‹ Sous dix rois. Souvenirs de 1791 a 1860Chapitre 21 sur 33 · DES SCIENCES · texte numérisé non relu

DES SCIENCES

Mille remercîments de votre bonne lettre du 31 octobre. Elle me donne courage.

Je vous envoie mon livre de l'Industrie primitive ou des arts à leur origine, dont je vous ai communiqué une

LETTRE DCCXCVUI

partie. Imprimé depuis longtemps , il aurait déjà été publié sans les dessins qui, au nombre de plus de quinze cents, demandent un temps infini, et seront terminés je ne sais quand.

Ainsi que je vous l'ai dit, ce livre est le résumé des communications et rapports que j'ai faits depuis bien des années à diverses sociétés savantes, notamment à celle d'Émulation, sur mes recherches dans les tourbières et le diluvium. En un mot, c'est l'histoire de mes découvertes dans ces tourbières et les bancs tertiaires de Saint-Gilles, Moulin-Quignon, l'Hôpital, Menchecourt et autres, dont je vous ai bien souvent entretenu, ainsi que MM. Élie de Beaiynont, Flourens, de Blainville, Cordier, Dufresnoy, Jomard, etc.

Ils ne croient pas beaucoup à cette grande ancienneté de Thomme; cependant, elle est toute rationnelle. Pourquoi n'aurait-il pas été sur la terre quand il y avait tout ce qu'il fallait pour qu'il y fût? Ouil il a dû y paraître aussitôt qu'elle s'est trouvée propre à le recevoir, et elle l'était lorsque tous ces grands mammifères qui ne peuvent vivre que dans les mômes conditions que lui, s'y sont multipliés. Ils y ont vécu avant lui, mais il les a suivis de près : il est donc leur contemporain.

Quand il a été sur la terre, comment croire qu'il n'y ait rien fait, et que, moins intelligent que les sauvages de nos jours, il n'ait pas eu l'esprit de se créer des armes et des outils? — Comme ces sauvages, il les a faits en bois, en os, en pierre.

Si les instruments de bois et d'os ont disparu, ceux en pierre ont résisté. — Où doivent-ils se trouver? — Précisément dans ces dépôts que forment les torrents quand

ils balaient le sol, ou sans aller si loin, les ruisseaux lorsqu'un orage a inondé nos rues. Les chiffonniers et nos enfants ne l'ignorent pas; ils connaissent les trous où le filet d'eau va déposer les épingles, la menue monnaie et tous les petits objets perdus sur le pavé des villes. Ceci je l'avais exposé à la Société d'Émulation, et j'en concluais, par assimilation, que c'était dans les dépôts ossifères, dans le diluvium et les terrains tertiaires qu'on devait chercher les débris de l'homme fossile, ou à défaut, ses traces ou ses œuvres.

J'avais deviné juste, et c'est là aussi que je les ai trouvées.

Quant à ses os, on les trouvera là et ailleurs : c'est une affaire de temps.

Je vous enverrai prochainement de nouveaux échantillons de ces pierres taillées, et quelques poteries assez curieuses provenant de mes fouilles dans les tourbières et du dragage de la Somme. Je vous prie de les agréer pour le musée de Sèvres.

Mon vieux père vous présente ses civilités.

LETTRE DCCXCIX.

Àbbeville, 4 décembre 1844. *

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