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SEPTIÈME RÉGIT

Ceux qui n'ont point assisté aux grandes batailles de l'Empire, et qui ne les connaissant que par de brillantes descriptions, no soupçonnent point ce qu'étaient ces lu(t3s désespérées, où des masses armées, lancées lune contre l'autre, tourbillonnaient un jour entier dans une atmosphère de flamme et de mitraille, frappes seulement de la vicloit^e. ils ignorent les incertitudes, les angoisses et les retours inattendus de ces terribles jour-

nées. En suivant dans les lécils des historiens la stratégie savante des généraux, ils peuvent croire que tout se passait comme à la parade, et qu'il s'agissait d'une partie d'échecs mathématiquement poursuivie par des joueurs ayant pour pions des soldats. Il faut avoir pris part à ces mêlées pour en soupçonner le sanglant chaos. Les plans de bataille, si faciles à suivre dans l'histoire, ne se comprenaient plus aussi clairement sur le terrain. Enveloppés dans des nuages de poussière ou de fumée, ne sachant rien de ce qui se passait autour de vous et distinguant à peine les corps amis des corps ennemis, vous combattiez, vous mouriez sans savoir à qui restait l'avantage. Chacun faisait son devoir en aveugle et ne connaissait souvent la victoire que par l'ordre du jour.

11 en fut surtout ainsi, pour certains régiments, à léna et à Auërstadt. Les Prussiens, qui offraient un front de bataille de six lieues, furent attaqués sur tous les points presque en même temps, et il en résulta une série de combats partiels qui liaient, pour ainsi dire, les deux batailles, l'une livrée par Napoléon, l'autre^ par le maréchal Davoust.

Notre cohipagnie, lancée dans un de ces intervalles, avait réussi, après une lutte de plusieurs heures, à débusquer les ennemis d'un village qu'ils n'abandonnèrent qu'après l'avoir incendié. .le poursuivais les derniers tirailleurs qui se retiraient vers l'aile commandée par le prince de Ilohenlohe, lorsqu'en voulant escalader une clôture je fus atteint d'un rnuj) de feu qui me renversa et me fit perdre connaissanc<' pr<^squo instantanément

Lorsque je repris mes sens, je me trouvai seul au pied du petit mur que j'avais voulu franchir. Les restes des maisons brûlaient encore, quelques cadavres étaient dispersés çà et là, et l'on entendait au loin les grondements du canon et les pétillements de la mousqueterie.

Je me soulevai avec peine et je me traînai sur mes genoux, espérant découvrir quelque poste voisin où je trouverais du secours ^ mais tout était silencieux : évidemment la bataille s'était concentrée aux deux extrémités de la ligne ennemie, et j'étais abandonné.

Cette certitude, jointe au sang que j'avais perdu, abattit mon courage; je me vis condamné à périr misérablement au milieu de ce hameau en ruines. Cependant je fis un dernier effort pour gagner une maisonnette isolée, la seule qui eût échappé à la destruction. Les habitants l'avaient sans doute abandonnée avant l'approche des deux armées ennemies, car elle était complément vide. Les soldats prussiens qui y bivouaquaient la nuit précédente en avaient brisé les meubles, qui avaient servi à faire du feu. Je ne trouvai que les quatre murs et d'informes débris.

De toutes les souffrances que j'éprouvais, la soif était la plus intolérable. En traversant la cour, j'avais aperçu un puits -, mais il était profond, je n'avais aucun moyen d'y puiser, (t, nouveau Tantale, je m'étais en vain penché vers cette eau que mes lèvres ne pouvaient atteindre. J'étais à bout de forces et de courage. Ma jambe, raidie par la douleur de la blessure, ne me permettait plus de faire un pas; tout commençait à flotter

devant mes yeux, le froid m'avait saisi, et la nuit arrivait. Je gagnai un coin de la pi'jce du rez-de-chaussée où je m? laissai tombv^r en gémissant. Une sorte d'engourdissemcntenlrecoupé d'atroces douleurs avait passé du corps à l'âme, et, en lui laissant l'entière perception delà souffrance, lui ôtaitla faculté de vouloir et d'agir. J'avais, pour ainsi dire, accepté ma misérable situation^ j'y demeurais enseveli.

Un temps assez considérable s'écoula ainsi. Je pensais que tout était fini pour moi, lorsque des pas retentirent à la porte de la cabane. Je soulevai la tète avec effort et je voulus jeter un cri d'appel ; mais la voix s'éteignit entre mes dents convulsivement serrées. J'aperçus seulement, aux dernières lueurs du soir, un trompette de notre régiment qui venait d'entrer et semblait lui-même chercher un abri. Il franchit le seuil avec précaution, regarda au fond de la pièce et m'aperçut.

Un camarade! s'écria-' il en s'approchant.

Et comme il vit que j'étais blessé :

— Ôh ! oh! nous avons fait de mauvaises rencontres, ajouta t-il^ quelque balle avec laquelle on aura voulu causer de trop près. Mais comment diable êtes-vous seul ici, loin des ambulances?

Je tâchai de lui expliquer ce qui m'était arrivé.

— Compris, compris, reprit-il; la compap^nie a suivi sa pointe sans regarder ce qu'clleldiss:it derrière elle. C'est comme la mienne, qui tiraillait sur l'aile gauche et qu'un régiment de cavalerie a si bien balayée que je n'en ai même pu retrouver les morceaux.

LÉ TROMPETTE. lît

— OÙ en est la bataille t'

— Je n'en sais rien. Quand je me suis vu seul et que la nuit approchait, j'ai peiisé à mé choisir une chambre à CDUchèr jusqu'à cl main ; seulement il nie semble que j'aurais pu mieux tomber. Il n*y a pas luxe d'ameublement dons la cassine : le plancher pour couetle de plume avec la muraille pour traversin! Vous devez trouver le lit ùh peu militaire.

Je répondis, en balbutiant, que peu importait pour mourir.

— Fi donc ! ihtfîfrompit h trompette qui s'approcha^ mourir à cause d'une quille endommagée I... Je parie que vous avez soif!

— Je brûle!

— Attendez-moi la; je viens de voir un puits.

11 fit un mouvement vers le seuil-, je lui criai que le seau é ait brisé et la corde disparue.

— N'importe, dit-il, on tâchera de les remplacer. Faut pas qu'il soit dit qu'un français s'est laissé mourir de la pépie là où il y avait de quoi boire.

Il sortit, et je me retournai vers la muraille, bien certain que ses tentatives seraient inutiles. La longueur de son absence finit même par me faire croire qu'il était leparti^ enfin il reparut ten.\nt à deux mains soh shuiko transformé en seau et aux jugulaires duquel pendait une longue hart d'osier en guise de corde.

— Victoire! s'écria-t-il, nous avons du liquide! C^a été long, vu que les marchands de Teudroit sor.t le. mes pour cause de démolition ^ il a LUu tout fabriquer soi-

même, mais enfin je suis arrivé. Prenez et buvez à discrétion ; la boutique de rafraîchissemenis est à la porte; nous nous disp( userons seulement de trinquer.

Il me présentait le shako, et je bus avidement. Il m'apprit alors que le canon avait cessé de se faire entendre. La bataille était finie, et, selon toute apparence, à notre avantage ; car la ligne occupée la veille par les bivouacs prussiens était abandonnée. Il s'agissait donc seulement d'attendre jusqu'au lendemain des secours qui ne pouvaient manquer.

En me donnant ces détails encourageants, le trompette cherchait autour de lui les moyens de rendre notre attente moins pénible. Le vent du soir, qui s'engouiTrait à travers la porte et la fenêtre brisées, me glaçait : il ressortit un instant, et reparut avec plusieurs vieux paiJIis de couches qu'il fixa aux ouvertures de manière à nous défendre contre le froid de la nuit. 11 découvrit ensuite ma blessure, qu'il examina d'un air capable et qu'il déclara très-bonne, comme aurait pu faire le major. Il la lava avec soin, et l'enveloppa de nos deux mouchoirs à défaut de bandages, .le le laissai tout fr^ire sans résistance, mais sans remerciements; j'étais tellement abattu par le mal que j'avais perdu l'instinct de !a conser^ ation. Couché à terre, dans mon coin obscur, j'attendais la fin de ma souffrance avec plus de désir que de crainte. Le trompette, qui était resté un instant penché sur moi, se redressa en secouant la tête.

— Le camarade ne remord guf?re à la vie, murmurat-il, et cependant le coffro n'a rien; un peu de plomb

Le trompette. 129

seulement dans le moule de la guêtre. C'est son mauvais lit qui lui a rabattu le moral...; est-ce qu'on ne pourrait donc pas le coucher plus décemment?

Il lit le tour de la chambre, monta à l'étage supérieur, puis redescendit sans avoir rien trolt^'é.

Quant à moi, plongé dans une demi-somnolouce. je suivais ses mouvements comme à travers un brouillard. Par instants, je perdais jusqu'au sentiment de sa présence, puis je l'apercevais de nouveau, sans bien comprendre ce qu'il faisait. Il me sembla pourtant qu'après avoir examiné une cloison qui divisait le rez-de-chaussée en deux pièces, il travaillait à la démolir. Je vis d'abord tomber sous son sabre la légère charpente de sapjn, puis se détacher les larges pans de serpillière... Ici il y eut une interruption dans cette vague lucidité. Quand je repris la connaissance de ce qui m'entourait, le trompette revenait du dehors, et la serpillière avait été transformée par lui en une paillasse qu'il achevait de reiriphr de mousse et de feuilles. Je le vis l'étendre le long du mur-, il vint à moi, m'aida à me soulever, et, peu après, je me sentis coucher sur ce ht improvisé.

Le bien-être que j'éprouvai amortit un instant les aiguillons de la douleur et je m'endormis.

Je ne fus réveillé que par une sensation de douce chaleur qui dissipait mon engourdissement. Un !éu né tillant brillait dans le foyer, où le trompette achevait d'entasser les fragments de la c'oison.

Je me redressai avec une exclamation de surprise et de plaisir.

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— Ah ! ah I ça ypus ressuscita, dit-il gaiement; vou? voyez qu'il y a toujours moyen d'améliorer son bivouac, le tout est de ne pas pei dre son teqips k contempler J^ç boutons de ses guêtres <

— Vous êtes un magicien ! nVécriai-je.

— Un peu, mon vieux, répliqua-t-il, en se fabri(^uant uu siv^ge avec un débris de la charpente détruite -, c'est de la magie l^lanchc : on a pour biguette quatre doigt» et le pouce. Mais vous croyez peut-être que j'ai allurp^ ce feu là uniquement pour nous dégom dir les ^oinlure^, que c'est un feu de salon? Erreur, mon cœur ! c'est un feu de cuisine, et avant tout destiné a la pgt bouillç.

— On avait donc distribué des rations a votre compagnie? demandai-je.

— Des rations de cartouches, répondit le trompette; mais ça ne se mange jamais seul, nous en avons fait paît aax Prussiens.

— Où espérez- vous alors trouver des vivres?

— Où? mais ici, parbleu! N'est-ce pas aux v^mcus de nourrir les vainqueurs?

Et comprenant mon geste de doute.

— :- Ah ! vous n'avez pas de confiance drns leur ggrdemang. r, con'inua-t-il. l^e fait e.>t que le local est un peu dégarni ; mais le vrai Français ne désespère jamais de rien. Pourvu que son général lui distribic son ordinaire de gloire, c'esl à lai de se procurer 1ère te pour mangcîr avec. Tout à l'heure, en ramassant dans le jardin des feuilles sèches a celle lin de vous composer un édrcdon. j'ai aperçu dans un coin de petits monticules, et je me

suis dit : — Si ce n'est pas une représentation en relief de la chaîne des Alpes, ça doit être quelque chose comme des pommes de terre ou auîres minéraux. Sur quoi, j'ai creusé avec mon briquet, et j'ai amené à la c'arté du jour une vingtaine de ces vertueux tubercules. Le tout mitonne là sous les cendres et doit être déjà cuit. Nous aLcns, en conséquence, procéder au fesûn. — Ohé ! maître d'hôtel, vite, le Bénédicilé, et servez chaud.

Tout en répétant cette palabre soldatesque du ton des loustics de chambrée, le trompette retirait Tune après l'autre de dessous la braise les pommes de terre fumantes et les rangeait symétriqu. ment sur Tâtre.

Je n'avais rien mangé depuis le matin ^ leur odeur savoureuse réveilla ma faim suspendue parles douleurs de la blessure. Je fis un effort pour me remettre sur mon séant, et j'allais partager le souper improvisé du trompette, quand je le vis tout à coup dresser la tête et prêter l'oreille.

— Qu'y a-t-il? demandai-je.

Il m'imposa silence du geste, se leva vivement, courut à son fusil qu'il avait posé contre le mur, et s'avança avec précaution vers la porte.

Dans ce moment je distinguai à mon tour, au dehors, un bruit de pas. Us se faisaient entendre, puis se taisaient, comme si la personne se fût approchée avec défiance. Enfin pourtant ils s'arrêtèrent près du seuil. Il y eut une pause, puis une main souleva lentement le paillis qui fermait l'entrée^ un homme portant le ces-

tume du pays parut à la porte, regarda à l'intérieur et fit un pas en avant.

Le fusil du trompette appuyé sur sa poitrine l'arrêta court ; il recula avec un cri.

— Pas un mouvement, ou tu es mort ! interrompit le soldat.

L'Allemand joignit les mains et bégaya une prière épouvantée.

— Ne tirez pas ! criai-je à mon compagnon ; il demande grâce.

— J'entends bien, répliqua le trompette^ mais il faut savoir ce qui Tamène ici.

— Laissez-le approcher, je lui parlerai.

— Ah ! vous savez l'allemand ! bravo ! Alors nous allons le faire jaser. Allons, remets-toi, mein herr, voici un particulier qui parle ta langue de sauvage. Demandez-Fui qui il est, d'où il vient, ce qu'il veat, et s'il peut nous procurer du beurre pour nos pommes de terre.

En parlant ainsi, il avait forcé l'Allemand à s'avancer vers moi.

Lorsque celui-ci s'aperçut que j'étais blessé, il affecta beaucoup de compassion, et me demanda coup sur coup où j'avais été atteint, si je soulïrais, pourquoi je n'avais pas rejoint le camp des Français. Cette dernière question m'amena à savoir que les Prussiens étaient en retraite sur toute la ligne. Le trompette, à qui je fis part de C(:fle bonne nouvelle, cria vive i' FAiipereur l et présenta les armes. L'Allemand 'm'avoua, de plus, qu'il avait quitté le hameau incendié le matin même, et que

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la seule maison épargnée, dans laquelle nous nous trouvions, était la sienne. Quant à la cause qui avait pu l'y ramener au milieu de tant de dangers et à une pareille heure, il parut embarrassé de l'indiquer et s'embrouilla dans des explications confuses.

Cependant mon compagnon parut se contenter àvs raisons données, et invita l'Allemand, avec une sorte de cordialité soldatesque, à s'approcher du foyer.

— Nous avons un peu dégradé la baraque, ajoutat-il ^ mais c'est ta faute : il fallait laisser la clef du bûcher.

L'Allemand s'excusa en disant que tout avait été consommé ou détruit par les Prussiens qui occupaient le village. A peine avait-il pu transporter quelques meu blés et quelques effets échappés au pillage chez un parent qui habitait plus loin et qui avait consenti à recevoir sa famille.

— Oui, oui, dit le trompette, on connaît çà, mein herr. Du temps de la République, les Autrichiens sont aussi venus en France ; on s'est battu dans notre village, et m'a mère m'a souvent raconté tout ce que les pauvres gens avaient eu à souffrir. La guerre, c'est bon pour le soldat ; s'il reçoit dos coups, il les rend ^ mais le pékin est toujours battu, et encore il faut qu'il paye ramendc. Asseyez- vous là, mon vieux, et, si le cœur vous en dit, iiiangtv., buvez, votre couvert est mis ; vous pouvez faire comme chez vous.

La jovialité sans façon du soldat rassura l'Allemand plus que ne l'auraient fait toutes les protestations • il

i^i sous LA TOrSNELLK.

s'assit sur l'âtre, et, après quelques instants d'entretien, il s'écna :

— Par mon salut, messieurs les Français, vpus êtes de braves gens î

— Et des geny braves, je m'en flatte, ajouta iï\nn compagnon, qui souLiait sur une pomme de terre trop chaude.

— Tout ruiné que je suis, je veux voustraitLT comité meshjtes, reprit le villageois; attendez-moi a.

— Nous attendons, mein herr.

Il traversa la pièce où nous nous trouvions, entra dans un appentis qui lui faisait suite et y resta quelque temps. Le trompette chanlonn^it sans paraître s'occuper de ca quil pouvait y faire-, enfin, après unq assez longue absence, rAUemand reparut avec une petite boutei'le d'eau-de-ViC.

— C'est la dernière, d't-il; je l'avais cach'e aux hussards prussiens ; mais ie ne trouverai pas, pour la boire, une meil'eure occasion.

— A la boane heure! s'écria joyeusement le trompette. Alors, a la s^nté de l'empereur Napoléon I Xu n'es pas obligé de la porter, mcin herr ; chacun doit fêter son saint, comme on dit \ mais nous qui sommes de la (jrande nation^ nous avons droit de boire slm petit Caporal.

Il avait embouch; la bouteille, à laquelle il fit une longue aspirât. on, et qu'il me passa ensuite. Je bus une gorgée, puis ce fut le tour de l'Allemand.

L'effet de la brùlanle liciueur ne se fit pomt attendre.

Notre sang engourdi coîiimeiigci à circuler plus rapidement, et le frugal souper s'acheva comme un fe^t^n.

Quand la pe'Jte bouteille fut vide, le villageois se leva et parla de repartir. 11 était pressé d'annoncer à sa femme et à ses enfants que leur maison avait échappé à l'incendie général. Je l'engageai à se mettre en route sans retard, et le trompette se joignit à moi. L'Allemand nous souhaita toute espèce de prospérités, gagna la porte et disparut.

Quand le bruit de ses pas se fut perdu dans le lointain, le trompette, qui bourrait sa pipe prî's du foyer, regarda vers la porte et lit un mouvement d'épauks.

— Pauvre meiii herrî dit -il en riant ^ il a cru me mettre dedans.

— Comment cela ? demandai-je étonné.

— Parbleu! pensez-vous que je me sois laissé entortiller dans ses explications? Il savait depuis ce matin que sa case n'avait pas été brûlée, ainsi il ne venait point pour s'en assurer.

— Mais quelle intention, alors, lui supposez-vous?

— L'intention, parbleu! elle est claire comme de l'eau de roche. Quand les Prussiens sont arrivés, le mein herr avait caché ici son magot dans quelque coin.

— Quoi, vous supposez?...

— J'en suis sûr, vu que lorsqu'il est ressorti de l'appentis avec la bouteille, les poches de sa veste avaient gagné une enflure. J'ai «/as fait semblant : il aurait pu croire qu'on voulait trinquer pour le trésor comme pour l'eau-de-vie j mais heureusement que je ne mange pas

130 sors LA TONNELLE.

(ie ce pain-là. Nous sommes des soldais til non des détrousseurs de bourgeois. Si je retourne jamais au village, je pourrai y rentrer en disant comme cet autre : Rien clans les mains, rien dans les poches. Tout ce que je demande, c'est d'avoir la chance de porter sur la poitrine un petit ruban.

— Ah ! vous le méritez ^ m'écriai-je en lui tendant la main. Lorsque vous êtes entré ici, vous m'avez prouvé ce qu'étaient l'humanité et l'industrie du soldat français : je saurai maintenant ce qu'est son honneur.

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