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A Saint-Diziety deux escadrons de Royal- Dragons se portèrent à sa rencontre, A CM- Ions, ce furent les Gardes du roi, &, nous dit M, de Nolhacy dans cette dernière ville, le soir, avant que Marie- Antoinette soupât, « il y avait eu feu d^ artifice, illuminations, distribution de vivres au peuple &, inauguration d'une porte monumentale dont la Dauphine acceptait la dédicace » (').
Pauvre Dauphine, pauvre Reine ! Lors de la Révolution, au retour du voyage manqué de Varennes, elle repassa par cette même ville de Châlons ; mais, alors elle était prisonnière. De jeunes Châlonnaises ne venaient plus, cette fois comme jadis, lui présenter le compliment avec des fleurs ; mais, suivant toujours en berline {la fameuse berline qu'avait reconnue le maître des postes Drouet !) les quais au long de la Marne, elle ne tarda pas d'arriver avec le roi à Epemay,
(1) Cette dédicace portait les mots : Perstet seterna ut amor. (Que ce monument dure autant que notre amour.) Cette porte y qui subsiste encore à Châlons ^ est la porte Sainte-Croix.
38 sous L*ÉGIDE DE LA MARNE
C^est là, que brisée, recrue de honte & de fatigue, tremblant pour ses enfants, pour Mme Elisabeth & pour elle-même, elle dut, à travers la foule compacte & menaçante, atteindre à r hôtel de Rohdn, « La robe de Marie- Antoinette, raconte avec émotion M. Lenôtre dans son Drame de Varennes, avait été déchirée dans la bagarre &, elle cherchait tant bien que mal à se rajuster ». U officier des gardes Cazotte {fils de l'auteur du Diable amoureux) se trouvait heureusement là.
C'est lui qui parvint à trouver & à ramener la fille de l'hôte, M^^^ Vallée, (k jeune personne de la plus jolie figure » qui, « toute rougissante & les yeux pleins de larmes recousit la jupe de toile de la reine ».
Ainsi, devant cette même rivière, aux bords de laquelle les dames du temps de Joinville avaient rêvé, qu'avait embellie la présence de M^^ de Bouillon, oti M^^ de Julienne, promeneuse à Nogent-sur-Marne, avait passé devant Watteau, Marie-Antoinette fugitive, ses vêtements déchirés, faisait recoudre sa robe par une fille d'auberge !
Étranges contrastes^ singuliers retours de rhistoire ! Ici, sur ce même rivagCy abordent les ombres confuses d^un passé plein de charme et de mélancolie ; &, tantôt, selon les heures, ce sont des silhouettes légères de jeunes et belles femmes &, tantôt le visage en pleurs d'une reine malheureuse qui peuplent les souvenirs & donnent, au cours de ce beau fleuve, un attrait souriant, triste ou lointain d'évocation.