LE RIDEAU VERT
Le voyageur bondit sur le petit rideau et... le compartiment rentre dans l'obscurité.
Eh bien! non, je n'irai pas plus loin. Quelque véridique que soit cette historiette, je renonce à la raconter, tant elle est banale. Elle traîne tous les journaux et a été tenue sur les fonts de baptême par Marcelin. Rien d'usé, de vieillot, de fané, comme l'aventure galante en chemin de fer qui a remplacé l'aventure galante en diligence, que Paul de Kock avait popularisée, et que Mérimée, ce grand sécot, avait raffinée dans sa Double incprisc.
O mon Dieu ! Je suis tombé bien bas, mais je ne roulerai pas cependant jusqu'à la bonne fortune en chemin de fer. Non, non, je m'y refuse absolument; je ne mangerai pas de ce pain-là, de quelque confiture qu'il soit couvert. Éloignez de moi les Contran, les Grecs, et les Petites Baronnes, ils me donnent des nausées. Non pas que je ne saurais en jouer comme un autre, et chiffonner, moi aussi, tous ces chiffons du libertinage moderne. J'ai été élevé à mauvaise école; on ne s'en aperçoit que de trop par moments. Si je me laissais aller comme certains spécialistes de pornographie, il me serait facile de filer cette scène si connue et si commune d'un tète-à-tète sur les
coussins de la compagnie de l'Ouest ou de la compagnie du Nord, de décrire par le menu les épisodes d'un siège détaillé, attaque et défense, pour lesquels un catéchisme semble avoir été composé exprès par demandes et par réponses; d'abord ces propos insignifiants et flatteurs, empressés, murmurés à voix douce ; ce marivaudage de rencontre; cette stratégie erotique, ces préludes savants, ce pied qui cherche le pied, ce genou qui trouve le genou, l'enveloppement gradué et caressant de la femme : puis un envahissement plus sérieux, cessant d'embrasser plusieurs objets à la fois pour se concentrer sur un seul, ne voltigeant plus, se fixant.
Je raconterais minutieusement les moindres épisodes d'une chute imminente, précipitant telle situation, ralentissant telle autre, jusqu'à l'instant prévu de l'Eurêka. Je prodiguerais ces détails si recherchés des amateurs : un corsage à demi dégrafé, une jambe en évidence, invitant aux ascensions, sans oublier cette main excursionniste et fureteuse, qui fait ce bruit d'un hanneton dans un cornet de papier, selon une expression de Balzac. Je noterais comme une partition ces soupirs, ces monosN'llabes, ces accords, ces exclamations qui n'appartien-
I, l- RIDEAU VERT
lient à aucun vocabulaire ; ces appels délirants à tous les saints d'une théologie imaginaire...
Voilà l'article que je n'écrirai pas, que je ne veux pas écrire !
Pourtant, je sais ce que je dois à mes lecteurs. J'ai commencé une anecdote dont il leur faut la fin. Il n'va pas de répulsion qui tienne. Je m'exécute donc en quelques lignes.
Le wagon est toujours plongé dans une ombre complète, grâce au petit rideau de soie verte, et comme nous l'avons laissé à une heure et demie.
Cependant l'aube va poindre.
Le voyageur s'éveille, s'étire et bâille. Oh ! les hommes !
Il fitit sonner sa montre.
Quatre heures !
L'n bras s'est enroulé autour de son cou, et une voix languissante a murmuré :
— Edouard, tu peux tirer le rideau.
— C'est juste, a répondu Edouard, se rappelant le mot de Rabelais, puisque la farce est jouée !
LE FLc4G\c4:^T VÉLIT
OMME il lui était arrivé aux oreilles '■ et même jusque par-dessus, que i sa femme avait un amant, M. Ma- j lorné se décida à aller trouver le i commissaire de police de son arrondissement, i qui était en même temps son ancien condis- , ciple du lycée Saint-Louis. ;
— Quel motif vous amène chez moi, mon ; cher Malorné? lui dit le fonctionnaire. i
— Je ne viens pas chez vous, mon cher ,
condisciple, repartit Malorné ; je me présente à votre bureau.
— Quel air solennel! dit le commissaire.
— Solennel n'est pas de trop ; ajoutez : attristé.
— Ah ! mon Dieu ! expliquez-vous bien vite !
M. Malorné poussa un profond soupir.
— Vous n'ignorez pas, dit-il, que je suis marié depuis plusieurs années.
— Non, certes, répliqua le commissaire de police, et j'allais vous demander des nouvelles de M"i<; Malorné.
— Eh bien ! mon cher ami, je viens précisément vous en apporter... et des plus fraîches.
Et après un second soupir :
— M™e Malorné est une épouse adultère.
— Qu'est-ce que vous me dites là? s'écria le commissaire de police avec un haut-le-corps.
— La vérité, mon cher condisciple, la douloureuse vérité.
— Voyons, voyons..., mettez un peu d'ordre dans vos idées... On se crée parfois des fantômes...
— Palmérin est loin d'être un fantôme, dit M. Malorné en hochant la tête; il a la taille de Donato et l'embonpoint de Dumaine.
68 sous I. n M A N T F. A L"
— Qu'est-ce que c'est que Palméiin? fit le commissaire; vous jetez le trouble dans mon esprit, je ne sais plus où j'en suis.
— Palmérin était, il y a quelque temps, le plus cher de mes amis.
— Toujours la même histoire, murmura le commissaire de police.
— Hélas! oui, mon honorable condisciple, toujours la même histoire ! Vous ne sauriez vous imaginer jusqu'à quel point j'aimais Palmérin. Un garçon si aimable! un si joyeux compagnon ! Je ne sais pas comment il s'y était pris pour m'entortiller, mais il m'avait littéralement entortillé, l'animal! Même encore aujourd'hui, lorsque j'en parle, je ne peux me défendre d'un reste de tendresse. Et quand je pense que c'est lui qui a consommé mon déshonneur !
— L'a-t-il réellement consommé, mon digne Malorné ?
— Je ne saurais en douter ; il continue même à le consommer deux ou trois fois par semaine.
— Vous en avez la preuve matérielle ?
— Matérielle, non; et c'est sur vous que je compte pour l'acquérir.
— Sur moi ?
Sans doute : n'êtes-vous pas commissaire de
police ? Ne devez-vous pas votre aide aux infortunés dans mon cas? Je viens requérir votre ministère pour pincer ma femme avec Palmérin. La physionomie du commissaire de police se nuança de tristesse.
— En droit, répondit-il, je ne puis pas vous refuser, Malorné ; mais avant de vous prêter mon appui officiel, mon devoir est d'épuiser tous les moyens possibles de conciliation.
— Turlututu !
— Malorné, avez-vous bien réfléchi aux conséquences de l'esclandre que vous voulez provoquer ? Ne serait-il pas préférable d'ensevelir dans le silence un accident dont quelques causes premières proviennent peut-être de votre fait ?
— Je n'ai rien à me reprocher, mon cher ami, je vous le jure; j'ai toujours été un mari modèle. Blessé dans mes fibres intimes, montré au doigt par mes connaissances, je n'aspire qu'à me venger.
— Hélas ! votre vengeance vous désignera bien plus à la publicité... Et les journaux! avez-vous songé aux journaux? Vous entrerez dans l'histoire. Malorné.
— Je le sais, mais du moins je ne serai plus comique, je serai terrible. Je ne serai plus
sous LE M A N T E A U
Georges Dandin, je serai le More de \'enise. J'effraierai Palmérin.
— Malheureux ! je crois vous comprendre : vous méditez un meurtre, deux peut-être...
— Rassurez-vous, je serai calme.
— Jurez-moi de n'avoir aucune arme sur vous et de ne tenter aucune voie de fait sur l'un ou l'autre des deux délinquants.
— Je vous le jure.
— C'est bien. Alors, mon pauvre Malorné, je suis à votre disposition. Fournissez-moi les renseignements nécessaires. Quel jour voulezvous procéder à la constatation du flagrant délit ?
— Aujourd'hui même, ce soir.
— L'endroit ?
— Dans ma maison, dans ma propre maison, rue Léonie, entre cour et jardin.
— L'heure?
— Les criminels sont convoqués pour minuit.
— Que voulez-vous dire? s'écria le commissaire de police.
— Je veux dire, répondit Malorné, que je leur ai tendu un piège pour minuit.
— Quel genre de piège ?
— Vous savez bien qu'il n'y en a qu'un seul au monde.
— C'est vrai..., vous avez feint une absence, un voyage ?
— Juste.
— Et vous comptez que cela réussira ?
— J'en suis sur. Palmérin n'est pas fort, quoique gentil.
— Allons ! que votre volonté s'accomplisse ! dit le commissaire. A ce soir, Malorné, à ce soir... Mais rappelez-vous ce que je vous dis: vous regretterez d'avoir emplové cette mesure extrême.
— Le sort en est jeté... Palmérin apprendra ce qu'on gagne à m'offenser.
Le commissaire s'était levé ; mais Malorné ne l'imitait pas.
— ■ Il ne nous reste plus à présent qu'à convenir d'un lieu de rendez-vous, dit le commissaire.
— C'est cela.
— J'aurai mon écharpe... et deux agents.
— Mettez-en quatre..., ce ne sera pas de trop pour garder les issues.
— Comme vous voudrez. Faut-il aussi amener un serrurier?
— C'est inutile. J'ai toutes les doubles clefs sur moi.
— Donc, à ce soir, dit le commissaire en tendant la main à Malorné.
sous LE MA K T E A U
— jM,iis Malornc ne bougeait non plus qu'une souclie. -i
— Je ne vous quitte pas, dit-il au commis-] saire. \
— Comment ! vous ne me... ^
— Xon, je ne vous quitte pas, mon bon ami.^ Excusez-moi, je vous en conjure, mais... j'ai de la méfiance. '
— Malorné !
— Qui me dit que, dans un but excellent^ vous ne seriez pas homme à foire prévenir Palmérin ?
— Mais je me moque absolument de votre Palmérin ! s'écria le commissaire avec uri haussement d'épaules. !
— C'est égal, je tiens à ne pas vous perdrd de vue jusqu'au moment psychologique.
— Savez-vous que vos soupçons sont inju-; rieux pour le fonctionnaire ? ]
— Consentez à dîner avec moi au restaurant,^
— Vous n'y pensez pas! dîner... tous les deux... et dans un pareil jour !
— Justement... j'ai besoin que vous m'as-l sistiez jusqu'au bout... 'I
— Mes fonctions ne me permettent pas. . . i
— Laissez donc ! vos fonctions vous permettent tout ce que vous voulez.
— Mais vous-même, mon cher, hi situation dans laquelle vous vous trouvez...
— La situation dans laquelle je me trouve m'autorise à user de réconfortants et de distractions. Venez, Marguerie nous attend.
— Vous le voulez?
— Vous me devez ce suprême témoignage d'amitié. Je croirai dîner encore avec Palmérin. En ai-je fait de ces fins repas sur la terrasse du Gymnase avec ce brigand de Palmérin !
— Malorné..., ce Palmérin me paraît vous tenir encore au cœur plus que vous ne crovez.
— Je ne le nie pas, mon cher condisciple ; c'est à ma femme que j'en veux plus qu'à Palmérin... Palmérin, mon Dieu, n'est qu'un Lovelace, obéissant à l'empire de ses sens...
— Un foux ami, cependant..., un traître...
— J'en conviens.
— Un monstre...
— C'est évident !
— Puisque vous voulez en tirer un châtiment exemplaire...
— Oui... Oui... Ah! pourquoi est-ce Palmérin plutôt qu'un autre?... A quels remords ne doit-il pas être en proie ?
— Malorné ?
— Cher ami ?
— Pourquoi ne pas abandonner ce Palmérin j à ses remords? ;
— Non ! s'écria avec force Malorné, non ! : Il faut que la justice des hommes suive son •; cours.
— Bien décidément? ;
— Mettez-vous à ma place ! !
— Ah ! non, fit le commissaire. ;
— Alors, allons diner !
Pourquoi les commissaires de police parla- I gent-ils avec les médecins la réputation d'être ; des fourchettes de premier ordre ? Je n'en sais rien, mais le fait est exact. Cependant, ce jourlà, le commissaire de police devait baisser * pavillon devant Malorné, qui, malgré ses graves • préoccupations, rédigea un menu dont auraient j tiré gloire Laguipière ou Carême. On n'aurait , jamais dit qu'à quelques heures de là, le même homme qui se jouait avec les perdreaux en , chartreuse allait faire sa partie dans un drame. ;
LE I-LAGRAXT DELIT
Le commissaire ne pouvait se lasser d'admirer son sang-froid et de lui exprimer son étonnement.
— Qiiel appétit ! s'écriait-il de temps en temps.
— Je trompe ma douleur, répondait simplement Malorné.
— Oiielle soif!
— Je cherche à éteindre le volcan qui gronde dans ma poitrine.
A un moment donné, le commissaire de police put espérer qu'à force d\'tciiidre et de tromper, Malorné se mettrait dans l'impossibilité d'exécuter son projet de minuit. Mais il ignorait la capacité de Malorné. Ce fut le commissaire qui sentit la nécessité de s'arrêter luimême sur la voie du clicquot, après s'être retenu déjà sur la pente du chambertin. Il se leva tout à coup.
— Il faut que je vous quitte un instant, mon cher ami.
— Pourquoi ?
— Pour aller à l'Opéra où mes fonctions officielles m'enjoignent de me montrer.
— Eh bien! j'irai avec vous.
— Diable ! il est collant ! dit le commissaire entre ses dents.
Tous deux allèrent à l'Opém. Il s'agissait de tuer le temps jusqu'à minuit. Ils le tuèrent à force de cafés et de brasseries. Enfin l'heure décisive les trouva rue Léonie. Le commissaire de police s'était fait accompagner de deux agents en bourgeois. Malorné guidait la petite troupe. Il avait, comme il l'avait dit, toutes les clefs sur lui ; on n'eut donc pas besoin de sonner le concierge. On traversa le jardin par une nuit charmante, silencieuse et parfumée, pleine d'étoiles en haut et de fleurs soupçonnées en bas. Mais de ces quatre personnages aucun ne se préoccupait des douceurs et des poésies de cette nuit. Le -commissaire songeait à la vilaine corvée qu'il avait dû accepter et souhaitait qu'un contre-temps vînt déranger les combinaisons de Malorné. Quant à celui-ci, à mesure qu'il approchait du but, il se sentait défaillir ph}'siquement et moralement. Vint un moment où le magistrat le vit chanceler et s'appuyer à un vernis du Japon.
— Mon cher commissaire, soutenez-moi, je vous en prie...
— Voyons, Malorné, voyons, du cœur!
— Ah ! il est de ces situations dans la vie...
— Vous avez trop préjugé de vos forces....
je l'avais bien prévu... Il en est temps encore : retournons-nous-en.
— Nous en retourner. . .comme des couards ?. . . Jamais !
Et son pas reprit de l'assurance.
Ils arrivèrent devant le perron d'un pavillon à trois étages.
— Il va de la lumière au premier, fit remarquer le commissaire de police.
— Oui..., dans la chambre de ma femme, dit Malorné.
On s'engagea le plus doucement possible dans l'escalier éclairé par une lanterne japonaise; mais si peu de bruit que fissent ces quatre personnes, elles en firent cependant assez pour réveiller dans l'antichambre une petite soubrette qui sommeillait sur un divan. Elle se redressa subitement à l'aspect de ces quatre fantômes, et sans perdre le Ko ni, en vraie femme de chambre parisienne qu'elle était, elle se mit à crier à travers la porte :
— Madame, c'est Monsieur !
D'un revers de main. Malorné l'écarta en lui disant :
— Veux-tu te taire, petite eflrontée!
Le commissaire frappa.
— Au nom de la loi, ouvrez!
sous I.E MANTEAU
Un silence profond se fit dans la chambre ;
conjugale. ;
— Je connais ça, dit le commissaire. j
— Faites une seconde sommation, murmura ; Malorné. j
— Au nom de la loi !... ' Même silence, suivi d'un petit furetage.
— Ils ne veulent pas ouvrir, dit le commis- \ saire. ■
— Je le vois bien, fit Malorné ; les misé- , râbles !
— Passez-moi votre clef. ;
— La voici... :
Et le commissaire de police, proférant la !
troisième sommation, introduisit la clef dans '.
la serrure. '
Puis, se penchant à l'oreille de Malorné. '|
— Le verrou est mis! lui dit-il. '
— Gueux de Palmérin ! fit Malorné. ' Le commissaire :
— Pour la dernière fois, ouvrez..., ou nous ; enfonçons la porte ! \
A ce même instant, Malorné s'affaissait sur \
ses genoux. ■
— Oh ! qu'il est dur de se venger ! balbutiait-il. '
— Je vous l'avais bien dit ! répliqua le com- •
missaire ; vous n'avez pas la force d'âme nécessaire... Mais il est trop tard. En avant!
La porte céda.
Quelque chose comme un sourd gémissement se fit entendre dans la chambre violée.
Le mari recouvra une partie de son énergie au spectacle qui s'offrit à ses yeux.
Sa femme, enveloppée dans un vêtement d'air tissé, de la plus coquette immodestie, s'était précipitée hors de sa couche. Ses pieds étaient nus, ses bras étaient nus. Le nu éclatait de toutes parts, le nu et le rose. Ses cheveux flottaient immenses et blonds. Ainsi défaite, M^e Malorné était une adorable petite créature sur laquelle les deux agents en bourgeois jetaient à la dérobée des regards d'amateur. T}-pe de la Parisienne perverse et ensorcelante, on eût dit la statue de l'Adultère, ébauchée par Clodion et finie par Pradier.
— Qui êtes-vous, messieurs? demanda-t-elle impétueusement au commissaire.
Celui-ci eut un frisson d'admiration en voyant presque sous son nez un bout d'épaule rose et satiné.
— Madame, ne craignez rien, balbutia-t-il.
— Que me voulez-vous?
— Je suis commissaire de police.
8o sous LE MANTEAU
— Eh! qu'est-ce que ça me foit?... On ne j réveille pas ainsi une femme pendant la nuit ! ^
— Vous voyez bien que si, répliqua le com- ^ missaire qui reprenait de l'assurance.
— Enfin, qui vous amène? -.
— Madame, vous n'êtes pas seule ici ; ditesnous où est votre complice. \
— Mon complice, monsieur? Que signifie?... ]
— Où est Palmérin ? rugit Malorné qui j avait gardé le silence jusqu'alors. j
La femme regarda à peine Malorné, elle n'é- i
tait préoccupée que du commissaire de police. '\
— Je ne comprends rien à vos paroles, ! monsieur, lui dit-elle. j
— Mais, moi, répliqua-t-il, je comprends ; beaucoup au désordre de cette pièce, à ces deu.x i oreillers, à ces draps traînants, à ces chaises J renversées... Encore une fois, madame, votre .1 complice?... Il doit être ici. :
— Je vous affirme que je suis parfaitement ; seule, répondit M^e Malorné.
— Nous allons bien voir. . .
Et le commissaire se mit à chercher par l'ap- \
parlement; il ouvrit les placards, il fouilla le ■;
cabinet de toilette. . . i
Malorné cherchait de son côté.
Tout à coup la fenêtre ouverte attira son '-,
LK ILAGRAXT DÉLIT 8l
attention. Elle attira également celle du commissaire.
Ces deux hommes échangèrent un regard.
C'était par là évidemment que Palmérin avait dû prendre la fuite. Un treillage extérieur avait facilité sa descente dans le jardin. Palmérin ne pouvait être loin encore. Aussitôt le commissaire de police alla à ses deux agents et leur donna des ordres à voix basse.
Q.ue se passa-t-il alors dans l'esprit de Malorné?
Un mouvement irrésistible le poussa vers la fenêtre.
Il s'y pencha. L'obscurité empêchait de rien distinguer dans le jardin.
— Palmérin! appela-t-il, Palmérin!
Palmérin se garda bien de répondre, mais
on l'entendait courir à travers les branches. Et Malorné continuait de crier :
— Palmérin!... pas par là..., à droite! Puis, lui jetant une clef:
— Tiens, voilà la clef de la petite porte... Fuis, Palmérin !
LE TT{ÉSIVEC^T VIC^CEC^T [
I E chapitre dos aberrations de l'es- '
prit humain est plus limité qu'on j
ne le croit; les médecins allé- ' nistes ont beau collectionner les
cas et les sujets, il se trouve toujours que le 1 présent plagie le passé.
Les scandales d'aujourd'hui sont les mêmes '
que les scandales d'autrefois. ;
Tout a vécu, surtout dans le vice. ■',
Je n'en veux pour exemple que l'aventure ^
d'un certain magistrat, empruntée aux archives \
secrètes du xviiie siècle et qui ne serait pas ^