‹ Sous la tonnelleChapitre 12 sur 26 · I.K r.HIElV DE TOBIK · texte numérisé non relu

I.K r.HIElV DE TOBIK

travail et la misère de père en fils, comme nous nous transmettons, nous, la fortune. Aucun moyen de s'enrichir chez eux; tout ce que peuvent taire les deux bras d'un homme, c'est de le nounir. Ce berger, par exemple, il est vigoureux et bien portant; combien gagne-til chez son maître?

Tobie indiqua le chit'fi'o de ses gages-, le marchand haussa les épaules.

— Juste la moitié de ce que je paye à mon dernier garçon de magasin, dit-il.

— Allons , allons, ne le dégoûtez pas de son métier» reprit Thompson en riant. Un verre de porto, Tobie; bois, mon garçon! tu n'en retrouveras pas la-haut dans ton glen.

Le jeune berger vida son verre de mauvaise grâce. L'espèce de compassion qui lui était témoignée, et la comparaison que faisaient les convives de leur position à la sienne, l'humiliaient profondément. H se sentait blessé à la fois dans son patrioti me et dans sa vanité; mais il n'était point au bout. Les convives, animés par le vin et par cette espèce de haine que les habitants des borders ont toujours eue pour ceux des hautes-terres, n'étaient pas près d'abandonner un tel sujet.

— Ce quim'tHonne toujours, reprit le marchand après avoirvidésatasse. c'est que les JIiglilamlersnQA\m[iQn\ point leurs bruyères pour chercher fortune ailleurs ; car ce ne sont pas les occasions qui manquent. Encore aujourd'hui, par exemple, un de mes commet ants fait une expédition pour l'Inde qui doit enrichir tous ceux qui en

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feront partie. Je lui ai déjà envoyé une vingtaine de garçons que je connaissais.

— Et les chances sont belles?

— Sûres , monsieur Thompson ; chaque travailleur est entretenu aux frais de la compagnie, et doit revenir au bout de dix arns avec une rente de trente livres sterling.

— Mais quelles sont les conditions?

— 11 faut être jeune, bien portant, et protestant. Le fermier se tourna vers Tobie :

— Eh b'en! dit-il, cela ne te tenterait-il pas?

— Lui quitter les glens! interrompit l'homme de loi; fi donc! les Ilighlanders aiment trop leurs troupeaux; ils sont attachés à la queue de leurs moutons comme les enfants gâtés à la robe de leurs mères.

—Je suis prêta prouver que monsieur se trompe, dit sèchement Tobie, s'il y a vraiment des avantages dans cette affaire.

Le marchand lui expliqua au long les conditions de l'entreprise, qui était excellente. Quand il eut uni, Tobie déclara qu'il était disposé à en faire partie.

— A la bonne heure , dit le marchand ; mais il faut une première mise de fonds pour l'achat du trousseau et des instruments d'exploitation : chaque travailleur doit posséder au moins trente guinées.

— Trente guinées ! dit l'homme de loi en éclatant de rire; autant vaudrait demander à un Ilighlander l'explication des lois de la reine Anne !

Tobie rougit de colère et de dépit.

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— As-tu cette somme? demanda le marcliand d'un ton péremptoire.

— Je dois avouer que je ne la possède point, dit Tobie avec embarras ; mais. ..

Il fut interrompu par l'aubergiste , qui lui annonça que son troupeau venait d'arriver à la porte de Thôtellerie.

' — Mon troupeau! s'écria Tobie.

— Eh oui , pardieu ! dit Thompson en regardant à travers les vitres; je reconnais ton chien.

Le jeune bergercourut à la fenêtre, et aperçut en effet Sirrah,qui avait de nouveau réuni une partie des moutons, et suivi sa trace à travers les sentiers non frayés.

Il éprouva d'abord une stupeur impossible à rendre. Cette fois la chose était irréparable : qu'il gardât ou non le troupeau que lui amenait Sirrah, le vol était constant, accompli, et pouvait être constaté par témoins. Il avait tout fait pour échapper au crime ; mais maintenant il 4tait commis malgré lui, et il ne restait plus qu'à décider s'il devait en profiler ou non.

La tentation était trop forte ; et quand l'homme de loi lui demanda à qui appartenaient ces brebis, il répondit avec une résolution désespérée :

— A moi.

— A toi ! répéta Thompson ; tu as donc hérité do ton oncle?

— J'en ai hérité, répondit le berger.

— Et qui t'empêche alors de les vendre et de partir pour l'Inde? fit observer le marchand.

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— En effet, dit Thompson, Je puis te débarrasser de ton troupeau.

— Et vous le payerez comptant?

— Comptant.

— Soit, dit Tobie.

Tous deux descendirent pour voir les moutons, et rentrèrent au bout d'une heure; le marché avait été conclu.

— Maintenant, dit Tobie au marchand, envoyez-moi à Londres; j'ai l'argent nécessaire, et je veux quitter le pays.

Il partit, en effet, le soir même. Mais le drill n'avait duré que quelques heures dans la montagne, et le vol des brebis avait été bientôt découvert ; Tobie fut dénoncé , poursuivi, et arrêté au moment où il s'embarquait pour l'Inde.

On le renvoya en Ecosse où son procès fut instruit, et où, selon la rigoureuse loi du pays, il fut condamné a être pendu.

Au moment où sa condamnation fut prononcée, John Scott, qui avait été appelé en témoignage, joignit les mains djuloureusement, et deux larmes vinrent à ses paupières.

— Hélas î Tobie, murmura-t-il, je te l'avais bien dit qu'il ne faut point essayer le mal mume en jouant, et que les serviteurs corrompus nous induisaient en tentation!

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