UNE NUIT DANS US ÎSTAOKS
— Ah! quoi qu'il arrive, dit-elle, n'oui)lioz point que vous avez renoncé à la haine.
— Cette lettre! donne cette lettre! interrompit Michel acuité.
La jeune fille recula d'un pas.
— Promettez d'abord de vous soumettre sans rancune à ce qui a été décidé, dit-elle plus vivement.
Et montrant du doigt, au pied de la colline, le sapin aux branches duquel pendaient encore les débris du ballon, elle ajouta :
— Rappelez-vous la nuit passée au-dessus des nuages !
Ritter et Loffman se regardèrent. U y eut un instant d'hésitation, puis tous deux se tendii^nt la main.
— Oui, s'écria Michel, il ne sera point dit que le danger seul a ouvert nos cœurs k la miséricorde! Sauvés par la bonté de Dieu, prouvons-lui notre reconnaissance par notre soumission. Christian Loffman, nous avons laissé notre inimitié là-haut; ne la reprenons pas en nous retrouvant sur la terre. Quoi que cette lettre annonce, je déclare que je l'accepterai sans colère.
— Et moi, je la bénirai de m'avoir assuré un ami, ajouta Christian, dût-elle assurer la ruine de toutes mes espérances.
Florence tendit alors la lettre à son frère, qui l'ouvrit d'une main ferme, la parcourut et pâlit légèrement. La jeune fille fit un mouvement.
— Vous êtes chez vous, monsieur LotTman, dit le fermier en se tournant vers le jeune homme .
— Ainsi les juges ont décidé en ma faveur! s'écria celui-ci avec un éclair de joie.
— Voici l'arrël.
Christian prit le papier que lui tendait Michel.
— Désormais, continua le fermier, vous êtes le maître de ce qui a appartenu à votre cousin-, son domaine est à vous...
— Un domaine ne vaut point le bonheur d'un ami î interrompit Loffman qui déchirait le jugement.
Ritter le regarda étonné ^ Florence joignit les mains.
— Oui, reprit le jeune homme, je suis entré ici comme un hôte, je n'y resterai pas comme un ennemi. Celui qui m'a reçu avec tant de générosité désignera lui-même un arbitre pour régler nos droits.
— Moi! dit Ritter attendri; ah! qui pourrais- je choisir?...
Loffman tourna un regard plein de tendresse vers Florence, qui baissa les yeux; puis, prenant la main du fermier :
— C'est à celle qui a formé l'amitié d'en resserrer à jamais les nœuds, dit-il, et de rendre entre nous le partage facile.
— Comirent cela? demanda Michel.
— En faisant que les amis deviennent des frères. Ritter regarda Florence en souriant , comme pour
l'interrogr^r du regard, et la jeune fille confuse se jeta sur son cœur en tendant la main à Loffman.