‹ Sous la tonnelleChapitre 9 sur 26 · INE MIT DANS IJ'S M AGES. G · texte numérisé non relu

INE MIT DANS IJ'S M AGES. G

n'est point un don, mais un légitime dédommagement pour ce qui m'était dû par le mort.

— Son testament eût dû le déclarer, Michel, fit observer la jeune fille.

— Et parce qu'il ne l'a point fait, je serai dépouillé de ce qui m'est dû, Florence ! Parce qil'un agonisant a négligé de tout dire, Michel Rider sera accusé de captation par ce Loiïraan !

— ïlélas! il ne nous connaît pas, mon frère, dit doucement la jeune fille ^ on aura fait naîlre en lui ces soupçons, et il les aura accueillis, parce que son intérêt était d'y croire.

— Ainsi, reprit Michel ànièrement, la terre que je cultive depuis vingt années, et que j'ai acquise à force de travail, me sera enlevée par un étranger qui n'y a d'autre droit que le hasard de la naissance !

— Le jugelnent n'est poih^ ehcore prononcé, intoi'rompit Florence.

Son frère secoua la lêto.

— Ah! j'espère bien peu, dit-il; ce Loffman est jeune, actif... il a sans doute des amis qui solliciteront pour lui... Peut-être l'arrêt qui me dépouille est-il déjà porté...

Florence soupira; Ritter s'en aperçut.

— Allons, dit-il dvec effort, me voilà encore revenu à te parler de cette ailaire, après l'avoir conduite ici pour te distraire et l'oublier. Je voudrais quelque spectacle saisissant, quelque sensation nouvelle, qui pùl m'arracher de cette préoccupation unique...

Comme il achevait ces mots, tous deux arrivèrent au détour du sentier, et se trouvèrent à l'entrée d'une salle de verdure qu'ils n'avaient point encore aperçue : c'était le lieu destiné aux ascensions. Un ballon captif s'ag'tait gracieusement à quelques pieds au-dessus de leur tête, et soutenait une nacelle élégante qui, en suivant ses oscillations , semblait flotter doucement sur le gazon.

Florence ne put retenir un cri de surprise et d'admiration. Elevée loin de la ville, c'était la première fois qu'elle voyait un aérostat de près et dans ious ses détails. Elle s'approcha avec son frère.

— Encore deux places, cria le gardien chargé do lâcher les freins.

Michel regarda la nacelle, où venait de s'asseoir un jeune homme en habit de voyage et tenant à la main un de ces bâtons ferrés qui servent aux excursions dans les montagnes.

— Deux places ! répéta-t-il avec un sourire et en se tournant vers Florence; voudrais-tu faire une promenade au-dessus des arbres?

— N'y a-t-il point de danger? demanda la jeune lille incertaine.

— Aucun, ma belle demoiselle, dit le gardien; j'ai déjà fait faire le voyage à plus de dix mille chrétiens.

— Et Ton peut redescendre quand on le veut?

— Il suffit de tirer le cordon de sonnette qui se trouve dans la nacelle.

Florence parut hésiter. Bien qu'elle éprouvât quelque

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crainte, l'originalité d'uno pareille promenade la tenta it. Accoutumée, d'ailleurs, à s'associer à tous les actes di^ son frère, elle lui déclara au bout d'un instant qu'elle était prête à faire ce qu'il déciderait.

— Va donc pour un voyage dans l'air! dit Michel. Et s'approchant de la nacelle, il s'y plaça avec Florence.

Dès que le gard'en 1rs vit assis, il lâcha doucement les freins, et le ballon commença à s'élever lentement.

En se sen'ant enlevée, la jeune fille ne put retenir un cri, et devint pâle. L'étranger, qui se trouvait placé vis-à-vis d'elle, avança la main vers le cordon do sonnette.

— Faut-il retournor à terre? demanda-t-il en souriant.

— Mille grâces, monsieur, dit Florence, dont les couleurs reparurent presque aussitôt; je vais m'habituer a cette sensation.

— Vois, vois donc ! interrompit Michel ; nous voilà déjà plus haut que les arbres.

La jeune fille regarda au-dessous d'elle, et la singularité du spectacle dissipa ce qui lui restait de craintes.

LeJardm de la Cabane apparaissait en entier, etTniiil pouvait saisir a la fois toutes ses parties. On eût dit un de ces plans en reUef que l'on voit dans nos Musées militaires. Immédiatement au-dessous du ballon s'étendait l'esplanade, couverte d'une foule pressée dont 1rs rumeurs arrivaient à peine jusqu'à nos voyageurs aérions. L'air, plus léirer ot o1> -' -^;'' !\h' instants d'^ p.'-r-

66 sors i\ kvs.m: i.i.K.

fums terrestres, avait une fraîcheur excitante. Florence se tourna vers son frère, le visage rayonnant.

— Que tout ce qui nous entoure est grand et beau î s'écria-t-elle ; dites, Michel, ne sentez-vous point une sorte d'enivrement, et n'êtes-vous pas ici plus tranquille, plus heureux que tout à l'heure?

— C'est la vérité, répliqua Ritter ; la sensation physique passe jusqu'à l'âme, et il me semble que je plane au-dessus des iniquités des hommes comme au-dessus de leurs demeures. Mais que se prépare-t-il donc, et pourquoi cette foule réunie sur l'esplanade?

— Elle attend le feu d'artifice, fit observer l'étranger.

— En effet, voici les premières fusées, dit Florence.

— Pourquoi partent-elles ainsi l'une après l'autre?

— Eh ! voyez ; la charpente qui soutenait les principales pièces vient de s'écrouler.

— Le spectacle est manqué.

— Aussi, entendez-vous les cris ?

— Dieu me pardonne ! interrompit Michel, on brise les balustrades qui entourent les parterres.

— C'est une émeute d'étudiants, dit l'étranger en souriant; ils se vengent sur le jardin de leur désappointement.

— Quel bonheur que nous ne nous trouvions point au milieu de ce tumulte ! ajouta Florence.

— Tu (!S donc rassurée? demanda Ritter.

— Tout à fait.

— Alors, nous pouvons monter davantage.

Il lit le signal convenu; les freins furent lâchés, et le

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ballon s'éleva de nouveau pendant quelques instants, puis s'arrêta.

Les trois voyageurs jetèrent, presque à la fois, un cri d'admiration.

Sous leurs pieds s'étendaient, aussi loin que le regard pouvait aller, de magnifiques vallées parsemées de forêts, de prairies, de champs cultivés, de villages, dont les teintes et les contours variés formaient mille broderies capricieuses. La Forêt -Noire du côté de Wurtemberg, et le Rhin du côté de la France, encadraient ce tableau d'une ligne ondoyante, tandis qu'on voyait serpenter au lo n et se perdre à l'horizon le Neker couvert de voilée inclinées.

— Heureux pays, dit l'étranger, comme s'il se fût parlé à lui-même, heureux pays, où Dieu a donné a l'homme le champ fertile, le fleuve navigable et la montagne boisée î

Michel soupira.

— Heureux surtout, s'il n'y eût point laissé place aux procès et aux calomnies! ajouta-t-il à demi- voix.

L'inconnu se tourna vers lui.

— Ah ! nul ne le sait mieux que moi, monsieur, dit-il.

— Êtes -vous donc aussi condamné à défendre vos droits devant les juges?

— Et contre un adversaire qui rie négligera rien poui' me dépouiller.

— C'est comme le mien, dit Michel; s'il gagne son procès, je perds tout ce que m'a acquis le passé.

— Moi, tout ce que me promettait l'avenir.

— Le fruit de mon travail ira enrichir un homme avide,

— Toutes mes espérances seront anéanties au profit d'un hypocrite.

— Et cependant je crains que la loi ne fasse taire l'équité.

— Moi, que l'intrigue ne l'emporte sur le bon droit.

— Ah! je le vois, s'écria Michel, notre position est la même, monsieur^ vous plaidez aussi contre quelque Christicin Loffman.

— Christian Loffman ! répéta l'étranger, c'est mon nom.

— Le vôtre!

— Et mon adversaire s'appelle Michel Ritter.

— C'est aussi mon nom!

Les deux hommes se regardèrent avec une surprise mêlée de colère et de haine; Florence parut effrayée.

— Descendons, Michel, dit-elle en posant une main sur le bras de son frère.

Mais celui-ci ne Técoutait pas.

— Ce que M. Loffman vient de dire de son adversaire est une calomnie! s'écriu-t-il en regardant l'étranger avec des yeux étincelants.

— Et ce que M. Ritter a dit du sien est un mensonge î répliqua vivement le jeune homme.

— Au nom du Ciel ! descendons, reprit la jeune fille tremblante.

— Soit, dit Michel, les explications seront plus faciles sur terre.

UNE MIT DA.NS LliS NLAtiËS. GO

— El j'espère qu'elles seront décisives, ajouta LolTman d'un ton significatif.

Il avait tiré lo cordon de la sonnette, et les [voh voyageurs attendirent un instant en silence; mais le ballon demeura immobile. Le jeune homme sonna une seconde fois, puis une troisième, sans être plus heureux.

— Le gardien doit pourtant nous entendre, murmunit-il en tirant de nouveau le cordon.

— Il n'y a plus de gardien! s'écria Florence, qui avait penché la tête hors de la nacelle.

— C'est la vérité, dit Michel en regardant à son tour; l'émeute continue et lui aura fait peur. Voyez ce feu de joie dans lequel la foule jette L;s bancs.

— Et celte troupe de jeune gens qui parcour.'ni ii's allées en brisant les lampions.

— Les voilà sous le ballon... Dieu!

— Que font-ils?

— Ils détachent les freins.

— Que dites 'VOUS?

— Voyez ! . . .

Les trois voyageurs se penchèrent en même temps, poussèrent un grand cri et agi èrent les mains ; mais il était trop tard. Croyant la nacelle vide, les étudiants avaient coupé les cordes qui retenaient le ballon captif; et celui-ci, s'él vant avec une rapidité prodigieuse, disparut bientôt dans los brumes du soii-.

70 sous T.A TONM:i.f.E.

Nos trois Yoyag(mi's s'épuisèrent d'abord en cris inutiles et en témoignages de désolation; mais lorsqu'ils eurent perdu de vue, d'abord le Jardin de la Cabane, puis la terre, Une sorte de calme, produit par l'abattement bien plus que par la résignation, succéda a leur désespoir.

Tous trois demeurèrent immobiles, silencieux et sans pensée.

Leur situation ne pouvait, en effet, être comparée à aucune autre. Dans la plupart des cas, les dangers auxquels un homme se trouve exposé ont pu être prévus de lui ; il s'y est préparé au moins par des suppositions, des récits, des lectures ; mais ici tout était imprévu ; on ne pouvait rien attendre ni de sa propre volonté, ni du secours des autres. Nos trois voyageurs se trouvaient pour ainsi dire hors de la sphère humaine, sans prévisions possibles, et condamnés à ce courage passif qui fait attendre la mort sans pouvoir mOme en de^^iner l'instant.

Florence, à demi évanouie de terreur, avait caché, son visage contre la poitrine de son frère , qui , flottant lui-même entre la crainte, l'étonnement et la douleur, ne trouvait aucun encouragement à lui donner.

Christicm Loflinan, assis à l'autre extrémité de la nacelle, semblait moins troublé, et jetait, de temps en temps, un regard de commisération sur Michel Uitter et

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sur sa sœur ; mais le souvenir de leur inimitié et des insultes réciproques qu'ils venaient de se faire remplissait encore ces deux âmes e' les tenait éloignées l'une de l'autre, même dans ce commun danger.

Cependant le ballon, abandonné aux vents de la nuit, llottait au hasard dans les cieux, tantôt fendant l'air rapidement comme une iii rondelle qui regagne son nid, tantôt s'arrêlant au-dessus dos niontagnes comme un vautour qui plane. Quelquefois Ritter et Lolïman vSe penchaient en dehors, et alors, au fond de ce gouiïre de ténèbres, ils apercevaient des lumières tremblantes et confuses qui leur indiquaient les villes ou les hameaux. iMais peu à peu ces dernières traces de la terre disparurent, le ballon avait atteint les régions les plus élevées, et l'air devenait à chaque instant plus rare. Nos trois voyageurs commencèrent à se sentir oppressés. De sourds bourdonnements tintaient à leurs oreilles; des lancinations douloureuses parcouraient leurs corps; l'air, toujours plus froid, glaçait leurs membres engourdis. Florence, dont les forces étaient épuisées, se laissa glisser aux pieds de son frère.

— Que fais-tu! s'écria celui-ci.

— Je veux dormir, murmura la jeune lille.

— Réveille-toi! réveille-toi! reprit Michel effrayé; le sommeil, c'est la mort! Lève-toi, Florence!

Mais elle demeura immobile.

— Florence! répéta Michel éperdu... 0 mon Dieu! elle ne m'entend pas ; et nul moyen de la réchaulïer...

— Prenez ce niunteau dit une voix.

Il releva la iéle, el a[)'.TÇut Lolî;iian ([ai se dépouillait d'une sorte de pelisse fourrée dont il était entouré.

— Mais vous-même? demanda Ritter surpris et louché.

— C'est aux plus forts de souffrir, répliqua Christian en déployant le manteau.

Michel l'aida à en envelopper sa sœur; et comme, en prenant ce soin, sa main rencontra celle du jeune homme, ii la saisit vivement.

— Ce que vous faites là rachète tout le reste , dit-il , cl je regrette d'avoir prononcé des paroles qui ont âi\ Aous blesser.

— Ne regrettez rien, reprit Loiïman ému; car le plus grand tort est venu de moi.

— Soyons donc indulgents l'un pour l'autre , reprit Michel; chacun de nous aura bientjt a justilier devant Dieu ses sentiments et ses actions; déposons au moins notre haine avant de nous présenter à lui.

— Je n'en ai plus, s'écria Christian; voici ma main, Michel Ritter, et c'est celle d'un ami.

— Je l'accepte comme telle , dit Michel avec une clTusion pieuse. Nous avons été trompés tous deux, Loiïman; chacun de nous a cru que l'autre était un méchant, par cela seul qu'il avait des int .'rets opposés, et nous nous sommes calomniés faute de nous connaître. Hélas ! il en est ainsi le plus souvent parmi les hommes; leurs haines ne sont que des ignorances ou des malentendus. Remercions tous deux la Providence de nous avoir réunis à une heure suprême pour que

nous puissions nous présenter devant Dieu sans fiel dans le cœur.

— Ah! je veux la remercier avec vous, Michel, dit Florence, qui venait de se ranimer.

— Prions donc, s'écria Kitter en la serrant dans ses bras ; et puisse. Dieu nous pardonner comme nous pardonnons î

A ces mots, il se découvrit ainsi que Christian, et ces trois âmes se confondirent dans une prière commune.

Comme ils l'achevaient, une pâle lueur colora l'orient, c'était le jour.

Le vent, qui les avait jusqu'alors emportés vers les régions les plus élevées, parut fléchir tout à coup; lo ballon commença à redescendre doucement, et un peu d'espoir rentra dans leurs cœurs.

La réconciliation avait d'ailleurs ranimé leur courage. Isolés par la haine, chacun d'eux n'avait eu que luimême pour consolateur et pour appui, tandis que maintenant ils se trouvaient trois qui pouvaient s'encourager et se soutenir.

Le soleil acheva de se lever, et ils ne tardèrent point à apercevoir les campagnes badoises.

Ce fut pour eux comme une résurrection : ils n'étaient plus seuls dans cet abîme de ténèbres au milieu du(iuel ils avaient tlotté toute la nuit; le soleil brillait^ la (errr existait encore ! Us la voyaient au-dessous d'eux, ils apercevaient les fleuves, les montagnes, les villes; là étaient des hommes, leurs semblables, dont les regards les

suivaient peut-être dans les nuages, dont les vœux les appelaient.

Et le ballon descendait toujours.

Enfin, ils purent distinguer les champs, les maisons, les personnes. Tout à coup Ritter poussa une exclamation de joie. Il venait de reconnaître Loërrach, et, plus loin, sur le versant des coteaux, son village et ses champs! Le vent les portait de ce côté. Ils arrivèrent bientôt au dessus des prairies qui bordent les collines.

Florence avait joint les mains en sanglotant : elle distinguait le toit de leur demeure, le bosquet de chênes où elle allait s'asseoir et travailler, le petit ruisseau qui tournait au pied des rochers, Michel lui-môme pleurait. Dans ce moment, le ballon, qui avait jusqu'alors continué à descendre, se releva lentement, soulevé par une brise. La jeune fille et son frère jetèrent un cri de désespoir, se penchèrent sur les bords de la nacelle, et étendirent les bras comme s'ils eussent voulu s'élancer vers leur habitation.

— Ah! n'est-il donc, mon Dieu! aucun moyen de redescendre? s'écria Florence éplorée.

— Il en est un, répliqua Loffman, mais dangereux.

— Quel qu'il soit, tout plutôt que cette agonie! reprit vivement Ilitter-, songez à cette nuit dernière.

— Oui, dit le jeune homme ^ c'est d'ailleurs notre dernière ressource^ allons...

Il se souleva avec précaution, éleva le bâton ferré qu'il avait jusqu'alors gardé près de lui, et déchira l'enveloppe du ballon.

Celui-ci sembla pousser un soupir, et s'agita convulsivement comme un être animé qui reçoit une blessure. Pendant un moment Tincertitude fut terrible. Le gaz s'échappait impétueusement par l'ouverture qui venait d'être faite; le ba Ion détendu s'abaissa avec une rapidité effrayante, comme s'il se fût abîmé dans l'espace. Les trois voyageurs ferm.rent les yeux, épouvantés et étourdis...

Tout à coup un long déchirement se fit entendre, et fut suivi d'une secousse violente^ ils relevèrent la tète .avec terreur : le ballon venait de s'arrêter aux dernières branches d'un sapin, et la nacelle se balançait à quelques pieds de terre.

Vers la fin de ce même jour, Loffman et Ritter étaient accoudes à la fenêtre d'une maison bâtie sur le penchant de la colline. C'était celle de Michel, qui y avait conduit son compagnon de voyage aussitôt après leur commune délivrance.

Le frère et la sœur n'avaient songé d'abord qu'à se réjouir avec lui de leur bonheur-, mais une fois la première joie passée, Ritter sentit se réveiller en lui le souvenir de ses intérêts si gravement menacés.

Appuyé sur la balustrade de bois qui servait de balcon, il gardait depuis quelque temps le silence, lorsque Chr stian, dont les regards se promenaient sur la campagne, se retourna tout à coup, et dit :

— Jusqu'où s'étend votre domaine, monsieur Ritter?

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Celui-ci tressaillit comme si cette demande lui eût révélé la pensée secrète de son hôte.

— Ah ! vous voudriez connaître ce que vous rapporterait de terre le gain de votre procès? dit-il avec quelque amertume.

— Sur mon âme! je n'y ai point songé, reprit LotTraan déconcerté.

— il ne faut point rougir pour cela, dit Ritter ; chacun a confiance dans son droit. Je vais vous montrer les limites du domaine.

Et il se mit à lui désigner, l'un après l'autre, les bois, les champs, les prés qui eu faisaient partie.

— C'est une propriété merveilleusement aménagée, fit observer Christian.

— Aussi y ai-je mis tout mon temps et toute mon intelligence, répliqua le fermier. J'espérais exécuter bien d'autres améliorations ; mais qui sait combien de jours je dois encore passer ici? cette terre a déjà cessé peut-être de m'appartenir...

Comme il achevait ces mots, Florence entra. Elle était troublée, et tenait à la ma!n une lettre portant le timbre de Manheiin.

~ Est-ce de M. Liltoff? s'écria Michel en pâlissant.

— De lui, répondit la jeune lille.

— Alors, le jugement est prononcé, et nous allons savoir.

Il ét.îndit, pour prendre la lettre, une main qui tremblait^ mais Florence saisit cette main dans les siennes, et, jetant à Loffman un regard timide :

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