Scène VI
GUSTAVE. — ZEZETTE.
Gustave un peu ahuri, un peu perdu, se laisse tomber sur le canapé parmi le'i paquets épars. Il semble réfléchir profondément. Zezette parait et descend doucement vers lui. Elle pose la main sur son épaule.
Gustave (tressaillant). — Ah ! Mademoiselle Zezette, je suis content de vous voir.
Zezette. — C'est vrai. Monsieur Gustave ? C'est la première fois que vous me dites ceila.
Gustave. — Oui, je suis content de vous voir. Mademoiselle Zezette. Mais je crois, n'est-ce pas... je crois sincèrement que je suis très malheureux.
Zezette. — < Très malheureuix ! Et pourquoi donc ?
Gustave. — Oh ! ce bruit ! tout ce bazar, moi, ça n'est pas du tout mon genre.
Zezette. — < Ah ! moi, non plius.
Gustave. Et puis par dessus le marché, il y a encore une chose que je viens de constater et oui est encore moins mon genre.
Zezette. - C'est vrai ? Quoi donc ?
Gustave. Eh bien! quand je suis entré, li\, tout de suite... (|uand je suis entré... (il hésite).
Zezette. — Eh bien !
Gustave. — Eh bien, Simone et Andrès étaient lu.
Zezeiie. — Et alors ?
Gustave. — Ils étaient là, et — ouïe ça n'esta pas du tout mon genre, vous savez, — et Andrès avait Simone dans ses bras, — ça ne me plaît pas du tout, vous savez, — et il l'embrassait.
Zezette. — Mais il vous a bien embrassé, vous aussi.
Gusiave. — Oui, mais moi, je ne suis pas une femme, et moi, il ne m'a pas embrassé sur la bouche.
Zezette. — Tandis que Simone ! . . .
Gustave. • — Simone, il l'embrassait sur la bouche... carrément, en lui criant des mots d'amour, et en mexicain encore.
Zezette. — C est vrai ?
Gustave. — Comme je vous le dis. Qu'est-ce que vous dites de çà ?
Zezette. — Qu'est-ce que je dis? Mais je ne sais pas... C'est peut-être la coutume au Mexique.
Gustave. — C'est aussi la coutume chez nous, mais alors on sait ce que ça veut dire.
Zezette. — Oh ! Monsieur Gustave, vous croiriez que Simone et son cousin. . .
Gustave. — Je ne sais pas, Mademoiselle Zezette. Moi, je crois bien sincèrement que je suis très malheureux.
Zezette. — Il ne faut pas. Monsieur Gustave... Il ne faut jamais croire le mal.
Gustave. — Vous dites ça. Mais une femme honnête, est-ce que ça se laisse embrasser sur la bouche ?
Zezette. — Ah ! par exemple ! . . . Je ne sais pas, peut-être, dans certaines circonstances.
Gustave. — Dans certaines circonstances... Moi, je dis que dans toutes les circonstances, une femme honnête, quand on l'embrasse sur la bouche n'a qu'une façon de répondre.
Zezette. — Quelle façon ?
(Brusquement, il ï'embrasse. Elle le gif!e.)
Gustave. — Voilà la façon de répondre.
(Un temps.)
Zezette. — Pardon, Monsieur Gustave, j'ai été si saisie.
Gustave. — Comment, pardon ! Mais c'est moi qui vous demande pardon ! Seulement, il ne faut pas m'en vouloir. Vous comprenez, Mademoiselle Zezette, j'ai voulu faire une expérience... parce que vous êtes une femme honnête, j'en suis persuadé... et puisque vous êtes une femme honnête, je ne me serais jamais permis de vous embrasser, si ça n'avait pas été pour faire une expérience. Vous me pardonnez ?
Zezette. — Mais oui !
Gustave. — Bien sûr ?
Zezette. — Bien sûr.
Gustave. — Eh bien, pour qu'il ne reste plus rien de ce petit incident... Mademoiselle Zezette... cette baise que je vous ai donnée... rendez-la moi.
Zezette — Que je vous la rende ?
Gustave. — Oui . . . Comme ça, ça est une baise qui aura fait un petit aller-et-retour et qui n'j' pensera plus jamais.
Zezette. — Si vous voulez. Monsieur Gustave... je vais vous rendre votre baise... mais pas comme vous me l'avez donnée!
Gustave. — Oh! non! Çà, je n'oserais jamais demander... (se frottant
la joue : (Là, tenez... au même endroit où vous m'avez donnée cette... cette petite caresse là tout de suite.
Zezei'te. - — De grand cœur !
(Elle Tembrasse. A ce moment, Simone et André, suivis de Virginie et des enfants reparaissent.)