle que je compléterai peu à peu, si mes moyens continuent à ine le permettre.
Je dois ajouter ici que mes frères et mes neveux, mes seuls héritiers, jouissent d'une assez grande aisance, non-seulement pour ne pas désapprouver ces dons, mais même pour y applaudir.
LETTRE DCCLXXII.
Abbeville, 20 juilllet 4845.
A M. Alphonse Karr, au Havre.
Monsieur,
J'ai communiqué à la Société d'Émulation votre article des Guêpes sur M. Frédéric Sauvage. Elle me charge de vous en remercier.
La Société, dont fait partie M. Sauvage, et sa famille elle-même qui habite Abbeville, n'ont eu que par votre article connaissance de son emprisonnement pour dettes; il n'en avait pas même donné avis à son père.
M. Sauvage a trop d'amis dans notre ville pour qu'on veuille le laisser dans cette fâcheuse position; ayez l'obligeance de le lui dire, en l'assurant que, personnellement, je suis tout à sa disposition.
LETTRE DCCLXXIII.
Abbeville, 10 août 1845.
A M. Hyppolite Destrem, a Paris.
Monsieur,
J'ai lu avec un vif intérêt les deux articles signés de vous, sur les ouvrages de M. de la Mennais, et qui ont paru dans les numéros de la Démocratie pacifique des 7 et 9 août.
LETTRE DCCLXXIV.
Je ne connais que de réputation le livre intitulé: Esquisse d'une philosophie, mais je vois que plusieurs des propositions que vous citez sont précisément celles de mon ouvrage intitulé : De la Création, essai sur l'origine et la progression des êtres.
Or, le premier volume de mon ouvrage a paru au commencement de 1838, et dès cette époque, je l'ai fait remettre moi-même à M. de la Mennais.
Je ne veux pas dire par-là qu'il ait puisé ses propositions dans mon livre, mais ce qui est certain, c'est qu'il a été imprimé et publié bien longtemps avant le sien, et les exemplaires déposés à la bibliothèque du roi et ceux que j'ai envoyés à la phalange en font foi. Les deuxième et troisième volumes ont paru en 1839; le quatrième, en 1840, et le cinquième, au commencement de 1841.
Si, d'ailleurs, vos occupations vous permettent de parcourir mon livre, j'en tiens un exemplaire à votre disposition, et je le ferai remettre chez vous, si vous voulez bien l'accepter.
LETTRE DCCLXXIV.
Dieppe, 19 août 1845.
À M. Frédéric Sauvage, au Havre.
Le 16 de ce mois, étant allé à Eu, le roi a bien voulu m'inviter à l'accompagner dans une promenade qu'il allait faire à bord du Napoléon. Je l'y ai donc suivi, désirant voir fonctionner vos hélices, quoiqu'on les ait
défigurées.
Le Platon et VArchiniède, bâtiments à roues, devaient lutter contre le Napoléon à hélices. La mer était trèsfavorable, le vent était faible; aussi tout allait au mieux.
Les hélices ont, à l'unanimité, été reconnues préférables aux roues. Nous avons été en droite ligne à environ quatre lieues au large, et le Napoléon a toujours eu l'avantage ; il l'a eu bien plus encore au retour. Les journaux vous diront tout ceci mieux que moi.
Comme on avait exposé sur le pont, aux yeux du roi, tous les divers systèmes qui dérivent du vôtre et ne le valent pas, j'ai eu occasion de défendre votre droit de priorité, et en même temps la supériorité de votre hélice. J'ai fortement plaidé votre cause, notamment auprès du ministre des finances qui remplaçait celui de la marine, et de M. Conte, directeur des postes, qui se trouvait à bord, probablement chargé d'examiner si le système des hélices était applicable aux bateaux-postes.
C'est sur la proposition du ministre que M. Normand, constructeur du Napoléon, a eu la croix qui lui a été remise séance tenante à bord du bateau.
Je dois ajouter qu'il a déclaré devant moi, au ministre lui-même, qu'il regrettait de la recevoir avant vous, parce que vous étiez le véritable inventeur des hélices appliquées à la navigation. Il a dit la même chose au duc de Joinville également présent.
En ce point, j'ai été parfaitement de son avis, et ne voulant pas quitter le ministre qu'il ne m'eut promis de s'occuper de vous, je l'ai reconduit jusqu'à chez lui, où j'ai enfin obtenu cette promesse. Reste à savoir quel en sera le résultat.
A dîner chez le roi, j'ai trouve l'occasion d'en dire v 18
LETTRE DCCLXXV.
un mot à sa majesté. M. Anatole de Montesquiou s'est joint à moi. Le roi a paru bien disposé, mais sans se prononcer davantage.
Comme les paroles passent vite, je vais écrire au ministre, au général et à M. de Montesquiou. A l'aide des notes que votre frère m'a fait remettre aujourd'hui même et que je regrette de n'avoir pas eues plus tôt, je vais leur rappeler ce qui vous est dû et les engager à agir.
Si vous aviez été à Eu, je suis bien certain que vous auriez été bien accueilli par sa majesté et aussi par le prince de Joinville qui désire faire plus en grand l'expérience de votre système. Malheureusement, il est un peu atteint de surdité, et je n'ai pu bien m'expliquer avec lui. M. de Montesquiou est celui qui a mis plus de chaleur à exposer vos droits à une pension ou une récompense nationale. Cela vaudrait mieux qu'une croix qui ne vous enrichirait guère.
La Société d'Émulation pense souvent à vous, et regrette que votre éloignement vous empêche d'assister à ses séances que vous rendiez si intéressantes.
LETTRE DCCLXXV.
Dieppe, 21 août I8i3.
A M. Lacave-Laplagne, ministre des finances.
Monsieur le ministre,
J'ai déjà eu l'honneur de vous entretenir de M. Frédéric Sauvage et de mon opinion sur les hélices. J'y
ai peut-être mis une insistance qui allait jusqu'à l'importunité; je dois donc à votre excellence quelques explications à cet égard.
Je connais M. Frédéric Sauvage depuis 1811. Fils d'un riche constructeur de navires, habitant fort considéré de Boulogne (Pas-de-Calais), il se livrait à ce genre d'études, lorsqu'étant moi-même sous-inspecteur des douanes à Boulogne, je fus chargé de surveiller l'exécution d'un cutter-patache (le comte de SussyJ que faisait construire l'administration pour son service. J'avais, à cette époque, fait quelques expériences sur la marche des navires. Bonnes ou mauvaises, je présentai mes idées sur la forme à donner à celui dont il s'agissait. C'est ce qui me mit en relation avec le jeune Sauvage. La vérité est que malgré nos efforts réunis, le Sussy, d'ailleurs fort solide, marcha toujours assez mal. Aussi ce n'est pas ceci qui fit la gloire de Sauvage, mais ce fut son point de départ. Voyant que la voile ne produisait que des résultats incertains, il chercha à faire marcher les navires sans voiles, et il le chercha par d'autres voies que Fulton dont les essais, repoussés par l'empereur, étaient tombés en discrédit. La première révélation des hélices date donc de ce temps.
Cependant, elle n'absorbait pas tellement Sauvage qu'il ne rêvât d'autres projets. 11 inventait: 1° canot mécanique à rames; 2° modérateur des moulins; 3° machine à scier le marbre; 4° meilleur moulin horizontal, etc., etc.
Plus tard, il trouvait le physionotype, invention à laquelle l'avenir rendra justice; — le symétronome, instrument qui sert à reproduire les sculptures de droite
LETTRE DCCLXXV.
à gauche ou vice versa, et à les reproduire de même grandeur, différant en ceci du pantographe;—- le réducteur, Tune des belles découvertes du siècle, et à laquelle on doit toutes ces jolies figurines qui enrichissent nos marchands.
J'arrive aux hélices. Sauvage a fait sa première expérience en grand à Boulogne-sur-mer, il y a douze à treize ans. La seconde, sur le canal de la Villette. 11 fit remonter des bateaux à la Râpée, à Saint-Cloud, à Neuilly.
En 1833, il fit manœuvrer, au Hàvre, une embarcation de trente tonneaux avec deux hélices mises en mouvement par une machine également de son invention (voir le Journal du Havre du 19 mars 1833). Tous ces faits sont de notoriété publique. D'ailleurs, le brevet de Sauvage pour remplacer, par une ou deux hélices, les roues à aubes, date de 1832.
Depuis, on a monté en Angleterre un navire (VArchimède) d'après le système hélices. Mais comme on n'accorde pas en Angleterre de brevet d'importation, pour l'obtenir, Smith, l'armateur de VArchimède, a divisé en deux l'hélice Sauvage.
C'est probablement pour le même motif que l'ingénieur John Renie, de Londres, qui arme en ce moment un navire de trois mille six cents tonneaux, le Great Britain de Bristol, a divisé l'hélice en trois. Le Napoléon est, je crois, établi d'après ce procédé.
Il y a encore une hélice hérissonne dont on se sert aux États-Unis dans les canaux. Elle consiste en une sorte de tambour sur lequel tourne une hélice. Je n'en parle que par ouï-dire.
AOUT 18'i;J.
Comme président de la Société royale d'Émulation, dont Sauvage est l'un des membres, j'ai dû suivre ses expériences et les progrès de son invention. Ceci explique pourquoi je suis intervenu dans la question. J'ajouterai que dans ma conviction intime, l'hélice simple, ou celle que Sauvage a inventée, est la meilleure, et que tôt ou tard on y reviendra. L'hélice à deux coupures de Smith, celle à trois de John Renie, qui, d'ailleurs, reconnaissent que l'invention première est à Sauvage, ne peuvent avoir la même puissance. Avant de condamner l'hélice simple, il faudrait l'essayer; c'est ce qu'on n'a pas fait, car on ne peut pas considérer comme épreuves définitives les essais de Sauvage qui, quoique riche alors, ne l'était pas assez pour les faire en grand. Il les a faits comme il a pu, et pourtant il s'est ruiné. Sa ruine n'est donc pas la suite de l'inconduite, tant s'en faut. M. Sauvage est un modèle de sobriété et de vertu ; il n'a peut-être pas, dans toute sa vie, donné six francs à ses plaisirs.
Quant aux articles de journaux, non-seulement il n'y est pour rien, mais je suis convaincu qu'il ne les a pas lus. Jamais homme ne fut plus étranger à l'intrigue. Il aime si peu le bruit, que tout récemment, à la suite de son emprisonnement pour dettes, on parla de faire pour lui une souscription nationale; il s'y opposa formellement en disant que les grands mots ne changeaient rien aux petites choses, et qu'il ne recevait l'aumône de personne. Bref, la joie, la vie, l'idée fixe de Sauvage, c'est d'inventer. Lorsqu'il poursuit une idée, il ne la quitte plus, il ne dort plus, il ne mange plus, et quand il est arrivé au but, il ouvre sa fenêtre et cric : « Qni
LETTRE DCCLXXYÏ
veut de l'invention? » Il la jette au premier passant, et il songe à une autre.
Pour conclure, je dirai qu'on a fait une chose bonne en récompensant Normand qui est un homme de talent, mais qu'on fera une chose juste en récompensant Sauvage, et une chose qui satisfera l'opinion des villes de Boulogne et d'Abbeville où, par sa position sociale, la famille de Frédéric Sauvage jouit d'une considération méritée et dé l'estime générale. Si, d'ailleurs, monsieur le ministre, vous voulez bien consulter à cet égard M. le maire d'Abbeville, celui de Boulogne, enfin toutes les autorités locales, cet exposé sera par eux confirmé de point en point. L'opinion que j'ai émise n'est donc pas seulement la mienne, mais celle du public.
Je suis, etc.
LETTRE DCLXXVI.
Dieppe, 24 août 1845.
À Mme LA BARONNE DE ROCREUSE, A TOURS.
C'est qu'en vérité j'étais vraiment en colère contre vous, ma chère cousine; vous aviez promis de revenir nous voir, de nous écrire ou tout au moins de penser à nous, et vous n'avez fait rien de tout cela. Mais votre lettre arrive; elle est bonne, gracieuse, aimable comme vous; je vous pardonne donc et je vous en remercie.
J'étais à Eu lorsqu'elle est parvenue à Abbeville, et m'a été renvoyée ici : de là mon retard à vous répondre. C'est que tous les ans, pendant huit jours, je deviens un
gros personnage, un homme de cour, et dès-lors fier comme un paon, et peut-être, comme tant d'autres, tout aussi spirituel que le dit oiseau. Bref, j'étais au château où, chaque année, le roi veut bien me faire boire et manger en sa compagnie; ce qui n'est pas indifférent, car il a une excellente cave et une très-bonne cuisine.
Nous avons fait, en mer, de belles promenades en bateaux à vapeur. Vous avez vu dans les journaux le récit de nos exploits. J'ai livré bataille à toute la marine française, aux ministres et au roi lui-même, pour défendre Frédéric Sauvage, l'inventeur des hélices, dont on prend l'invention et qu'on jette en prison. Au surplus, lisez les Guêpes d'Alphonse Karr, et vous y verrez toute cette belle histoire.
Ce que vous me dites du bonheur de madame votre fille (1) m'a fait beaucoup de plaisir, car vous savez combien je m'intéresse à ce qui vous intéresse. Le mariage, c'est bien quand c'^st bien ; mais la chance est grande pour les pauvres femmes, et si je ne me suis point marié, ce n'est pas, comme Fontenelle, en disant : J'ai assez de moi pour me faire enrager; c'est de crainte de faire enrager les autres.
Mon vieux père pense toujours à vous. Etienne, directeur des douanes de Corse, attend avec impatience une direction dans la vieille France, mais l'administration ne veut pas lui donner celle d'Abbeville que je lui aurais abandonnée bien volontiers. Armand se carre dans son château près Boulogne.
(i) Elle venait d'épouser le jeuue comte de la Motlc-Barasé.
416 LETTRE DCCLXXVII.
Ma belle-sœur, Mme Jules de Crèvecœur, est chez sa mère à Chaumont, mais elle va revenir et me ramener ma petite nièce Mathilde qui est charmante. La pauvre petite va avoir trois ans; elle a été bien délicate; elle se porte à ravir aujourd'hui. Jules avait racheté de sa belle-mère ce qui restait du marquisat de Graveson, et, à sa majorité, Mathilde se trouvera propriétaire d'un beau château entouré d'un assez beau revenu.
Ma belle-sœur désire vivement vous connaître. Le marquis d'Eyragues, ambassadeur à Carlsruhe, et qui a épousé Mlle de Morel, nièce du comte de Mornay-Soult, est le neveu de Mmc de Graveson, et le cousin-germain de ma belle-sœur. Mme de Missy, que je vous ai recommandée, est la sœur du marquis d'Eyragues. Quand vous la verrez, rappelez-moi à son souvenir, ainsi qu'à celui de son mari.
M. et M100 de Vicq et Léon me chargent aussi de vous
dire mille choses. Adieu, ma belle et bonne cousine; je
vous embrasse de tout mon cœur.
LETTRE DCCLXXVII.
Eu, 25 août i845.
A MON PÈRE
Vous voulez encore une fois le récit de mon excursion à Eu (1). Depuis douze ans que je fais cette course
(1) Cette correspondance de Fauteur avec son vieux père a duré jusqu'à la mort de celui-ci. Malgré son grand âge, il voulait que son fils lui rendît compte de tous ses voyages.
annuelle, je n'y avais pas trouvé de variation sensible; mais cette année, nous y avons vu flotter, sous les fenêtres du château, les pavillons de sept à huit navires français, anglais, hanovriens, suédois, etc. Le canal que Ton creusait jusqu'à la mer est terminé, et le roi a une navigation dans son jardin, ce qu'il désirait beaucoup, car je lui en entendais parier tous les ans. Au surplus, ce n'est pas une innovation : ce même canal existait en 16S8; on peut s'en assurer en consultant l'arrêt d'une saisie faite à cette époque sur les comtes d'Eu, par autorité de justice. Le roi ignorait cette circonstance de famille; je la lui ai rapportée, et il m'en a demandé une note.
Ce même jour, 16 août, une lutte devait avoir lieu entre le Napoléon, navire à hélices, et le Pluton et VArchimède, autres navires à vapeur, mais à roues. Le roi voulut bien m'inviter à le suivre au Tréport. 11 était accompagné de MM. Athalin, de Montesquiou, Fontaine, de Gailleux, du garde-des-sceaux, M. Martin, que je connais depuis longtemps, de M. Lacave-Laplagne, ministre des finances, que je n'avais jamais vu, du général friand, que je ne connaissais pas davantage, enfin du prince de Joinville et du duc d'Aumale.
Arrivé au Tréport, je m'aperçus que M. Lacave- Laplagne, souffrant de la goutte, n'avait pu monter dans le char-à-bancs royal, et qu'il venait derrière en calèche. Comme il m'avait donné rendez-vous au Tréport, force fut de l'y attendre. Le roi, qui n'attend guère et qui ne doit pas même attendre du tout, après avoir cherché des yeux le ministre, monta dans sa péniche pour gagner le Napoléon qui était en rade. Chacun v 18*
418 LETTRE DCCLXXVIL
s'empresse de l'y suivre, et moi, me voici sur le rivage, je ne dirai pas entre deux selles, mais entre une majesté et une excellence, et ne sachant à laquelle courir.
Enfin, mon ministre parut clopin clopant: Mais autre inconvénient : tous les canots de service étant partis, il n'en restait qu'un, grand comme une coquille de noix, sans tapis, et qui coulait bas d'eau. 11 fallut bien s'en contenter.
Nous nous y plaçons. A la suite du ministre venait un grand vieux monsieur en habit noir, qui me faisait toujours passer devant lui et qui me céda la place d'houneur, ce que j'acceptai sans difficulté, le prenant pour un secrétaire. C'était M. Conte, conseiller d'État, directeur général des postes. Quand je le sus, ce fut à mon tour de lui céder le pas.
Le roi, avant de se rendre sur le Napoléon avait été visiter le Pluton et VArchimède, ce qui lit que nous étions avant lui à bord du Napoléon. 11 ne tarda pas à y arriver, et une canonnade accompagna son entrée. Aussitôt la course commença. Nous filâmes droit devant nous avec une rapidité d'environ dix nœuds à l'heure. Nous fîmes ainsi trois ou quatre lieues en fort peu de temps.
Les hélices ont le grand avantage de ne pas imprimer au navire ce balancement de roues ; on ne sent sous les pieds qu'une sorte de frémissement, et l'on vire de bord avec une facilité singulière.
Je n'ai pas perdu mon temps à bord, et j'ai défendu vigoureusement Frédéric Sauvage qui, s'il n'a pas inventé les hélices, est du moins le premier qui les ait appliquées à la navigation, et qui, depuis, nonobstant
sou brevet d'invention, a été pillé par tout le monde, puis calomnié par ceux qui l'avaient pillé.
Il y a des gens que le guignon poursuit. La nature a tout fait pour Frédéric Sauvage. Fils d'un riche cons-
tructeur de navires de Boulogne, il a reçu une excellente éducation. Bien fait, d'une haute taille, d'une figure charmante, non-seulement il avait du génie, mais de la grâce, et il y joignait une facilité merveilleuse pour tous les exercices et tous les arts : il dansait bien, jouait fort agréablement du violon, dessinait avec talent, et sculptait en artiste.
A vingt-trois ans, il épousa une femme belle et riche; il ne put vivre avec elle. Les enfants qu'il en avait eus annonçaient les plus heureuses dispositions; leur sanlé délicate les empêcha d'en profiter. — Il inventa les hélices, le physionotype , le sy métronome, etc., etc. On les exploita. Est-ce à son profit? — Non, c'est à ses dépens. Il a dix fois mérité la décoration ; on la lui promet, on la lui annonce, et on la donne à un autre.
Sauvage est-il un homme dérangé? — Tant s'en faut; c'est la continence et la sobriété même. Mais il a un grand défaut : c'est de ne jamais se rappeler le précepte : Aide-toi, le ciel t'aidera. 11 étudie, il invente, il perfectionne, enfin il travaille jour et nuit; puis, il ne sait plus tirer parti de son travail. Dans son dédain pour l'or et pour la puissance, il ne ferait un pas ni pour une fortune ni pour un roi. Il n'a pas voulu venir à Eu où il aurait été présenté à sa majesté, car j'en avais obtenu la permission, uon toutefois sans quelques difficultés. Voici ce qui les faisait naître :
Parmi ces guignons qui poursuivent Sauvage, il en est
LETTRE DCCLXXVIL
uo qui lui a nui et qui devait lui nuire: c'est un de ses cousins, qui se nomme Sauvage comme lui, qui est de Boulogne comme lui, fils de constructeur comme lui; enfin, comme lui, homme d'esprit et de savoir, auteur d'un bon ouvrage sur les constructions; mais de plus que lui, cerveau brûlé qui, pour ses opinions politiques, a eu des démêlés avec toutes les polices de l'Europe. Or, les faits et gestes de son homonyme, Louis Sauvage, ont été mis sur le dos du pauvre Frédéric qui, je viens de le dire, est la vertu et la douceur même, et qui, simple dans ses goûts, dans ses manières, s'est ruiné en inventions, mais non en propagande, et encore moins en plaisirs. 11 n'en connaît qu'un seul: celui de pêcher à la ligne; encore, en ceci comme en toute chose, est-il constamment malheureux.
Soyez donc homme de génie! Sauvage qui n'a pas le sou , Sauvage qu'on emprisonne pour une dette de quelques milliers de francs qu'il n'a pas voulu que je paie pour lui, Sauvage aurait aujourd'hui viugt mille livres de rentes s'il n'eût été qu'un imbécille. Aussi, ne m'étonnais-je plus que son frère, homme de sens d'ailleurs, ne veuille pas que son fils soit artiste, et qu'il s'empresse de cacher ses charmantes compositions en sculpture, de peur qu'en y applaudissant, on encourage le jeune homme à mieux faire encore.
Grande calamité que le talent, selon M. Sauvage frère ; aussi veut-il faire de son fils un bon bourgeois d'Abbeville, sans plus ni moins. 11 n'a peut-être pas tort. Quoi de plus heureux dans la nature qu'un bourgeois d'Abbeville, le plus pacifique, le moins ambitieux des êtres? Si quelques-uns sont devenus artistes et même
grands artistes, c'est par maladie: aussi les plaint-on généralement.
En parlant de Frédéric Sauvage, je ne sais plus où j'en étais de mon voyage royal ; je crois que nous avions viré de bord, et que nous revenions au Tréport. A trois heures, nous étions à l'entrée de la passe. Partis à midi, nous avions bien fait dix lieues. '
Le ministre des finances resta au Tréport où il loge avec sa famille, et je revins à Eu avec le roi.
J'oubliais de parler d'une audience à laquelle j'ai assisté avant le départ : c'était celle du conseil municipal de Mers, village voisin d'Eu. Ce conseil, composé d'une douzaine de paysans, était, depuis plus d'une année, en guerre ouverte avec sa majesté pour un chemin qui traverse leur commune. Le maire, honnête laboureur, avait, sans quitter sa charrue ni sortir de ses attributions municipales, vexé le roi le mieux qu'il lui avait été légalement possible; et l'année précédente, j'avais entendu sa majesté dire au sous-préfet d'Abbéville : « Vous avez là un bien cruel maire; ne pourriezvous pas m'en procurer un autre? — Sire, répondit le sous-préfet, je ne demande pas mieux, mais comment? »
L'audience fut d'ailleurs assez calme, malgré les envies de rire de quelques-uns à l'aspect des étranges costumes des conseillers et de l'écharpe du maire qui embrassait son gros ventre depuis Je menton jusqu'au milieu de ses cuisses. Il avait vraiment l'air d'un tonneau tricolore.
La paix fut à peu près faite entre la commune et la couronne; je dis à peu près, car il est possible que la guerre recommence demain.
122 LETTRE DCCLXXV11.
Moitié Picard et moitié Normand, l'habitant de Mers est entêté comme le premier, et processif comme le second. Contre-carrer un préfet leur avait longtemps paru doux; mais taquiner un roi, c'était bien autre chose : aussi ne s'en faisaient-ils pas faute.
Au dîner, je vis la nouvelle princesse de Joinville, très-blanche pour une Brésilienne, et la princesse Clémentine avec son adolescent mari, pas trop gras pour un Allemand, et le papa du dit mari, frisé comme un Jésus. Là aussi se trouvaient le duc d'Aumale qui est un fort beau garçon, et le prince de Joinville qui n'est pas moins beau, mais qui malheureusement devient sourd. J'ai trouvé la reine mieux portante que l'année dernière; d'ailleurs, comme à l'ordinaire, bonne et charmante.
Une personne qui m'étonne toujours, parce que depuis dix ans je ne lui trouve ni une ride de plus ni un sourire de moins, c'est la princesse Adélaïde. Elle semble véritablement immobile et invieillissable. C'est le roi en femme, c'est-à-dire un modèle d'urbanité et d'excellente tenue.
Il n'en est pas de même du maréchal Sébastiani, lui que j'avais vu si leste, si brillant, est aujourd'hui cassé, ridé, râpé; il a l'air d'une vieille portière. Ainsi fait le temps.
On m'a parlé de la donation que je faisais à la France de ma galerie de meubles et de sculptures du moyenâge, et vous ne devineriez pas quel en a été le remerciaient. « Vous êtes une dupe, m'a dit un très-éminent personnage. — En quoi? lui dis-je. — De nous donner cela. — Mais qu'en puis-jc faire de mieux? — Les vendre donc. »
C'est possible, et pourtant c'est un conseil que je ne suivrai pas.— Mais en vérité, me suis-je dit depuis, il faut avoir du courage pour faire des présents à un pays dont les sommités et les représentants vous accueillent ainsi, car, ne vous y trompez pas, la lettre officielle du ministre m'a prouvé que cette opinion était à peu près celle du gouvernement.
Quant au roi, il ne m'en a pas dit un mot; probablement qu'on ne lui en a point parlé. J'aurais été mieux accueilli en Angleterre, et la société dont je suis membre m'a bien sollicité pour que je lui fasse ce don, s'engageant à bâtir exprès une galerie à laquelle elle donnerait mon nom. Mais je m'y suis refusé; je ne veux rien faire qui puisse mettre en doute mes sentiments de Français.
J'étais à table près de mon bon vieil ami le général Teste, pair et commandant la division. Je me trouvais ainsi presqu'en face de sa majesté. Je ne voulais pas me placer là, mais le général exigeait que je fusse à côté de lui, et Paide-de-camp de service vint me dire de m'y mettre.
D'Eu, je gagnai Dieppe. A l'exception de M. et Mme de Fontenille, je n'y rencontrai aucun Abbevillois de ma connaissance. J'y fus fort mal, comme toujours, car les hôtels y sont aussi mauvais qu'ils sont chers, et les chefs des douanes y ont l'étrange manie de se croire tenus à suivre partout le directeur. Ils montent chez lui à toute heure et n'en bougent, ou s'il ferme sa porte, ils l'attendent dans la rue ; bref, impossible de faire un pas sans une suite. Jugez comme cela me va, à ipoi si ami de la solitude et de la liberté !
Je me rendis à Saint-Valcry-cn-Caux par le courrier,
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en compagnie du colonel de la gendarmerie du département; officier instruit et aimable. Il allait à une campagne voisine; il me quitta bientôt. Il fut remplacé par une fraîche et grasse jeune fille allant à Fécamp, demipaysanne, demi-bourgeoise, mangeant des prunes tout le temps du voyage; au total, belle à ravir. — En Normandie, comme en Picardie, le sang est vraiment beau.
A Saint-Valery-en-Caux, j'allai voir M. Leseigneur, député. Nous causâmes de son digne père, député aussi, et juge-de-paix, place dans laquelle il dépensait dix mille francs par an pour remplir le titre de son emploi et ramener la paix parmi les plaideurs.
Je vis aussi un vieux brave homme dont le nom m'échappe, directeur du bureau de la diligence, et qui a un talent remarquable comme sculpteur sur bois. Il a fait une armoire de chêne, vrai chef-d'œuvre par la délicatesse des ornements, représentant des fleurs, des oiseaux, des papillons, etc.
Je suis revenu à Dieppe où, toujours poursuivi par mon cortège de douaniers, je n'ai pas même eu le temps d'aller chez le brocanteur, l'honnête Fournol, mon fournisseur d'antiquités, ni d'acheter de très-vieux chenets que j'ai aperçus devant la porte d'un marchand de ferraille. Mais à défaut d'antiquités, en retournant à Eu, j'ai encore trouvé dans le courrier de jeunes et frais visages. En cette saison, toutes les hirondelles sont en l'air.
Je ne m'arrêterai à Eu que le moins possible , et seulement le temps nécessaire pour continuer mes démarches et obtenir, s'il se peut, quelque chose pour vSauvage.
LETTRE DCCLXXVII1.
Àbbeville, 29 août 1843.