‹ Sous la tonnelleChapitre 13 sur 26 · SIXIÈME RÉCIT · texte numérisé non relu

SIXIÈME RÉCIT

La maison de poste d'Oberliausberg venait d'être mise en émoi par une voiture de voyage arrivant de Saverne et qui se rendait à Strasbourg. Maître Topfer, l'aubergiste, courait çà et là, donnant des ordres à ses domestiques et à ses postillons, tandis que le carrosse, dételé devant la grande porte cochère, était entouré d'enfants et d'oisifs qui se communiquaient leurs remarques.

98 sous LA ÏO.NNELLE.

Parmi ces derniers se trouvait un homme à l'œil vif, au teint basané, et dont l'accent saccadé formait un singulier contraste avec le langage tudesque des autres spectateurs. Maître Bardanou était, en effet, né dans le Midi ^ le hasard l'avait seul conduit à Obcrhausberg, où il avait élevé, en face du maître de poste, une boutique de perruquier dont les contrevents bleus portaient la double inscription : Coupe de cheveux et barbe à tom prix; — On rase dans le qenre marseillais.

Mêlé au groupe de curieux qui s'était formé près de la porte de Topfer, le perruquier prenait part à la conversation générale, dans un alb mand dont nous donnerons suffisamment l'idée en disant que c'était de l'alsacien parlé par un Provençal.

•— Avez- vous vu le voyageur, maître Bardanou? lui demanda une vieille femme, qui portait sous le bras un de ces paniers remplis de fil, d'épingles et de lacets, qui indiquent la mercière de carrefour.

— Sans aucun doute', m; re Hartmann, répondit le perruquier-, c'est un gros homme, qui a l'air d'avoir plus de ventre que de cerveau.

On remarque ra que maître Bardanou avait le goût des épigrammes, et passait à Obcrhausberg pour un esprit singulièrement avancé.

Ceux qui entendirent sa plaisanterie sur le nouvel arrivé y répondirent par un gros rire auquel la mère Hartmann commença par prendre part-, puis, secouant la tète d'un air capable :

— Mieux vaut des renies que de l'esprit, mon voisin.

reprit elle en regcirdant le perruquier-, car avec de l'esprit on marche à pied^ tandis que les rentes font rouler carrosse.

— Ce que vous dites là est une grande vérité, mère Hartmann, répondit le Provençal d'un air profond -, et cependant Dieu sait où va souvent la richesse! Cet étranger qui arrive, par exemple, je voudrais qu'on m'apprît ce qu'il a fait pour mériter de voyager en équipage.

— Taisez-vous, Bardanou, c'est un baron! interrompit tout à coup une Aoix fraîche et riante.

Bardanou aperçut la lilleuL-î de maître Topfer, qui venait de paraître sur le seuil de l'auberge.

— Un baron ! répéta-t-il, qui vous a dit cela, Nicette?

— Le grand laquais qui le suit, répliqua la jeune fille ; il a déclaré que M. le baron ne pouvait pas être servi dans la salle commune, et qu'il fallait tout porter dans la grande chambre du balcon.

Les curieux relevèrent la tète : la chambre dont parlait Nicette était précisément placée au-dessus d'eux, et la fenêtre en était ouverte ; mais le rideau abaissé ne permettait d'y rien voir.

— Ainsi, c'est là que vous lui avez mis le couvert? demanda la mère Hartmann, en désignant du regard la chambre au balcon.

— Pas moi, dit la jeune fille; M. le baron n'a voulu ni de notre porcelaine ni do nos verres de cristal; il porte toujours avec lui un service en argent, et j'ai vu son valet le retirer d'une grande boîle en ébène.

100 sors l V TONM.LI.K.

Il s'éleva dans la foule un inurniure de surprise et d'admiration^ le Provençal seul haussa les épaules.

— C'est-à-dire que M. le baron ne peut ni boire ni manger comme les autres chrétiens, reprit-il ironiquement; il lui faut une chambre à part et de la vaisselle plate. Le grand roi Salomon avait raison de dire : Vanilés des vanilés, tout n'est qm vanité.

— Allons, Bardanou, vous allez encore dire du mal du prochain ! interrompit Nicette en souriant.

— Du prochain ! répéta le perruquier • est-ce qu'un baron est mon prochain? Laissez donc, je le connais déjà, votre gros homme -, il ressemble à tous les grands seigneurs que nous voyons passer ici. A vez-vous entendu comme il a appelé son valet qui était resté pour parler à maître Topfer : — .le vous attends, Germain, je vous attends!... — Comme si le pauvre diable n'avait point droit de causer un moment. Ce baron-là doit être un véritable tyran.

— Ah ! qu'est-ce (jue vous dites la, l^ardanou? s'écria Nicette: Dieu fasse que vous vous trompiez I Savez-vous pourc^uoi il s(^ rend dans le duché de Bade?

— Nullement.

— Son domestique me l'a dit, reprit la jeune tille en baissant la voix : il va se marier.

— Se marier?

— Avec une riche héritière du pays, une veuve. . .

— Qu'il ne connaît [)as, sans doute.

— Je n'en sais rien.

— Il ne doit point lu connaître; ces gens-la sema-

DIRE t:t faire. 101

rient comme on fait le commerce, par correspondance ; ils ne songent qu'à satisfaire leur cupidité.

— Taisez-vous, Hardanou! interrompit vivement Nicette ; vous êtes toujours prêt à juger mal des autres sans les connaître...

— Et j'en juge plus mal quand je les connais, ajouta le méridional.

— Vous savez bien pourtant que tout le monde ne se marie point pour s'enrichir, reprit la jeune fille en rougissant un peu et en lui lançant un regard détourné ; il y a encore des gens qui ne consultent que leur amitié. . .

— Comme moi , par exemple , continua gaiement Hardanou, qui prit la main de Nicette, et la força à le regarder.

— Il ne s'agit point de ça, dit précipitamment la jeune tille.

— Pardonnez-moi, pardonnez-moi, s'écria le Provençal ; vous savez bien, Nicette, que je ne cours pas après des héritages, moi, et que je ne vous trouve pas moins jolie parce que le père Topfer a déclaré qu'il ne vous donnerait point de dot. Mais moi je suis un original, ma chère, un philosophe, comme dit votre parrain; j'ai sur tout ça des idées qui ne ressemblent pas à celles des autres. Aussi mon sang tourne quand je vois des hommes comme votre baron, pour (|ui la fortune n'est qu'un instrument de vanité, de tyrannie, d'avarice, et je ne puis m'empécher de penser que si j'étais à leur place je ferais plus d'honneur au choix- de la IVovidoncc.

— Reste à savoir, maître Eardtinou ! fit observer la vieille mercière ^ la fortune vous retourne drôlement les caractères.

— Quand on n'a point de principes î s'écria vivement le Provençal; quand on se laisse emporter à tout vent qui passe, comme un cerf-volant. Mais moi je sais co que je veux et (je qu'il faut, mère Hartmann; j'ai ma philosophie. Je deviendrais riche d'un moment a l'autre, voyez-vous, que je ne changerais pas plus que le clocher de nore église. Vous me verriez toujours aussi juste, aussi peu intéressé et aussi bon enfant.

La défiance de lui-même n'était pont, comme on le voit, le défaut de Bardanou. Tout ce qu'il retirait à son prochain en moralité et en bon sons, il le reportait a son compte avec une scrupuleuse exactitude. Aussi content de sa personne que mécontent de celle des autres il eût volontiers reproché à Dieu d'avoir fait lliomme à son image au lieu de l'avoir fait a l'image de Bardanou.

Une fois amené sur ce terrain, il se laissa aller à une improvisation sans mesure, il expliqua longuement tout ce qu'il accomphrait de grand et d'utile si le hasard lui envoyait subitement un de ces oncles d'Amérique qu'on ne retrouve plus, môme au th;'âtre. Il passa en revue toutes les vertus qu'il mettrait au grand jour, tous les mérites dont il donnerait la preuve, et il allait enGn s'accorder l'apothéose, lorsque le voyageur qui avilit donné lieu à cette exphcation parut a la porte de l'auberge.

C'était un homme de quarante ans, replet, un peu

DIRE ET FAinE. 103

chauve, et dont les traits lourds eussent révélé l'origine allemande, si son accent ultra-gormanique eût permis le moin Ire doute à cet égard. Cependant l'intelligence brillait au fond de son œil d'un bleu clair, et la prévention avait pu seule dicter au perruquier provençal le jugement qu'il en avait porté.

Le baron adressa au groupe formé devant la porte un salut paterne, et dit en souriant :

— Un joli endroit, messieurs, un joli endroit, et une belle journée I

Ceux auxquels il s'adressait se contentèrent de rendre le salut, mais sans répondre : l'Allemand ne parut point découragé par ce silence.

— J'espère, reprit-il toujours souriant, que le pays est bon et que l'on y vit heureux I

— On vit hv-^ureux partout quand on a le bonheur en soi-même, répondit sentenci usement Bardanou.

Le baron fît un signe d'assentiment.

— Ce que vous dites-là est d'un grand sens, monsieur, répondit il d'un ton de déférence, et j'espère que celte remarque est le fruit de votre propre expérience : celui qui comprend si bien le bonheur doit nécessairement le posséder.

— On fait ce qu on peut, dit Bardanou, que les manières du baron commençaient à adoucir ; il faut bien avoir de la philosophie, qu^nd on n'a pas autre chose.

— Auriez-vous à vous pkind.e de votre industrie? demanda l'étranger avec intérêt.

Le Provençal plia les épaules.

— Je ne me plains jamais, monsieur le baron, dit-il gravement, vu qu'en semant des plaintes on ne recueille que des découragements; je coupe les cheveux, je fais mes barbes, je frise les faux tours, et, pour le veste, j'attends une heureuse chance.

— Elle viendra, dit le baron, soyez sûr qu'elle viendra ^ le hasard n'a point imité votre gouvernement, il a maintenu sa loterie, et on peut toujours y espérer un bon numéro.

— Tiens, à propos de numéros, nous en avons deux î s'écria Nicetle : si nous allions gagner le château !

— Un château ! répéta l'étranger, qui devint attentif.

— Avec des terres et des forêts, acheva Bardanou. C'est un commis-voyageur de Francfort qui est venu ici il y a trois mois pour en offrir, et Nicette m'a forcé d'en prendre un.

— Ne s'agirait-il })oint, par hasard, du domaines do Kovembourg?

— Je n'en sais rien; je n'ai regardé ni h; nom ni le numéro ; mais je dois les avoir là.

Le perruquier chercha dans un vieux portefeuille, et en retira un prospectus et un billet.

C'est bien ça, dit-il, après avoir jeté les yeux sur le prospectus : « Domaine?- de Rovembourg, situé à deux milles de Badewiller, à l'c^ntrée de la Forêt-Noire. » l.e billet gagnant devait sortir le 20 juillet.

— Aussi est-il sorti, répliqua tranquillement l'étranger.

— Et vous le connaissez?

DIRK l,T l-AIRR. 105

— C'est 66.

Hardanou porta levS yeux sur son billet, poussa \ni cri, et devint pâle.

— 66! balbutia-t-il. Avez- vous bien dit 66?

— Sans doute.

— Et vous êtes sûr que c'est le numéro gagnant?

— Je l'ai vu affiché à Saverne.

— Alors le domaine de Rovembourg est à moi ! s'écria le perruquier, qui chancelait.

— A vous? répéta le baron saisi.

— Voyez, voyez ; j'ai 66 1

Il montrait à tous son billet, qu'il élevait triomphalement au-dessus de sa tête. L'étranger, dont les traits s'étaient altérés, s'approcha vivement; mais, après avoir jeté les yeux sur le numéro, il poussa un cri de joie, et il ouvrait la bouche pour parler, lorsqu'il s'arrêta tout à coup comme frappé d'une réflexion, regarda Bardanou de cet air de bonhomie narquoise qui lui semblait habituel, ot s'inclina en signe de félicitation.

La nouvelle de ce bonheur inespéré fut aussitôt connue chez le maître de poste, et se répandit de là dans tout le quartier. Le Provençal, qui s'était sauvé dans sa boutique, ne tarda pas à être assailli par la foule des voisins qui venaient le complimenter sur une fortune aussi imprévue. H gardait encore ([uelques doutes au mil'eu de la joie ; mais le baron lui fit envoyer un exemplaire de la gazette de Francfort, qui renfermait tons le^ détails du tirage et confirmait la nouvelle do manière à ne laisser aucune incertitude.

Bardanou supporta d'r:bord assez bion ce merveilleux changement. Après la première émotion de joie et de surprise, il reprit, en apparence, son sang-froid, et so mit à causer amicalement avec ceux qui venaient le complimenter : seulement sa voix était plus haute que de coutume, ses manières plus assurées, son affubihté plus majestueuse. Le perruquier tournait évidemment au grand seigneur. 11 saluaitdelamain, rejetait la tète en arrière, parlait deses projets avec une nonchalance superbe. Il ne savait encore s'il irait habiter son château de Rovem bourg 5 il avait toujours beaucoup aimé Oberhausberg; puis, comme Français, il se devait à la France.

Il ajouta quelques allusions à son projet de mariage avec Nicette, qui écoutait émerveillée et recevait les félicitations de ses compagnes.

Cependant le notaire averti était accouru afin d'indiquer à Bardanou les mesures qu'il devait prendre. La première, à son avis, était de partir pour Rovembourg même, où devaient se trouver réunies, dans quelques jours, toutes les parties intéressées. C'était là seulement que la prise de possession du nouveau propriétaire pouvait être régularisée.

Bardanou en tomba d'accord, et déclara qu'il voulait se mettre en route à l'instant. Le marchand de vin proposa son char-à bancs et le vigneron son cheval ^ mais Bardanou les remercia avec un sourire royal ; dans sa nouvelle position, il ne pouvait voyager comme le premier venu; il fallait que son arrivée à Rovembourg fût f'n rapport avec son titre : pour sa part, il était au-d(»ssiis

DIRE ET 1 AIUE. 107

de pareilles vanités ^ mais il devait se soumettre aux prrJLigés établis, respecter l'usage, ne point faire scandale. En cons;''quencc, maître Topter dut fournir sa meilleure chaise de poste et ses plus beaux chevaux. Le perruquier obtint, en oiilre, qu'il l'accompagnerait avec Nicette et le notaire, chargé de surveiller les actes de prise de possession. Par ce moyen, il pourrait se présenter à Rovemhourg d'une manière convenable.

La filleule du maître de poste ne trouva aucune objection à un pareil arrangement. Elle ne se demanda pas si le Provençal l'attachait à son char de triomphe par amour ou par orgueil, et si elle devait y être ui>c associée de joie ou seulement un ornement. Sans soupçons comme tous les cœurs simples, elle était reconnaissante du souvenir de i3ardanou, et sentait que son affection pour lui en était accrue.

Ainsi que nous l'avons dit, l'enivrement duperruquier fut d'abord modéré^ il avait besoin d'habituer son esprit au changement qui venait de s'opérer ^ lui-même avait peine à y croire. Sa nouvelle position lui apparaissait comme un rêve qui, tout en ayant les apparences de la réalité, nous laisse un doute confus. Mais à mesure que la chaise de poste avançait, la certitude entrait de plus en plus dans l'esprit de Bardanou, et il sentait Tivresse lui venir. A chaque relais, ses façons prenaient quelque chose de plus aristocratique. Ses pensées, d'abord contenues dans de justes limites , s'échappaient en bouffées d'égoïsme ou d orgueil auxquelles Nicette ne prenait pas garde, et que le notaire

laissait passer pi^r égard pour l'opulence de son nouveau client. Le bruit de l'événement qui venait d'enrichir Bardanou avait gagne de proche en proche : les postillons le transmettaient aux postillons, et l'on répétait partout sur le passage du perruquier :

— Voilà le propriétaire du domaine de Kovembourg ! De même qu'on disait au temps du Chat botté :

— Voilà l'équipage du marquis de Carabas! Chacun de ces cris était comme un coup de vent qui

gonllait le cœur de Bardanou. Devenu un objet de curiosité et d'admiration, il se faisait à lui-même l'effet d'un prince qui voyage incognito. De temps en temps il se penchait à la portière afin de se montrer à ces braves gens accourus pour le voir -, il les saluait de la tête ; il jetait majestueusement des gros sous aux pauvres : pour peu qu'on l'en eût pressé, il eût donné sa main à baiser.

A la dernière auberge où il s'arrêta, il se plaignit du service; le linge était grossier^ la vaisselle ébréchée, les couverts bosselés. Il déclara que, s'il quittait son château, il voulait avoir désormais, comme le baron, une argenterie de voyage. Le vin lui parut également indigne de lui, et il fallut lui apporter quelques bouteilles mises en réserve pour les grandes occasions.

Enfin le château de Rovembourg rnonlra à l'horizon ses avenues de sapins, au-dessus desquelles apparaissaient les toits aigus de ses tourelles. Bardanou iitmettrc la chaise de post(; au pas, alin de mieux jouir de ce cou[) d^ïMl. Nicelte poussait des cris d'admiration à la vue des prairies diaprées de lleurettes ^ le notaire estimait.

DIKE ET FAIRR. 109

à demi-voix, le rapport des champs et des bois, et maître Topfer admirait quelques chevaux qui galopaient dans les pâtura fi^es.

Bardanou seul gardait le silence. A la vue des tourelles de Rovembourg, une nouvelle préoccupation venait de l'assaillir ^ il se demandait si aucun titre n'était attaché au domaine, et s'il ne pourrait point se faire appeler comte ou duc de Rovembourg ! Ce droit lui semblait maintenant le complément nécessaire de sa position-, sans lui, maître Bardanou aurait toujours l'air d'un bourgeois enrichi : la fortune était bonne par elle-même, mais la noblesse semblait indispensable pour la bien porter. Le perruquier en était là de ses réflexions lorsqu'ils arrivèrent à la porte du château. Nicette proposa de descendre ; mais Bardanou tenait à entrer en maître dans sa nouvelle demeure. Il fallut attendre que le concierge, qui élait absent, vînt ouvrir la grille devant la chaise de poste, qui pénétra dans la cour d'honneur au trot des chevaux, avec grand bruit de fouets et de grelots. Bardanou avait appris du gardien que les hommes d'affaires de Francfort ne devaient amver que le surlendemain; mais que la nièce de l'ancien propriétaire, M"^« de Randoux, était au château.

Celle-ci ne tarda pas, en effet, à paraître au haut du perron, où elle reçut le Provençal avec toute la grâce d'une femme du monde et toute la bonhomie d'une bourgeoise. M"^^ de Randoux était une veuve de vingt-cinq ans, plutôt agréable que joUe, mais de manières élégantes et d'une conversation pleine de charme. Elle se montra

également affable pour Bardanou et pour toute sa compagnie, qu'elle fit entrer dans un riche salon décoré à la Louis XIV.

Le perruquier y trouva le baron, qui les avait précédés de quelques heures, et que la jeune veuve lui présenta comme un ancien ami. On servit des rafraîchissements, auxquels Bardanou fit honneur avec l'aisance d'un propriétaire qui use de ce qui lui appartient. M"^*^ de Randoux proposa ensuite de visiter le domaine, et fit atteler son équipage, dans lequel elle monta avec le Provençal, en compagnie de Nicelte et du baron.

Bardanou ne se possédait plus ^ la joie et l'orgueil l'exaltaient jusqu'au délire. Assis sur les coussins moelleux de la calèche, il regardai! avec une pitié méprisante les paysans qui passaient à pied le long des routes; il ne songeait plus à leur rendre leur salut : ces gens n'avaient désormais rien de commun avec lui ; c'étaient des hommes d'une autre espèce, bons seulement a faire travailler.

Il se montra médiocrement satisfait de la propriété, parla d'améliorations, d'emb(;llissements, et finit par déclarer qu'il voulait faire de Rovembourg une vraie résidence princîère. M"'^ de Randoux approuvait avec gaîté, le baron d'un ton plus réservé. 'Bardanou ne douta plus qu'il ne fût jaloux, et se promit de ne point ménager un sentiment aussi bas. En conséquence, il continua à aiîecter dos airs de seigneur, se plaignant des chemins, du mauvais état des clôtures, et de la négligence des gardes forestiijrs.

ÛIHE ET FAlRt. iH

Nicette s'interposait toujoars po:ir excuser; mais Bardanou, qui trouvait que le mécontentement systématique dormait un grand a'u\ l'interrompait en lui imposant silence, et la jeune fille interdite n'osait plus dire mot.

D3 retour au château, ce fut encore pis. L'ancien perruqaier trouvarameubleme.it me .quin, le service insufiisant. Il développa avec une nonchalance aisée les changements qu'il voulait y apporter. Il savait comment on monte une grande maison \ il avait vu autrefois de près celle du prince d3 Groix, dont il était marne un peu parent. Nicette, qui n'avait jamais entendu parler auparavant dj cette parenté ouvrit de grands yeux, mais n'osa rien d^re, car Bardanoa commençait a lui imposer.

Ces entretians occupèrent la soirée. Lorsque le moment d 3 se retirer fat venu, on conduisit le perruquier dans la plus belle chambre du château, où l'attendait un li a estrad3 : les m^rs étaient garnis de portraits de différentes époques repr.'^sentant les anciens seigneurs. Bardanoules salua avec une émotion presque respectueuse, comme il eût fa t pour ses ancHres. Il commençait, en effet, à se croire descendant If^g'time de la maison de Rovemboarg. 11 ne s' end Dirait que fort tard, et se vit, en rove, à la cour du grand-duc de Bade, la poitrine couverte de croix et de cordons.

Loisqu'd se réveilla, le jour était d ''ja avancé. Il allait se lever a la hâte, lorsqu'il se rappela qu'un homme comme il faut ne pouvait s'habiller seul. Il sonna le valet

de chambre qui arriva sur-le-champ, el commença sa toile te selon toutes les régies d'un certain monde.

Bardanou, qui ne voulait point paraître les ignorer, se laissa faire patiemment : seulement, quand on en vint à la coiffure, le souvenir de son art rem[)orta, et, arrachant le peigne aux mains du valet tudesque, il lui donna une leron pratique sur la disposition des faces et l'implantation du toupet.

Enfin, complètement habillé, il descendit au jardin, où il aperçut M"*^ do Randoux, qui revenait déjà d'une promenade matinale dans la prairie. La jeune veuve portait un élégant négligé, et était coiffée d'un chapeau de la Forêt Noire, dont les larges bords flottaient jusque sur ses épaules. Les pieds humides de rosée, et tenant à la main un petit bouquet de fleurs des champs, elle s'avançait le long des charmilles en chantant, à demivoix, une vieille mélodie de la Souabe. La course avait animé son leint, et la gaîté du matin semblait respirer dans tout son être.

Bardanou courut la saluer et lui baisa les mains, comme il avait vu faire au théâtre. La johe veuve accepta son bras sans façon, el lui raconta son excursion à la lisièri* du taiUis. Bien qu'elle eûl presque toujours habité les grandes vill(>s de l'Allemagne, W^^^ de Rand;>ux aimait la campcigne, et spécialement Rovembourg, où elle avait été élevée : aussi ne pouvait-elle se consoler de ce que son oncle, avant de mourir, eût consenti a m(îttre en loleiie une propi'iété qui jusqu'alors

n"étciit point sortie de leur famille. Les deux cent mille

DIRE ET FAIRE. t1,T

(lorins dont celte spéculation avait accru son héritage étaient loin de lui paraître un dédommagement suffisant : elle y eût volontiers ajouté vingt mille florins de sa propre fortune pour rentrer en possession de Rovembourg et de ses dépendances.

Bardanou comprit que c'était une proposition indirecte qu'on lui adressait; mais il avait lui-même pris trop de goût au rôle de châtelain pour vouloir l'échanger contre une somme d'argent.

Il répondit en souriant à M"^« d;^ Kandoux que, bien qu'il eût changé de propriétaire, le château de Rovembourg n'en était pas moins tout entier à sa discrétion, et qu'elle pouvait en disposer aussi hbrement que par le passé.

La veuve fit un signe d'impatience gracieuse.

— Allons, vous refusez de me comprendre, dit-elle en souriant ^ vous voulez que je sois reçue par vous a Rovembourg, tandis que c'est moi qui désirerais vous y recevoir.

— Qu'importe, pourvu que vous y soyez chez vous? lii observer galamment le Proven(.:al.

— Chez moi? reprit gaiement M"^^' de Randoux , vous seriez bien attrapé si je vous prenais au mol.

— Pourquoi cela ?

— Parce qu'une étrangère gêne toujours dans un jeune ménagi'.

El commis Bardanou fit un mouvement.

— Ah ! pardon, ajouta-t-oUe; c'est peut-être encore

un secret^ mais M^i^Nicetlc a>é'é la première à. se trahir.

— Mon Dieu ! interrcmpii le p rruquier embarrassé, ce n'est encore qu'un projet...

— Que rien ne vous empêche maintenant de réahser.

— îl est \Tïai.

— Et que M"6 Nicettè vous rappellerait au besoin, je suppose, car die trouverait difficilement à vous remplacer, monsieur de Bardanou.

Le pei^rnquier s'inclna en rougissant de joie : c'était la première fois que l'en ajoutait à scn Uom cette particule glorieuse. M^^ de Rcud'^ux lui parut en ce moment resplendissante de beduté.

• — Quoi qu'il en soit, reprit-eUe, me voila dépossédée sans espérance de revenir jamais dcins mon cher Rovembourg; et cepeiidcrti Dieu sait ce que j'aurais fait pour celai Si je vous avouais, par exem['le, que j'ai failli acheter ce château au prix de tout mon avenir, que diriez-vous, monsieur de Cardanou?

Le Provençal eut un secmd éblouisscmrntde vanité, et ni: put que ba butier quelques mots entrecoupés.

— Oui, reprit la veuve, comme si elle eût répondu à son interlocuteur, au prix de mon avenir ! Vous avez \u leburondeRobi ch, qui est arrivé ici un peu avant vous?

Bardanou répondit cffîrmativement.

— Eh bien, c'est un ancien ami de notre famille, qui m'a toujours été fort attac'ié, et que mon mr-riape avec M. de Randoux avait m^ me paru contrarier. Depuis n on veuvage, il u/a rendu bcuucoup de services et m'a fuit oiïrir sa main plusieurs fois j mais ma liberté me suu-

riait; je m'effrayais d'une union nouvelle, et j'avais toujours refusé. Enfin, lors de la mise en loterie du château de Rovembourg, il fut témoin de ma peire, et me proposa, en riant, de l'épouser s'il gagnait le château. Je le lui promis, et il prit pour cinquante mille florins de billets. Jusqu'au tirage, j'ai craint qu'il ne gagnât, et aujourd'hui je suis d( solée que Rovembourg soit allé à un autre. Près de quitter ce beau domaine, je trouve que ce n'eût point été l'acheter trop cher par le don de ma main.

Une pensée traversa, comme une flèche, l'esprit de Bardanou. Il regarda M^^e'de Randoux, qui mordillait, en souriant, son bouquet de fleurs sauvages ; elle lui parut charmante. Il pensa en même temps qu'elle possédait une fortune double de la valeur du domaine de Rovembourg, et qu'elle appartenait à la meilleure noblesse du duché.

Toutes ces idées l'assaillirent à la fois et l'étourdirent, La veuve parut prendre le change sur son silence.

— Vous me trouvez bien folle, je parie, dit-elle.

— Nullement, répliqua Bardanou, qui fit un effort pour s'enhardir ; je trouve seulement votre confidence dangereuse.

— Pourquoi cela?

— Parce qu'elle peut donner de singulières tentations au propriétaire actuel de Rovembourg.

— Que voulez-vous dire, monsieur de Bardanou? je ne vous comprends pas, dit M«^e d^ Randoux avec un embarras qui protestait contre cette affirmation.

— • Je veux dire, reprit le perruquier enhardi, quo la

convention faite à tout hasard avec le baron pourrait l'être plus sûrement avec celui qui a gagné le château.

— Avec vous ?

— Puisque Rovembourg a tant de charmes pour madame de Randoux, elle se résignerait peut-être, pour y rester, à agréer la recherche du nouveau propriétaire.

— Allons, c'est une plaisanterie, dit la veuve en riant

avec contramte.

— Une plaisanterie si ma proposition offense madame de Randoux, reprit vivement le Provençal; une chose sérieuse si elle l'accueille sans colère.

— Mais vous n'y songez pas, monsieur de Bardanou! N'avez-vous point des engagements antérieurs avec M^'e Nicette?

— Aucun, madame. Tout s'est borné à de vagues projets.

— Cependant, si cette enfanta conçu des espérances. . .

— La raison l'y fera renoncer; Nicette doit comprendre qu'une nouvelle position impose de nouvelles obligations envers les autres et envers soi-même.

— Je crains qu'elle n'ait point, pour cela, assez de philosophie, objecta la veuve ironiquement.

— Je me charge de touti s'écria le Provençal. Voici le baron; ne lui dites rien : dans une heure, j'aurai parlé à Nicette, et tout sera arrangé.

Il rentra en effet au château pour chercher la filieule du maître de poste. La conversation qu'il venait d'avoir avec M"^« de Randoux lui avait porté le dernier coup ; il voyait, en un instant, sa fortune triplée, sa position éta-

DIRE ET FAIRE. Il7

blie : c'était un second bilioi gagné ii la loterie! Une pouvait laisser échapper sans folie nno pareille occasion.

En réalité, d'ailleurs, aucun lien n'existait entre lai et Nicette. Il n'avait fait ni exigé aucuni'- promesse. Obligés d'ajourner leur union, tous deux s'en étaient tenus à une de ces conventions tacites qui ne nous engagent qu'envers notre propre cœur : aussi ne se crut-il tenu a aucune justilicalion. Mettant en oubli tout le passé, il parla à Nicette comme à une protégée dont on veut assurer le bonheur^ il ne voulait pas être seul à profiter de l'heureux hasard qui l'avait enrichi ^ il était décidé à la doter généreusement, et à assurer l'avenir de celui qu'elle choisirait.

La jeune fille écouta d'abord sans comprendre ; mais à mesurtî que Bardanou parlait, la lumière lui venait, ef avec elle, une douleur d'autant plus cruelle, qu'elle était inattendue. Cependant elle lie dit rien. Pâle, les lèvres tremblantes, et retenant avec peine ses larmes, elle écouta jusqu'au bout les promesses du Provençal, et. quand il eut fini, elle se leva presque calme, et fit un pas vers la porte.

— Où allez-vous, Nicette? demanda Bardanou troublé de ce silence,

— Je vais repartir avec mon parrain, dit-elle simplement.

— Pourquoi maintenant? qui vous presse? reprit le perruquier.

Nicette ne répondit pas et sortit.

Bardanou senlit son cœur se serrer. Quel que fût son

lis sous LA TONNELLE.

aveuglement volontaire, de sourds reproches sV'lcvaient en lui; son émotion protestait cnn're ses risonnemmls. Il se leva, fit plusieurs tours dans le salon, cherchant en vain à reprendre son calme. 11 était trisle et mécontent. Il se rappela heurr^usement qu'il était a jeun, et sonna; mais le valet de chambre qui se présenta lui apprit que tout le monde avait déjeuné.

Eardùnou. qui ne cherchait qu'un prétext? pour décharger sa miauvaise humeur, se plaignit de n'avoir point ^té averti : le mAcX répondit que M. le baron ne lui avait point donné ordre de le faire.

Ce mot fut pour notre Provençal le signal d'une explosion.

— Le baron! s'écria- t-il -, et depuis quand, drôle ! avez- vous besoin, pour me servir, des ordres du baron? Qui est maître ici, de lui ou de moi? A qui appartient Rovembourg ?

— Je n'en sais encore rien, répondit brusquement le valet.

— Ah ! tu n'en sais rien ! répéta Bardanou exaspéré ; eh bien, je te l'apprenJrai, maraud ! sors d'ici, sors surle-champ, et ne t'avise jamais de reparaître devant moi.

Le valet allait répliquer-, mais le baron, qui venait d'entrer, lui lit un signe, et il se relira.

— Vous traite', bien rudement ce pauvre diable, monsi.urBardanou, dit-il en refermant la porte de rie relui.

— J" le t'oi'e co'^mo il me con'ieiU. monsieur de Rob.ich, répon.lit îePro.ençJ avec hauteur, ctj'oi lieu de m'étonner que d autres que moi donnent ici les ordres.

— D'abord, je vous ferai ob erver, reprit poliment le bar n, que, comme exécuteur testamentaire de l'ancien propriétaire de Rovr-mbourg, j'étais chargé de l'administration du château jusqu'à l'arrivée du nouveau possesseur.

— Et moi, reprit le perruquier, je vous ferai observer que ce nouveau possesseur est ici.

— Et vous en concluez ? '

— J'en conclus que chacun doit être maître chez soi. Le baron s'inclma.

— Incontestablement, dit-il ^ reste à savoir chez qui nous sommes.

— Chez qui? f épéta Bardanou étonné ; parbleu ! M. de Robach ne doit point l'ignorer, puisque c'est lui qui m'a fait connaître le numéro gagnant.

— Je me le rappelle parfaitement.

— Et vous n'avez point sans doute oublié non plus que ce numéro est 66, et que le voici, monsieur le baron?

Celui-ci se pencha pour regarder le billet présenté par le perruquier.

— Pardon, dit- il ^ mais je crois que M. Bardanou fait erreur.

— Comment?

— 11 n'a pas pris garde que, sur son billet, le point précède les chiffres au lieu de les suivre.

— Eh bien, qu'est-ce que cela prouve?

— Cela prouve que M. Bardanou a lu son numéro en le renversant, et que ce numéro est 99.

99! répéta le peiruquier éperdu; que dites-vous? mais alors, 66?

— Le voici, dit le baron on montrant un numéro.

— Quoi! c'est vous qui l'avez?

— Et l'authenticité de mon billet a été reconnue par l'administration de Francfort elle-même -, toutes les formalités sont remplies : voici l'acte qui m'envoie en possession du domaine de Rovembourg.

Il tendait au Provençal un papier tacheté de timbres, de paraphes et de visas de toutes couleurs. Bardanou voulut le parcourir; mais un nuage couvrait sa vue, tout son corps tremblait ; il fut obligé de s'asseoir.

La chute était aussi subite que l'élévation, et il sentit que ses forces l'abandonnaient. Cependant, le premiei* étourdissement passé, il se redressa : à l'abattement succédaient le doute et la colère. Il regarda le baron en face.

— Alors, vous m'avez trompé à Oberhausberg? s'écria-t-il.

— Dites que je vous ai laissé votre erreur, répliqua M. de Robach.

\ — C'est une trahison et une cruauté, interrompit Bardanou .

— \on, dit le baron avec tranquillité, mais un châtiment et une leçon. Assis sur le balcon de l'auberge, derrière le rideau qui me cachait, je vous avais enlendn méjuger sans nie connaître, accuser les riches de vanité, de tyrannie, d'ingratitude et de cupidité, en vous vantant dV'chapperà tous ces défauts si la fortune vous

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favorisait à votre tour. Un iiasard vous a fait croire qiio cette supposition s'accomplissait-, j'ai voulu voir si vos principes auraient le pouvoir que vous leur supposiez, et je vous ai laissé votre illusion.

— Ainsi, c'était une illusion? répéta avec accablement Barnadou, qui ne pouvait détacher ses yeux de son billet retourné.

— Oui, dit M. de Robacli plus sérieusement; mais ce qui n'en est pas une, maître Barnadou, c'est votre conduite à partir du moment où vous vous êtes cru propriétaire de Rovembourg. Depuis hier, dites-moi, lequel de nous s'est montré le plus orgueilleux? Qui a été le plus dur envers les serviteurs? Est-ce vous ou moi dont la cupidité s'est éveillée par la position de \l"^^' de Randoux?Etpar qui Nicette vient-elle d'être repoussée avec ingratitude?

Le perruquier, accablé, baissa la tête.

— Vous le voyez, reprit le baron après une pause : il faut être plus indulgent pour les autres et moms confiant en soi. Tous les hommes ont le germe des mêmes faiblesses ; les positions différentes peuvent les développer diversement. Pardonnez au riche de s'oublier, de s'endurcir, d'être aveugle, et il vous pardonnera votre <.vgreur, votre malveillance, votre envie. Le moyen d'améliorer les classes n'est point de les opposer l'un^^ à l'autre, mais de b^s éclairer, chacune selon ses besoi:i:t

— Et c'est pour donner cet enseignement que M. lu baron m'a exjiosé à un pareil retour de fortune? dit I?ardanou amèrement ; j'ai été pour lui un sujet à observer ;

il a voulu faire une expérience sur la chair vivante, sans s'inquictor des suites que peut avoir un tel essai î

— Pardonnez-moi, maître Bardanou, répondit M. de Robach ; M^^ de Randoux, qui était de moitié dans tout ceci, a déjà réparé le tort que vous avez pu vous faire à vous-même ; et la preuve, c'est qu'elle vous ramène Nicette.

La filleule du maître de poste entra en effet avec la veuve. Celle-ci l'avait facilement consolée en lui persuadant que la rupture de Barnadou n'était qu'une épreuve, que le domaine de Rovembourg ne lui appartenait point, et qu'il l'aimait plus que jamais. Nicette crut tout ce qu'on voulut lui faire croire, et le Provençal, honteux de sa conduite, l'accueillit ^vec une tendresse si humble qu'elle en fut touchée jusqu'aux larmes.

Pendant ce raccommodement, le baron parlait à maître Topfer, et le faisait consentir au mariage du perruquier avec Nicette, à laquelle il voulut donner une dot de six mille florins.

Les deux fiancés repartirent le soir même pour OberhaUsberg, où le mariage fut célébré un mois après. La leçon profita à Bardanou, sans le guérir toutefois complètement de ses inclinations critiques. Souvent encore il se laissait aller à de violentes sorties contre les riches et les puissants; mais alors la jeune femme amenait, sans aff( dation, dans ^entretien, le nom de Rovembourg, et le Provençal retournait à ses pratiques.

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