A M. LE PRESIDENT DE LA SOCIETE DE LA MORALE CHRÉTIENNE, A PARIS
Monsieur le président,
Dans le numéro 5 du tome h de la 3e série du Journal de la morale chrétienne, pages Mi à 247, est un article
LETTRE DCCXCiX.
qui commence par ces mots : M . Boucher de Perthes, président de la Société d'éducation d'Abbeville, et qui finit par ceux-ci : qui s'est consacré tout entier à l'amélioration industrielle. Cet article est annoncé comme étant l'analyse d'un discours que j'aurais prononcé devant la Société d'éducation d'Abbeville.
Il n'existe dans cette ville aucune association s'intitulant Société d'éducation. Le collège communal et toutes les autres maisons d'instruction publique ou particulière y sont régis par les lois et règlements généraux.
J'ai prononcé, il est vrai, le 29 octobre 1841, devant la Société royale d'Émulation, un discours sur l'éducation du pauvre. Ce discours a été imprimé dans les Mémoires de la Société, année 1841, et depuis dans divers recueils et journaux. Mais dans ce morceau, ni dans aucun autre, je n'ai émis les opinions que m'attribue l'article du Journal de la morale chrétienne, et n'ai point dit ce qu'il me fait dire. Si j'avais prononcé de telles paroles et présenté des moyens d'éducation si peu raisonnables, la Société que j'ai l'honneur de présider ne les aurait pas écoutés, et en aurait encore moins ordonné l'impression.
C'est donc, monsieur, au nom de l'équité et de la bonne foi que je demande au comité (comité d'administration, car il ne s'agit pas ici de la critique littéraire, elle est libre partout) que mon discours, dont je vous remets ci-joints deux exemplaires, soit rapproché de son analyse.
Je ne doute pas que la Société, à laquelle je vous prie de communiquer ma lettre, ne fasse droit à ma réclama- I tion. Elle est simple, et se borne à ceci :
(c Ai-je dit, écrit ou pensé ce que l'article précité
présente comme étant mes paroles, ma pensée et mon oeuvre? »
S'il en est ainsi, il est facile à la Société de citer les passages, et tout le monde reconnaîtra que ses observations sont justes.
Mais si l'auteur de l'article s'est trompé, s'il a vu dans mon discours ce qui n'y est pas, et je dis plus, le contraire de ce qui y est, je demande qu'il en convienne, comme tout honnête homme doit le faire quand, sans le vouloir, il a eu le malheur de s'écarter de la vérité.
Abbeville, 15 décembre 18M.
A M. Viollet-Leduc , CONSERVATEUR des maisons