A M. LE GÉNÉRAL COMTE DE LA FRUGLAYE , A KERANROU
Monsieur et cher général,
J'ai bien tardé à vous répondre, mais ce n'est point par oubli, et vous avez vu, par le journal de notre ville, que votre don géologique y est arrivé à bon port. 11 a été apprécié par nos habitants, et le 3 octobre, le maire de notre ville m'écrivait :
« J'accepte avec reconnaissance, au nom de l'administration municipale, le don de M. le comte de la Fruglaye et de M. le baron de la Pylaie. J'aurai l'honneur de vous adresser ultérieurement l'expression des sentiments du conseil municipal. »
L'administrateur du musée chargé du classement des minéraux est M. Baillet de Belloy, ancien inspecteur des mines. M. Louis Cordier, de l'Académie des sciences, pair de France et Abbevillois, ne dédaigne pas non plus de s'occuper de notre cabinet. Ainsi, votre envoi sera placé comme il le mérite.
Quant à moi, en outre de ma collection de pierres taillées et d'outils du monde primitif, j'ai donné dans le bric-à-brac, et, petit à petit, j'ai fini par remplir ma maison, quoiqu'elle soit grande, de tant de meubles
(4) M. de la Fruglaye est le petit-fils du célèbre procureur général de Lachalotais.
du moyen-âge, bas-reliefs, figurines, vases, etc., qu'on ne sait plus où poser le pied. Pour remédier à ceci, j'ai dit à l'État, quand il fut question d'acheter les Thermes et l'hôtel de Cluny, que je lui donnerais gratis toute cette collection si, l'acquisition de ces bâtiments étant faite, la bande noire n'y mettait pas la main. Ma proposition fut acceptée, et elle contribua à décider la chambre.
Le mois dernier, M. Dusommerard fils, conservateur actuel, est venu, délégué par le ministre, prendre la mesure de mes bahuts, et l'on fait en ce moment, aux Thermes, une galerie où vous verrez prochainement étalé ce que je donne au pays.
Je ne sais où trouver M. de la Pylaie pour le remercier au nom de la ville. Ayez l'obligeance de lui faire parvenir le petit mot ci-joint. C'est un excellent et savant homme, quoiqu'un peu gobe-mouche, et de nature tellement errante qu'il finira par faire le tour du monde en voulant aller de Keranrou à Ploujean.
LETTRE DCCXCVIII.
Àbbeville, 10 novembre 1844.
A M. Al. Brongniabt, membre de l'Académie