‹ Sous la tonnelleChapitre 11 sur 26 · CINQUIÈME RÉGIT · texte numérisé non relu

CINQUIÈME RÉGIT

Plusieurs bergers écossais étaient arrêtés sur le sommet d'une colline, causant de la prochaine tonte des moutons et de la vente des laines à Edimbourg. La nuit allait venir; son ombre commençait déjà à envelopper les glens * solitaires qui entrecoupent les montagnes. Tout à coup , un son de trompe se fit entendre, et tous

< Nom que les Ecossais des montagnes {Uighlanders) donnent aux petits vallons des hautes-terres.

les yeux se tournèrent vers un coteau voisin, où venait do paraître un Highlander accompagné d'un chien qui chassait devant lui son troupeau.

— Voyez, dit un des interlocuteurs, qu'à son costume il étai facile de reconnaître pour un habitant des bor^ fiers * , comme la bête conduit seule les moutons. Par le Christ I mes compères , chacun de vos chiens fait ici la besogne de dix bergers, et sans eux toutes vos bruyères ne vaudraient pas trois schellings. Vous devriez remercier Dieu tous les jours de vous avoir donné de tels serviteurs.

— Il faut remercier Dieu même quand il nous châtie, fit observer le plus vieux des Ecossais ; mais il y a deux côtés à toute chose, monsieur Thompson ; s'il est des chiens qui nous servent, il en est d'autres qui nous ruinent.

— Lesquels?

— Ceux des pillards-.

— Tout ce que l'on raconte de ces voleurs démontons est-il bien vrai? demanda le premier; et vous sont-ils si nuisibles?

— Demandez à Steel et à Dickins, qui ont perdu cet hiv( r près de cent têtes de bétail.

— Mais, où se cachent donc ces pillards?

— C'est ce que l'ennemi de Dieu pourrait vous dire mieux que moi, monsieur Thompson. Cependant vous n'êtes point sans avoir rencontré quelquefois, je pré-

^ Ttiies de» frontière*.

LK rniKN i)F, ronir. 81

sume, le long des bruyères, des étrangers montés sur de petits chevaux à longs poils et suivis d'une chienne noire...

— En effet, mais je ne leur ai jamais vu de brebis.

— Il serait trop focile de les découvrir, s'ils marchaient en compagnie de leur butin. Ils envoient leurs chienns sur les coteaux: elles rassemblent tous les moutons qu'elles trouvent sans gardiens , les poussent devant elles, en ayant soin d'éviter les glens, et les conduisent à plusieurs milles, dans quelque lieu désert indiqué par le maître pour le rendez-vous.

— Mais ces chiennes ont donc une intelligence humaine ?

Le berger secoua la tête :

— Vous ne dites pas assez, monsieur Thompson; elles ont l'intelligence de celui qui a mangé le fruit de l'arbre de la science du bien et du mal : aucun de nous ne pourrait amener son chien a faire la même chose.

Un jeune homme, qui avait jusqu'alors gardé le silence, sourit à cette assertion du vieillard.

— John Scott aime mieux admettre l'intervention du démon que la puissance de la volon'.é humaine, dit-il.

— Parce que je connais par expérience la vanité de nos volontés, répliqua John ; mais loi, enfiuit, tu crois possible tout ce que tu veux î

— Et je l'ai prouvé, ajouta le jeune homme.

— Prends garde, Tobie, prends garde, reprit Scott: r'est l'orgueil qui a perdu le premier homme

— Soit ; mais il est certain qu'un bon dresseur peut tout obtenir de son chien.

— Excepté ce qu'en obtiennent les pillards, répliqua .lohn.

Les autres bergers se joignirent à lui pour affirmer la puissance surhumaine des voleurs démontons ; Tobie haussa les épaules.

— Oh! il ne cédera pas, dit John Scott ; Tobie ne croit que ce qu'il désire trouver vrai.

— Il lient a sa réputation, ajouta un autre; il veut passer pour meilleur dresseur que Satan lui-même.

— Que ne se fait- il pillard ? demanda un troisième.

— Qu'il essaye a dresser une chienne noire! reprit le premier.

— Adieu! Tobie le tout-puissant!

— Bonsoir, Tobie le soicier.

Les bergers s'en allèrent avec le fermier Thompson, en éclatant de rire.

Tobie ne répondit rien; il demeura à la môme place, appuyé sur son bâton de cytise, jusqu'à ce qu'il les eût vus disparaître dans l'ombre ; il se redressa alors.

— Nous verrons ! nous verrons ! murmura-t-il d'un accent blessé.

Et rejetant sur son épaule son plaid de tarta^i, il siffla son chien, et prit une route opposée à travers les bruyères.

Mais les moqueries de ses compagnons lui étaient restées sur le co'ur. Tobie n'avait rien, malheureusement, de celte humilité qui fait ici-bas les heureux.

C'était un esprit vain, audacieux, et jaloux de tout soumettre à sa volonté. Il suffisait de dire d'une chose : Cela est impossible, pour qu'il la tentât sur-le-champ. Peu lui importait le but ; ce qu'il désirait, c'était la victoire d'une difficulté. Une fois, on avait dit devant lui :

— Les bergers de Crawfort se réunissent demain à New-House ; il serait dangereux à ceux de Tiertine d'y aller.

Le lendemain, Tobie, qui était de Tiertine, était, avant le jour, à Crawfort, d'où on le rapporta, deux heures après, à demi mort.

Une autre fois , quelqu'un ayant prétendu que nul de la paroisse n'oserait manquer à l'office le dimanche des Ramaux, ni garder son chapeau devant le curé, Tobie avait affecté de ne point aller à l'église, et de refuser le salut au pasteur. Toute sa vie il avait ainsi bravé les lois étabhes pour tous. En vain John Scott, qui l'aimait pour l'avoir fait danser sur ses genoux quand il était tout petit, lui répétait-il sans cesse :

— N'essaye pas ce qui est difficile, mais ce qui est bien, Tobie.

Le jeune berger méprisait les conseils du vieillard.

Plusieurs mois s'étaient écoulés depuis la conversation que nous avons rapportée plus haut ; Tobie, Wilkie et quelques autres bergers se trouvaient réunis sur la même colline, lorsque .lohn Sco t y arriva ha'. étant.

— Les pillards sont venus! s'écria-t-il.

— Les pillards ! répétèrent les berg rs.

— Ils m'ont enlevé près de cinquante moutons !

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— Quand cela ?

— Tout à l'heure.

Les bergers se récrièrent.

— C'est impossible! dirent- il s... à cetttî heure!.., Etes-vous bien sûr, John ?

— Sûr ! répéta le vieillard au désespoir. Le troupeau était complet ce matin quand je l'ai conduit à la lisièrw du petit bois ; je n'ai point quitté le coteau, et cependant, quand j'ai voulu rassembler les brebis dispersées, la moitié manquait.

Les bergers se regardèrent.

— Jamais ils n'avaient osé pareille chose! ditWilkie. S'ils nous volent maintenant en plein jour, sans que nous puissions nous en apercevoir, autant abandonnei* la montagne.

— Ainsi, demanda Tobie avec vn étrange accent, le vol qui vient d'être fait vous semble plus hardi et plus adroit qu'aucun autre?

— Si adroit, que l'esprit du mal doit s'en étio môle, lit observer Wilkie.

— C'est l'opinion de John Scott, je suppose., dit Tobie en souriant ; car il a prétendu que nul homme ne saurait rendre un chien aussi habile que ceux des pillards.

— Et je viens d'en avoir une triste preuve, ajouta le berger désolé.

— Vieux Scott, dit Tobie en s'approchant d'un air délibéré, c'est Sirrah, mon élève, qui a tout fait.

Les bergers poussèrent une exclamation de surprise.

— Et dans ce moment, ajouta h' jeune homme d'un

air triomphant, vos cinquante moutons sont au gué de Blakhouso.

— Est-ce vrai? demandèrent Wilkie et les autres.

— Vous allez le voir.

Tobie les conduisit au lieu indiqué, où ils trouvèrent, en effet, Sirrah avec les brebis dérobées, qu'il avait forcées à se cacher dans le tailHs. Tous demeurèrent stupéfaits.

— Eh bien ! John, dit le jeune homme, crois-tu encore que le démon puisse seul instruire les chiens à voler des moutons ?

— J'en ai peur, dit le vieux berger; car, certes, ce n'est point l'esprit de Dieu qui t'a inspiré, Tobie. Acquérir la puissance de faire le mal serait dangereux môme pour les saints.

— Ah! j'attendais le sermon, s'écria Tobie en se tournant vers les bergers ; il faut que le vieux se dédommage de s'être trompé. Mais, quand tous les versets de l'Ecriture seraient contre moi, avoue au moins, vieux Scott, que je sais mon métier de dresseur de chiens, et que Sirrah vaut son prix.

— Aussi feras-tu sagement de le vendre à ton premier voyage hors du district, répondit le berger.

— Le vendre î répMa Tobie ; pourquoi me pnveraisje d'un si habile serviteur ?

— Parce que les serviteurs corrompus nous induisent en tentation, répondit John.

Le jeune homme haussa les épaules.

— Allez, père Scotl, dit-il avec mépris, à force de

vieillir, votre esprit est devenu comme vos yeux ; de loia vous prenez une brcbi pour une vache noire. Sirrah va vous ramener vos moutons.

. A ces mots il siffla le chien, lui fit un signe, et celuici força le petit troupeau à rebrousser chemin.

Cependant Wilkieel les autres bergers ne manquèrent pas de dire ce qu'ils avaient vu. On répéta bientôt dans tout le district que Tobie avait un chien qui savait voler les brebis : on s'en émerveilla d'abord ; puis quelqu'un ajouta qu'heureusement Tobie était un honnête garçon.

— C'est dommage qu'il aime la dépense et les fêtes, continua un second.

— El qu'il aille si rarement à l'église, ajouta un troisième.

— En tous cas, nous sommes avertis, et c'est à nous de tenir l'œil fuvert, dit un dernier.

La probité du jeune berger était déjà soupçonnée, par cela seul qu'on lui connaissait un moyen de dépouiller ses voisins.

Les vols nombreux qui se commirent l'hiver suivant augmentèrent ces soupçons ; Tobie en fut instruit et s'en indigna. John Scott l'engagea on vain à se défaire de Sirrah pour y mettre fin ; la vanité du jeune berger le poussa à braver les doutes injurieux qui s'étaient élevés contre lui : il affecta de se montrer partout avec Sirrah, et de lui faire exécuter, devant les bergers, tout ce qui pouvait donner une idée exagérée de son obéissance et de sa finesse.

Il sacrifiait ainsi, sans s'en apercevoir, sa réputation

à son amour-propre ; car chaque preuve d'adresse donnée par Sirrah augmentait la défiance contre son maître. Bientôt les compagnons de ce dernier l'évitcTcnt. Loin de s'expliquer avec eux, Tobie accepta fièrementrespèce d'isolement dans lequel on le plongeait, et cessa de voir ceux qui ne l'avaient point encore abandonné.

Il passait ses journ es et une partie des nuits sur la montagne avec son chien, triste, mais surtout irrité de l'injustice des Ilighlanâers. Sila solitude est bonne aux cœurs simples, elle aigrit et déprave les orgueilleux. Nç pouvant satisfaire l?urs instincts dans l'isolement , ils prennent en horreur ce monde où ils voudraient être, comme le pauvre prend en haine la vie du riche.

Ce fut ce qui arriva à Tobie. Il souhaita tous les maux aux habitants des glens voisins, par cela seul qu'il ne pouvait plus briller au milieu d'eux : or, de souhaiter le mal à le faire il n'y a le plus souvent qu'un pas. Tobie se demanda quel avantage il y avait pour lui à demeurer honnête, puisqu'il était soupçonuv^. N'avait-il pas toute la honte des voleurs sans en avoir les profits ? Pourquoi ne point accepter en en ier le rôle qu'on lui avait fait? Il pouvait en même temps s'enrichir et se venger des injures reçues ; n'était-ce point folie de perdre une si heureuse occasion?

A toutes ces questions, dictées par un orgueil blessé, les mauvaises passions répondaient en chœur. C'était d'abord la paresse, qui lui disait que le vol exemptait du travail; la vanité, qui murmurait qu'il pourrait faire de la dépense el briller dons les villages; lasensuahté, qui

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lui présentait une table couverte de clairet et de pâtés de venaison. Tobie succombaàces sollicitations tentatrices.

Un soir d'hiver, après avoir placé le troupeau de son maître a l'abri d'un petit bois et sous la garde de deux chiens, il monta sur son poney et se dirigea vers Stirling.

Le vent soufilait avec violence, et le jeune berger avait prévu qu'un drifl ' ne tarderait pas à tomber sur la mon'agne; l'occasion ne pouvait être meilleure pour fuir sans être aperçu. Si la tourmente de neige éclatait dans quelques heures, comme tout l'annonçait, on ne manquerait point de lui attribuer, dans le premier instant, la disparition de Tobie et des moutons qu'il emmenait; lors même que l'on découvrirait la vérité, les bergers auraient trop d'occupation pour songer à le poursuivre, et, une fois le drijl passé, il serait hors d'atteinte.

Tobie, qui avait fait tous ces calculs, ne doutait point du suce? s. Sirrah était parti quelques heures auparavant pour faire sa quête de brebis sur les collines, et le jeune berger hii avait assigné un rendez-vous à une distance d'environ trois miles, dans un ravin escarpé et solitaire.

il venait d'y arriver, lorsqu(^ le bruit d'un troupeau nombreux se fit entendre sur l(i versant opposé. 11 s'avança de quelques pas, et aperçut, à la clarté des étoiles (jui scintillaient dans un ciel gris et 1 mpide, Sirrah poussant devant lui près de deux cents moutons de toute routeur et k toute marque.

♦ Tourmente de neige.

LK CHIKN DF, TOBIK. 89

A la vue do ce crand troupeau, dérobn à tous les iflens de la montagne , Tobie se sentit saisi d'une sorte de terreur. Jusqu'alors son crime n'avait été, pour ainsi dire, qu'une mauvaise pensée, une intention ; sn réalité lui apparut pourla première fois comme s'il l'eûtaperçu et touché. Tout ce qu'il y avait en lui de bons sentiïnents et déraison se réveilla. Il songea au châtiment qui le menaçait, à l'infamie dont il resterait couvert, aux dangers d'une fuite dont il ne pouvait prévoir tous les hasards^ il eut honte et peur à la fois.

— Non, se dit-il avec eg'tution, je ne veux point que l'on m'appelle Tobie le voleur.

11 pensa à retourner sur ses pas : mais on pouvait s'être déjà aprrçu de son absence et de ce'le des brebis dérobées par Sirrah; il était fatigué, d'ailleurs, de cette vie isolée; les tentations pouvaient lui revenir, et il succomberait peut-être; il valait mieux qu'il partît.

Cependant la neige commençait à tomber Une et serrée; les cornes d'appel retentissaient dans la montagne. Tobie eut peur d'être surpris au milieu du troupeau volé, il appela à lui Sirrah, dispersa les brebis, qui prirent la fuite dans toutes les directions, et partit au galop pour éviter le drill qui approchait.

Il fit environ trois milles, descendant toujours vers la plaine, et uniquement occupé de mettre un long espace entre luietlelicuoii la pensée du crime lui était venue.

Cependant son cheval ruisselait de sueur et]>ronchait à chaque instant; craignant d'épuiser ses forces, il le laissa ralentir son pas.

Il suivait ainsi depuis quelque temps un chemin étroit et raboteux, lorsqu'il lui sem])la entendre un bruit derrière lui. Il tressaillit à la pensée qu'il était poursuivi, et se pencha sur son poney pour lui faire prendre le galop; mais se ravisant tout à coup, il l'arrêta court et regarda en arrière.

La plupart des étoiles avaient diparu, la nuit était devenue sombre ; il ne put rien apercevoir. Seulement il lui sembla que le bruit qu'il entendait n'était point un galop de cheval. Bientôt ce bruit s'approcha, devint plus distinct, et tout à coup, au détour du chemin, parut le troupeau de brebis volées que Sirrah poussait vigoureusement devant lui. Après le départ de son maître, le chien avait rassemblé de nouveau les moutons dispersés, et les avait forcés à suivre le galop du poneys ils étaient tous fumants, hors d'haleine et la langue pendante.

Tobie demeura glacé de surprise et d'effroi. Il se trouvait trop loin des glens pour pouvoir ramener les brebis ; le drifl enveloppait d'ailleurs déjà le sommet de lamontagne; il eût été dangereux d'y retourner. Les moutons étaient, selon toute apparence, perdus pour leurs maîtres-, mais il ne voulait pas, du moins, qu'on pût lui reprocher d'en avoir profité.

11 descendit de cheval, dispersa de nouveau le troupeau, attacha son chien à la queue du poney après l'avoir battu, et repartit.

Mais à peine avait- il fait un mille que Sirrah rompit son lien et disparut flans la nuit. Tobie ne douta point

qu'il ne fût retourné vers les moutons : le poursuivre était incertain et dangereux^ il préféra l'abandonner.

Quittant donc brusquementle chemin qu'il avaitsuivi, il prit, à travers les bruyères, un sentier qu'il savait inconnu à Sirrali, passa deux ruisseaux afin de lui faire perdre sa piste, et arriva enfin, vers le jour, au village de Slirling.

Il entra dans l'hôtellerie très-fatigué, s'assit à une tab'e écartée après avoir demandé de l'aie et du pain, et se mit à déjeuner tristement.

Tout à coup son nom prononcé à haute voix lui fit relever la tête ; il reconnut Thompson et quelques autres habitants des basses-terres.

— Toi ici! dit le fermier en lui frappant sur l'épaule; depuis quand as-tu quitté la patrie des moutons noirs pour celle des vaches blanches?

— J'arrive, répondit Tobie, contrarié de cette rencontre.

— Et comment as-tu laissé ton maître?

— Bien.

— Quand repars -tu?

— Tout à l'heure.

— Vive Dieu I il faut que tu me racontes, avant, tout ce qui s'est passé dans les gîens depuis que je n'y suis allé.

Tobie voulut refuser, mais le fermier le força à prendre place au milieu des joyeux compagnons qu'il régalait : c'étaient un marchand, un homme do loi, et quelques laboureurs voisins.

— ïu ne perdras rien au changement de table, dit le fermier en servant à Tobie une tranche de hœuf grillé; tu n'es pas ici dans ta montagne, il faut vivre comme un chrétien.

— Je suis sûr que le garçon ne demande pas mieux, objecta le marchand avec un gros rire, les Highlanders sont sobres par la même raison qu'ils portent des jupons courts ; donnez-leur de la viande et du drap, ils jnangeront du roast-beef et porteront des culottes.

— 11 est do fait, reprit l'homme de loi, que les habitants des hautes-terres sont encore bien loin de la civilisation des peuples policés; on peut dire qu'ils vivent sicut ammalivm grèges. Leur état de barbarie est tel, qu'ils n'ont presque jamais recours aux tribunaux, et que parmi eux un homme de loi mourrait de faim.

— Et un homme de commerce n'y ferait point de meilleures affaires, ajouta le marchand- ils fabriquent eux-mômes ce qu'ils consomment, chose contrairea tous les principes de l'économie politique.

— Aussi, voyez comme ils sont vêtus, ajouta- t-il en montrant Tobie : un mauvais tartan dont les couleurs ont passé, une chemise de toile rousse et une méchante jupe. J'ai été longtemps avant de pouvoir m'habituer à cotte mascarade.

— Je fais des iiiîaii'es avec plusieurs montagnards, lit observer Thompson, et j(; n'ai jamais eu qu'a m'en louer.

— Sans doute, honnêtes, mais pauvres gens, répliciua le marchand d'un ton dédaigneux : (,:a se transmet le

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