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L'ÉCOLE DES ÉLÈVES GRADÉS DE LA GARDE

L'école des élèves gradés se forma le samedi 10 octobre 1896. Dans la cour de la caserne, le capitaine qui la commande donne ses instructions à son personnel : deux lieutenants, un sous-lieutenant (moi), un sergent major faisant fonctions d'adjudant et plusieurs vieux sergents chevronnés. Chacun a son programme ; les deux plus importants, l'exercice avec le tir et le service en campagne, sont confiés aux lieutenants. On me réserve l'inspection de la gymnastifiue, les fonctions d'instructeur adjoint au service

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en campagne et le coups d'artillerie à l'école des sergents. Celle-ci compte quatre élèves, celle des élèves caporaux dix-huit, celle des élèves sous-caporaux quatorze. Pour les élèves, la vie est assez dure ; mais moins monotone que pour les simples soldats. Ces derniers passent, en effet, la plus grande partie de l'hiver au corps de garde du palais.

Le service dure, le matin, de sept heures trente à midi ; l'après-midi, de deux heures à six heures quinze minutes : je ne mentionne que les exercices et les cours ; en outre, il faut compter pour les élèves le temps réservé aux préparations des cours, aux astiquages, aux corvées, etc.

Pour la plupart des exercices pratiques tels que tir, gymnastique, exercice et service en campagne, les trois écoles sont réunies ; mais elles restent, en général, séparées pour les théories. La gymnasti(iue a lieu trois fois par semaine le malin.

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Il gèle et il fait tout noir quand je me rends à la caserne ; les becs de gaz sont encore allumés. Le moniteur de gymnastique est un des meilleurs sous-officiers de la garde. Il sait faire marcher son monde; il faut apprendre aux élèves à instruire à leur tour les recrues et à leur expliquer les mouvements. Dans ce but, le gros manuel de gj'mnastique avec ses nombreuses figures est une aide puissante mais redoutée des élèves.

Le cours d'artillerie aux sergents m'intéresse. Il faut leur faire connaître dans les moindres détails le fusil modèle 1889, le Remington, la carabine, le revolver et tout le matériel de l'artillerie de campagne et de forteresse avec quelques notions de balistique. 11 faut leur donner des notes qui serviront à leur classement.

Le service en campagne est fait par un lieutenant qui a passé par les turcos en

Afrique ; il connaît son affaire et m'a beaucoup appris ; car cette instruction demande à être très soignée. Trois fois par semaine, toute la matinée se passe à la campagne. Il neige, il gèle, il fait un froid glacial. Les hommes ont des gants ; mais l'onglée est la plus forte. La vedette placée dans la neige ne rit pas, avec son bonnet de police sur l'oreille cachant la moitié de la tête et l'autre blanchie par les gros flocons qui fondent sur les cheveux. Généralement, après les premières séances, l'école réunie est divisée en deux partis. L'un figure l'ennemi et va le plus loin ; je l'accompagne toujours ; n'est-ce pas le rôle du plus jeune ?

L'après-midi se passe à faire l'exercice en décomposant les mouvements, soit en théories diverses et cours dans les salles d'études, cours de danois, de forlification, etc. Lv^ temps s'écoule tout de même agréablement

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à cette école. Je profite de mes loisirs pour me livrer à l'étude de la langue russe. Pendant six mois, je pris quatre leçons par semaine avec un lieutenant-colonel danois, possédant parfaitement la langue et qui a même traduit Tolstoï. Quelle langue difficile ! Je commençais à faire de tout petits thèmes, lorsque ma préparation à l'école d'état-major me força à renoncer pour un temps au russe.

L'hiver se passa très tranquillement à Copenhague. En décembre, je portais sur mes pattes d'épaulettes les deux boutons de premier lieutenant et en faisais le service. Le prince Charles de Danemark fit son entrée à Copenhague avec la ravissante princesse Maud, la troisième fille de la princesse de Galles. Copenhague fut alors en fête et illuminé ; ces fêtes se prolongèrent par celles de Noël et du jour de l'an.

Nous commençâmes à Amager le tir à

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la cible ; mais le tir souffrit parfois du mauvais temps et du vent formidable de la saison. Outre notre service, tous les officiers disponibles devaient assister aux conférences du médecin major, qui avaient lieu à trois heures et coupaient ainsi la journée en deux pour les officiers libres. Nous aimions beaucoup le médecin-major, mais moins ses conférences, auxquelles assistaient aussi tous les sous-officiers disponibles.

Le major nous apprit à faire les premiers pansements, les bandages et nous donna des conseils d'hygiène fort utiles aux jeunes officiers fringants.

Le 24 février, grand bal chez le prince royal. Tous les officiers de la garde y sont invités. Un gros rhume.... et je restai dans ma tanière.

De six à huit cents invitations sont généralement lancées ; le coup d'œil est splendidc

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et les princes royaux font les honneurs avec leur amabilité habituelle. Ces bals ne me souriaient pas ; je le dis carrément. En arrivant ici, je savais à peine danser à la danoise. Je fus convié à un bal de cour où je ne brillai pas par les talents chorégraphiques. Les jeunes princesses ont des listes de danseurs commandés d'avance pour les faire valser. Au souper, les places sont fixées par le protocole. Le prince Cliira et moi nous alternions entre une dame d'honneur et la femme d'un minisire. Je me montrai très gauche à la danse et commençai par marcher souvent sur les petits pieds de mes danseuses ; kur souffrance me ht renoncer à ce genre de sport.

L'hiver à Copenhague se passe gaiement dans le monde dont le corps diplomatique est le centre ; les dîners et les bals se succèdent. On profite de la journée pour patiner (flirter) et pour aller en traîneau à deux

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quand la neige est propice. Une année, j'ai vu la mer gelée pendant plus d'un mois, entre la Suède et le Danemark; mais le fait est rare et il faut se contenter d'admirer les gros glaçons qui descendent le Sund.

A cette époque, le capitaine de la première compagnie, le vieux Pierre, passa lieutenant-colonel dans un balaillon de ligne. Ce fut pour lui un véritable chagrin de quitter sa chère compagnie et l'uniforme de la garde, qu'il avait porté pendant plus de trente ans. Au cercle militaire, nous lui donnâmes une soirée d'adieux. Devant sa place, à table, il trouva une grosse giberne remplie de photographies d'amateurs, représentant la garde. Il fut très touché de cette attention.

Le lendemain, on me confia les écoles pour une longue marche militaire. Le sergent major me remit l'itinéraire; nous vîmes des lieux fort sauvages et ennuyeux.

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Les hussards de la garde se joignirent un jour à nous pour un service en campagne. J'y perdis le barbier de la compagnie. Je l'avais envoyé rechercher une patrouille ; le brouillard (?) l'égara. Des appels de clairon ne lui firent pas retrouver son chemin, il revint le soir à la caserne. Bon garçon, ce barbier, mais il tremblait toujours et trouvait le fusil trop lourd. Ces manières féminines faisaient le désespoir de son sergent.

En avril, la ville fut en fête. L'explorateur Nansen, revenant des régions polaires, s'arrêta à Copenhague. La population acclama cet homme énergique, écouta avec passion ses conférences, lui donna des banquets, des retraites aux flambeaux.

Un jour nous fîmes, avec les écoles, une marche militaire dans le Dyrhaven. On nous avait prêté la moitié de la clique. Après un intéressant combat dans les bois, on fit la pause et nous rentrâmes au son des fifres et

des tambours. C'est ce jour-là qu'après la marche numéro 24, j'entendis mes braves fifres et tambours entonner un air de café concert, très connu alors, et célébrant les louanges d'une célébrité de Copenhague, Dagmar, Dax pour les amis. Le prince Chira, ayant admiré et fêté la divette, était alors en stage à un bataillon de forteresse. Menant ses hommes à la baignade, il leur avait, suivant la coutume, permis de chanter : et touta la compagnie d'entonner : « Oh ! Dagmar, oh ! Dagmar, etc.. », le refrain que tous les gamins sifflaient. Le prince Chira les pria d'exercer leurs talents sur d'autres mélodies. Les élèves, à notre école, pensaient déjà avec effroi aux examens de sortie et se multipliaient. Les examens, portant sur toutes les matières, se firent sur le terrain, la place d'exercice ou dans la caserne. Le colonel, avec une grande patience, posa les questions lui-même: le cours d'artillerie fut terminé

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pour moi ; les élèves reçurent le galon d'argent tant désiré, qui les récompensa de leurs travaux d'hiver. Ils allaient donc instruire les nouvelles recrues.

Le joli mois de mai venait tout égayer. Hélas! deux nouvelles vinrent me plonger dans la douleur ; la fin magnifique d'une martyre, la duchesse d'Alençon et celle d'un vieux soldat, le duc d'Aumale. Je partis surle-champ leur rendre mes devoirs.

A la Madeleine, l'infanterie française, qu'il aimait si fort, défila, baïonnette au canon, aux accents de Sambre-et-Meuse^ devant le cercueil de Tancien colonel du 17^ léger; au cœur de Paris, l'armée française rendit les suprêmes honneurs au doyen de ses chefs, au général duc d'Aumale.

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