LA MARNE DES FÉES ET DES SAINTES
JEANNE d'arc A CHALONS. — • MONUMENTS RELIGIEUX ; RABELAIS A SAINT-MAUR.
En vérité, lors de cette grande bataille de septembre 19 14, nos armées ne se mesurèrent pas à celles de V ennemi aux bords seuls de la Marne ; mais, aux bords de VOurcq, sur ceux du Grand & du Petit Morin, tout le bassin du grand fleuve assista aux duels les plus vio" lents, aux combats les plus acharnés de V artillerie & de rinfanterie.
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La rivière de VOurcq, qui naîty très au nord-est de Meaux pour, par Silly-la-Poterie & La Ferté-Milon, incliner vers le cours de la Marne, n'a cessé, {du moins dans sa partie nord : celle qui va de Fère-en- Tardenois à la forêt de Villers-Cotterets, par Oulchy-le-Château) de se trouver — de 1914 à 191 8 — à plusieurs reprises sur le ((front » de bataille. Plus épargnés, les cours du Petit- Morin {lequel va se joindre à la Ferté-sous- Jouarre à celui de la Marne), & du Grand- Morin {venant de Coulommiers pour atteindre la Marne à Esbly) ne connurent qu^une seule fois, aux premiers jours de septembre 1914, la présence de V ennemi. Tandis, en effet, que la 6^ armée française {armée Maunoury) opérait, parallèlement à la vallée de VOurcq, un redressement admirable, la « méprisable » mais glorieuse petite armée anglaise du maréchal sir John French parvenait, par un irrésistible & farouche mouvement en avant à dégager, de Choisy-en-Brie à Crécy, la vallée du Grand Morin,
La même armée, apr^s de durs combats, en-
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BATAILLE DE LA MARNE 8l
gagés à S^ny- Signets & La Trétoire, aux abords du Petit-Morifiy poursuivait la cavalerie allemande avec tant de vigueur que celle-ci, complètement battue, se trouvait rejetée bientôt, entre Nogent V Artaud & La Ferté, au nord même de la Marne. Pendant ce temps, la 8® division du 4® corps français {généraux Boè'lle & de Lartigué) forçait la cavalerie de von Kluck à s^éloigner, à Vest de Meaux & vers Trilport ,
A cette date (8 septembre), un officier ennemi, témoin du désastre éprouvé par la 1^6 armée allemande, écrivait avec angoisse, sur les feuillets d'un carnet retrouvé depuis : « Le colonel-général von Klùck a inspecté les avant-postes. Je Tai aperçu. Ses yeux, si brillants d'ordinaire, sont ternes. Lui, si énergique dans toute son attitude, parle d'une voix molle. Il est tout à fait abattu ». & pourtant, à deux lieues de là, dans la même vallée, auprès d'Esbly & de Chalifert, quarante-quatre ans avant ce jour, en septembre I aussi {mais septembre 1870 !), le comte de Bismarck, ministre de Prusse^ installe au Pilon 6
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château de Hautes-Maisons, avait exprimé brutalement^ devant Jules Favre^ sa convoitise ^ Ê?, d^une voix rude, aux accents rauquesy pleins de menace, exigé le butin & la rançon !
Ainsi y parties du Rhin, les mêmes hordes ne vivaient plus, depuis un siècle {& 1792, 1814, 1815 le prouvent !) que dans Vidée d'atteindre à cette vallée de Marne, cette plaine de Champagne aux belles vignes & riches de ce pain blanc dont Gœthe avait parlé, avec tant d'appétit déjà, dans le récit de sa Campagne. Dans Vun de ces éclairs de vision si fréquents chez lui, V auteur de la France et le Rhin, Villustre Proudhon, moins de quatre ans avant sa mort, prophétisait déjà cette reprise éternelle de la guerre, cette menaçante marche en avant qui pousse de période en période & qui poussera toujours, irrésistiblement, les Allemands à sortir de leur bassin du Rhin pour entrer dans notre bassin de la Marne, C'est, dans Vun de ses ouvrages : la Guerre & la paix, publié en 1861 yque le lucide Franc-Comtois, que Prou^
dhon avait écrit : « La Prusse, qui ambitionne de changer son titre de royaume de Prusse en celui plus sonore d'empire germanique^ la Prusse à qui les traités de iSi^ ont fait franchir le Rhin, franchirait également sans se faire prier la Meuse & pousserait jusqu'à la Marne ». Oser écrire cela avant 1864 {année de la guerre des duchés), avant 1866 {année de Sadowa) c'était prévoir déjà & sans erreur le colloque de Hautes-Maisons ^w 1870, fif, plus près de nous — hélas ! — cette ruée de 1914 qui vint nous surprendre y il y a cinq ans, en pleine paix, en pleine moisson, dans la quiétude naïve & dans l'oubli.
Rivière aux bras enveloppants & dont le lent cours dessine, par méandres & par boucles, les détours les plus sinueux {Diderot eût dit les plus « tortueux » /) {') & les plus
(*) Du château de Grandval, appartenant au baron d' Holbach & sis à Sucy-en-Brie^ auprès de Chennevières, devant la Marne, Denis Diderot écrivait à M}^^ Volland ' « Je les ai revus ces coteaux où. je suis allé tant de fois promener votre image & ma rêverie t& Chennevières qui couronne la côte & Champigny qui la décore en amphithéâtre^ & ma triste & tortueuse compatriote la Marne )>.Néà Langres, Diderot ne nous dit pas pourquoi