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LA LETTRE DE RECOMMANDATION

Une neige épaisse couvrait la terre, le vent sifflait fortement à travers les arbres dépouillés, et, bien qu'on se trouvât au milieu du jour, la campagne était déserte.

Un seul piéton suivait la grande route qui conduit de Valognes à Briquebec. C'était un paysan jeune encore, robuste, et dont la physionomie ouverte plaisait dès le premier abord. Son costume endimanché prouvait suffl-

samment qu'il n'était point sorti pour le travail, mais pour quelque visite a faire dans le voisinage.

Antoine Méry se rendait, en effet, au château de M. de Rabou, dont la ferme alloit se trouver vacante et qu'il désirait avo'.r à bail. Mais les concurrents étaient nombreux, et le jeune paysan n'eût point espéré réussir, sans les encouragements de maître Rovère, notaire de Valognes, qui lui avait donné une lettre pour le propriétaire.

A part cette recommanlaticn, Antoine méritait du reste que sa demande fût prise en sérieuse considération ; car si le capital dont il pouvait disposer était faible, il y suppléait par le zèle, Tintell gence et la piobité.

11 apercevait dgà de loin les toitvires du château de Rabou, lorsque des aboiements plaint-fs frapp^i*ç-nt son oreille. Ils venaient d'une ca^ri^re abandonnée, ouverte à la droite du chemin. Antoine s'approcha, et distingua, au fond, un petit chien noir a demi enfoui dans la neige.

En l'apcrcevrnt, le pauvre animal se redressa sur ses pattes de derrière et redoubla ses gémissements d'ap* pel. Méry était doué de cette sympathie instinctive qui nous porte à soulafier tout ce qui souffre. 11 crut d'ailleurs reconnaître le chien pour celui d'une pauvre femme, sa -. oisine, à qui cette perte devait paraître d'autant phis sersible que c'éta t sa seule compa:^ne. Afin de s'en assurer, il appela Irisque!;; l'aiiim i' remua la queue en redoablant ses aboiements. Anloine, ne pou-

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