L'ASSAUT
On nous a dit : « Encore un quart d'heure ! » Mon Dieu^ Comme ma chair défaille, et je jette en déroute Mon esprit vers la lointaine, la bonne route Du passé. O ma mère, ô ma sœur, vous, le peu
De mes amis, voyez mon angoisse et là lutte Que je livre en moi-même et qui ne paraît point Au soldat d'à côté, mon juge et mon témoin. J'ai la soif que Jésus connut à la minute
De mourir : « Eloignez de mon humanité. De mes yeux, de mes bras agrippés à la terre, €ette mort effrayante et pourtant volontaire. Et qu'il faut que j'impose à mon corps révolté. »
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Aurais-je peur! Qui? Moi?... Mais vers l'été qui brûle. Vers les fleurs, et la mer tranquille, et le ciel bleu, Vers TAmour que portait sur ses lèvres de feu La vierge défaillante en un doux crépuscule.
Vers la vie et la paix mon être tend encor.
Il ne faut pas. Je dois me battre. Allons, cœur lâche I
Et me voilà debout pour la tragique tâche.
Quelle pâleur au front et quel ardent effort !
Voici l'heure ! » Est-ce vrai ? L'attaque ! ô pleurs ! ô joie
Silencieuse. Extase en moi... C'est donc fini
De l'attente fébrile et perverse, parmi
La pluie en lourds obus qui déchiquette ou broie ?
Voici l'heure. « En avant, les gars ! » C'est tout. D'un saut Hors la tranchée, on va. Nulle musique en tête. Ni fleurs, ni chants, ni cris. Vers la première crête. On va, sous l'effrayant silence de l'assaut.
EENONCEMENT