Scène II
SIMONE. — ZEZETTE. — GUSTAVE.
Zezette (entrant en coup de vent, toute fraîche d'avoir couru). — Bon jour, vous autres ! (Elle embrasse Simone, puis elle va près de Gustave. Tenez, Monsieur Gustave, je vous ai apporté une surprise !
Gustave. — Un piano !
Zezette (offrant un paquet). — Un œuf de Pâques.
Gustave (ravi). — Oh! çà c'est gentil... Des fondants, du massepain J'adore le massepain... (il ouvre le paquet). On dirait que vous con naissez mes préférences (lui prenant les mains). Merci, Zezette... Voai êtes bien gentille.
Simone. — Vous ne l'embrassez pas ?
Zezette (gênée). — Oh! Simone!
Gustave (gêné aussi, sans bien s'expliquer pourquoi). — C'est ça, vous.. Hum î . . . Un massepain?...
Simone. — Merci, je n'aime pas le massepain.
Gustave. — Et vous, Zezette ?
Zezette. — Moi, je l'adore!!... (Puisant dans le paquet.) C'est mêm< pour ça que je vous en ai apporté... pour manger la moitié.
Gustave (mangeant aussi). — Ça est bon, hein ?
Zezette. - — Délicieux! (enlevant son chapeau, son paletot, ses gants).— Oh ! je suis contente d'être ici ! Il y a un monde, en ville : on se croiraii au carnaval, tellement on est bousculé sur les boulevards. Quelle bous culade.
Simone. — J'adore cette animation.
Zezette. — Moi pas.
Gustave. — Moi non plus.
Zezette. — Et des gosses avec des trompettes, et des chevaux, et de; fusils ! Et un potin qu'ils font !
Gustave. — Aïe ! moi je n'aime pas ça !
Zezette. — Moi non plus, par exemple,
Simone. — Ah ! moi bien : les enfants, c'est l'animation de la vie.
Zezette. — Pas avec des chevaux de bois, et des trompettes.
Gustave. — Et pas avec des fusils surtout ! Est-ce que ça est un jouet à donner à des enfants !
Zezette. — C'est vrai ça ! Depuis la guerre, on ne pense qu'à donner aux enfants des fusi'ls, des sabres, des canons.
Gustave. — Et des aéroplanes ! On dirait, potferdouche, qu'on veut leur donner Fenvie de recommencer.
Zezette. — C'est bien vrai.
Gustave. — Au lieu de tâcher de leur faire oublier ces horreurs, on dirait qu'on veut que le souvenir en soit « perpété »,
Zezette. (reprenant). — ...tué.
Gustave. — Oui, on dirait qu'on veut leur dire : « Tuez ! »
Zezette. — Non !
Gustave. — Non ? . . . Si !.. .
Zezette. — Ce nest pas ça qute j'ai voulu dire : Vous avez dit : « On dirait qu'on veut que le souvenir. . . »
Gustave. — ...en soit « perpété », parfaitemeit.
Zezette. ■ — Cest « perpétué » qufil faut dire.
Gustave. — C'est vrai ? Merci ! (A Simone :) Comme elle est instruite, hein ?
Simone. — Une perle !
Gustave. — Et moi une huître (réfléchissant à lui-même). Tiens, j'ai déjà dit ça, ou à peu près, un jour que les trams étaient en panne.
Simone. — Alors, vous ne les aimiez pas, les enfants ?
Gustave. — Ça, je ne dis pas) ! Je n'en, ai jamais fait., Alors ... on ne peut pas savoir... Mais ce que je n'aime pas, ça est tout le potin qu'ils savent faire. Moi, j'aime surtout le calme.
Zezette. — Ah! le calme...
Gustave. — Etre bien tranquillement chez soi ...
Zezette. — Près d'un bon feu...
Gustave. — Qui ronfle...
Zezette. — - Sans col . . .
Gustave. ■ — Sans col...
Zezette. — Et dans de bonnes pantoufles bien larges.
Gustave. — Et dans de bonnes pantoufles bien larges.
Zezette. — Et bien chaudes.
Gustave. — Et bien chaudes.
Zezette. — Et se laisser vivre doucement, en laissant dans la rue !e mauvais temps et le bruit.
Gustave. — Ah ! Mademoiselle Zezette, comme vous comprenez bien l'texistence ?
Simone. — Il me semble que vous êtes faits pour vous entendre.
Gustave. — Ça je dois dire, que Mademoiselle Zezette a tout à fait les mêmes goûts que moi, et ça n'est pas la première fois que je le remarque.
Simone. — Comment ! 'Vous avez remarqué ?
Gustave. — Oui, oui... C'est que moi, voyez-vous, sous mes dehors futiles, je suis un observateur.
Simone. — C'est vrai ?
Gustave. — C'est vrai ! Ainsi, depuis tout um petit moment, nfest-ce pas, j'ai remarqué quelque chose.
Simone. — Quelle chose ?
Gustave. — Moi, j'ai remarqué quelque chose de bien gentil ... u jolie pensée que Mlle Zezette a eue pour mes Pâques. N'est-ce pas, Ma< moiselle Zezette.
Zezette. — Les massepains ?
Gustave. — Non, non... autre chose aussi... quelque chose de bi gentil qui m'a tapé à l'œil tout à coup.
Zezette. — Quoi donc ?
Gustave (montrant la cheminée). — Çà.
(Simone et Zezette regardent vers la cheminée. Simone réprime u envie de rire.)
Zezette. — Çà ?
Gustave. — Oui, çà, sur la cheminée.
Zezette (étonnée). — Ah! par exemple! Ma photo!...
Gustave. — Et je vais vous dire que vous Pavez mise là avec u subtilité sans pareille, parce que moi, je n'ai même pas remarqué .à qi moment vous l'avez déposée.
Zezefte. — Mais ça n'est pas moi.
Gustave. — Vous êtes joliment agile, et vous êtes aussi rudtment g( tille, parce que vous me faites un très grand plaisir en me donnant voi photo pour mes Pâques.
Zezette. — Mais quand je vous dis...
Gustave. — Doublement plaisir. D'abord, parce que je suis très contï d'avoir votre photo. . . Ensuite, parce que j'espère que çà décidera M Simone à me donner la sienne.
Zezette. — Merci (bas à Simone). Tu sais, je la reprendrai, ma pho
Simone (bas). — Ne fais pas ça, petite malheureuse, c'est de la proj gande par l'image.
Gustave. — Et maintenant, nous allons pi-endre une bonne tasse café.
Zezette. — Avec des tartines.
Gustave. — C'est ça !
Simone. — Oh ! mais vous êtes fous tous les deux ! Une tasse de caf des tartines... Et tante "V^irginie qui va venir avec les enfants. Vous i songez pas ! Pour qui nous prendrait-on ? Un doigt de porto avec biscuit, voilà ce qu'il faut !
Zezette (très dégoûtée). — Du porto... l'après-midi?
Gustave. — Mais ça est un apéritif, du porto !
Simone. — C'est pour ça que ça se prend entre les repas. Allons, vi où est votre porto ?
Gustave. — Je n'en ai pas ! Je n'en ai jamais eu ! Quand j'ai enivie d' porto, je me le fais offrir... euh!... je me le paie dans un Bodega qu conque.
Srmone. — Vous n'avez pas de porto ? Et vous vous piquez de recevoi
Gustave. — Je ne me pique pas...
Simone. — Taisez-vous, vous allez vous rendre odieux (Gustave va une armoire et en sort un haut de forme.) Qu'est-ce que vous faitesi'
Gustave. — Eh bien ! Je vais chercher du porto chez l'épicier.
Simone. — Vous allez chercher du porto en redingote et en buse ? I\l pauvre ami, vous avez encore beaucoup à apprendi-e. (Elle met son i-l peau et son paletot.)
Gustave. — Qu'est-ce que vous allez faire ?
Simone. — Chercher du porto. Donnez-moi de l'argent ?
Gustave (donnant deux billets de cinq francs), — Voilà, Mademoiselle Simone.
Simone. — Dix francs ? Qu'est-ce que vous voulez que je fasse avec ça ?
Gustave. — On m'a dit qu'il y a du très bon porto chez l'épicier, à 5 francs, verre comipris... et pour les petits biscuits...
Simone. — A cinq francs ! C'est du poison ! D'ailleurs, est-ce qu'on achète du porto chez les épiciers ? Je vais vous en chercher chez le liquoriste du coin, à 14 francs la bouteille, et vous m'en direz des nouvelles ! Tenez, reprenez vos dix francs et donnez-m'en vingt ! Ça suffira. (Il s'exécute.) Merci ! (Elle fait un clin d'œil à Zezette.) Je reviens dans cinq minutes. (Elle sort.)