Scène V
SIMONE. — ANDRE. — (Puis) GUSTAVE.
Simone (sautant au oou d'André). — Mon chéri, tu aurais fait un acteur épatant.
André. — Tu es contente? Alors tout va bien ! Jllai fait ce que tu m'as demandé . . . Mais crois-tu que cette mascarade soit bien utile ?
Simone. — Nous ne tarderons pas à en voir les effets.
André. — C'est égal, ça ne m'amuse pas beaucoup, tu sais, de me moquer de la sorte de ce brave garçon.
Simone. — C'est pour son bien et pour celui de cette brave petite Zezette, qui te devra son bonheur.
André. — C'est à toi qu'elle le devra.
Simone. — Et à toi aussi. Si tu n'avais pas voulu ? . . . Si tu ne m'avais pp.s autorisée à jouer cette comédie, qu'aurai-je pu faire ? Ce brave garçon, comme tu l'/appelles, aurait continué à me faire la cour, et il n'aurait jamais remarqué Zezette.
André. — Et maintenant ?
Simone. — Maintenant, il la remarque, je te prie de le croire ! par contraste. Je commence à lui inspirer une terreur salutaire, et c'est mon exubérance un peu brutale qui lui fait apprécier la douceur de Zezette.
André. — Alors, si le remède est indispensable... continuons à l'administrer.
(Vacarme et bruit de vaisselle brisée.)
La voix de Gustave. — Non, non ! . . . ca n'est plus possible ! Ça ne peut pas continuer comme ça !
Simone. — Il revient ! Vite, prends-moi dans tes bras, embrasse-moi.
André. — Volontiers.
Simone. — Et crie-moi que tu m'aimes . . . avec l'accent.
André. — Certainement. (Il lia prend dans ses bras et la couvre de baisers en criant :) Yo t'adoro ! Yo t'aime! Tou est ma vie!
Gustave (paraissant à droite). — — Non ! écoutez, Mademoiselle Simone (médusé). Hein ! Qu1est-ce que je vois ?
André (très gai). — Eh! C'est Gustavo ! C'est le carissimo Gustavo.
Gustave^ — Oui, cl^est Gustavo ! Mais je voudrais bien savoir ce que vous faisiez là ?
André. — Nous préparions les surprises.
Gustave. — Oui, ça est ma seconde surprise aujourd'hui... Mais je dois vous dire, malgré que j'ai beaucoup de patience que ça n'est pas des manières d'embrasser les hommes, sur les joues et les dames sur la bouche.
André. — Les dames ? Quelle dame ?
Gustave. — Est-ce que vous n'embrassiez pas' ma f... ma f... ma dame sur la bouche
André. — Eh ! ce n'est pas une dame ! C'est Simona ! ma cousina !
Gustave. — C'est votre cousina ? Et c'est pour ça que vous l'embrassiez sur la bouche ?
André (riant). — Eh! je vois ce que c'est : tu es jaloux. (A Simone :) Il est jalouJx parce que, lui, je ne Fai embrassé que sur les joues et sur le front!... Attends, je. vais t''embrasser sur la bouche !
Gustave (battant en retraite). — Jamais! Je vous le défends... Vous êtes un pornograpihe ! Je vous défends de m'embrasser sur la bouche.
Simone. — Voyons, Gustave, soyez raisonnable ! mon cousin vient du Mexique... il est habitué à vivre l.à-bas.
Gustave. — > Sous un soleil ardent.
Simone. - — Il a des manières qui vous étonnent, mais qui, pour lui, sont toutes naturelles.
Gustave. — ■ Pour vous aussi.
Simone. — Mais oui, je n'y vois aucun mal.
Gustave. — Eh bien, merci !
(Vacarme dans les coulisses.)
André. — Oh ! les petits misérables : je vais les corriger. (Il court vers la droite.)
Simone. — J'y vais aussi.
Gustave (au moment où Simone va sortir). — Simone, je voudrais vous parler.
Simone. — Oh ! tantôt, mon ami ! Ce n/'est pas le moment. (Elle sort.)