Scène I
GUSTAVE (seul).
Au lever du rideau, Gustave est assis au milieu du banc appuyé sur son parapluie, le col de son paletot relevé. Au bout d'un moment il regarde sa montre.
Gustave. — Quatre heures et quart... Aïe! aïe! aïe! Quel malheur! (Un temps. Il regarde la statue de droite.) Tu t'en fous, toi, hein, mon vieuix, avec ta barbe eroHée et tes doigts de pied, en exposition. Il y a longtemps que les bras te sont tombés de surprise, et tu ne t'es même pas donné la peine die les ramasser ! Tu as bien raison, mon ami, fe philosophie, ça est le nerf de la vie et le meilleur moyen de rester indifférent ; ça est d'être comme toi : en pierre ! (Un temps.) On est déjà des amis nous deux, hein? Tous les jours tu me vois arriver ici après mon bureau; tous les jours tu me vois m'assoir sur ce banc ousquon gèle à petit feu... Tous les jours tu me vois prendre ma montre pour constater que celle que j'attends est un peu plus en retard que la veille. Ah ! mon ami, avec ta barbe en exposition et tes doigts de pied croLHés, comme tu es heureux d'avoir un cœur de pierre, sur lequel tu ne sais serrer personne parce que tu n'as pas de bras. Le cœur, est-ce que ça devrait exister ? Un cœur dans une poitrine, ça est juste comme un ver rongeur dans une pomme. (Soudain :) Clache ! la drache ! (Il ouvre son parapluie, puis il s'adresse de nouveau ,à la statue.) Est-ce que tu me vois ici maintenant assis sur un banc du parc, au milieu d'aine drache ? Est-ce quel ça ne te donne pas envie de pleurer, de voir un homme aussi bête que moi ? Est-ce que j'ai l'air d'être sur un banc du Parc, ou sur un banc d'huiti-es ? (Il regarde sa montre.) Quatre heures vingt. . . Aïe ! aïe ! aiïe ! Quel malheur !