Elle m'a obéi comme un enfant obéissant
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obsèques d'Ophélie Quel en est le caractère essentiel ? Un amoureux qui a délaissé la jeune fille qu'il aime, ignore que celle-ci s'est laissée mouiir de chagrin. Il revient, après quelque temps d'absence» dans la ville où elle est morte et rencontre, par les rues, un convoi virginal. Il s'approche curieusement, demandant quelles sont ces funérailles, et apprend qu'il se trouve devant le cortège de celle qui fut sa bien-aimée. Il devine le drame qui s'est accompli • le désespoir le saisit — , car il n'a pas cessé d'aimer, malgré l'apparence contraire, — et ne tarde pas à lui faire rejoindre, dans la mort, celle qui l'avait assez aimé pour renoncer à vivre après son abandon. La concordance des éléments est complète : aucun trait ne manque au parallélisme. A noter encore que, des deux côtés, une reine éplorée et sa cour suivent le convoi.
Mais poursuivojis plus à loisir la comparaison des détails concrets. Le cortège arrive : des prêtres, puis le corps d'Ophélie, suivi par Laertes et des pleureurs, le Roi, la Reine, leur suite.
Dans la première rédaction, liamlet arrive, et apercevant le convoi, prononce ces paroles :
Quelles sont ces funérailles dont toute la cour se lameute ? Il faut que la uiorte soit d'uue noble famille. Tenous-nous à 1 éeart un uionienl *.
Qu'on veuille bien relire le récit reproduit plus haut : l'attitude est exactement la même, les ré-
1. Ces parûtes caractéristiques nionqueiil dans la seconde rédaction.
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flexions sont semblables. La question témoigne de part et d'autre que l'intéressé n'éprouve pas le plus petit soupçon de ce qui a pu arriver. Surprise et saisissement tragiques : « La belle Ophélie morte 1 » Dans les deux cas, nous voyons que le cercueil de la jeune fille est couvert de fleurs.
... Cependant, — dit le premier prêtre, dans la seconde rédaction à'Hamlet^ — on lui a conservé ses couronnes de vierge, ses fleurs déjeune fille...
Et un peu plus loin, la reine ajoute encore de nouvelles fleurs aux premières.
Des choses gracieuses à cette grâce ! adieu ! {Elle répand des fleurs sur le cercueil.) J'espérais que tu serais la femme de mon Hamlet ; c'était ton lit nuptial que je me croyais appelée à orner, douce vierge, et non pas ta tombe à semer de fleurs.
Dans le récit de Marguerite, le drap blanc qui recouvre le cercueil est couvert « de chappeaux de fleurs » qui attirent l'attention de Varembon.
Dans Hamlet (2® rédaction), Laertes dit :
Déposez-la dans la terre, et puissent de sa belle chair sans souillure naître des violettes !
Le récit nous représente
ce corps, aussi malheureux qu'innocent et glorieux en sa virginité.
C'est de part et d'autre l'idée de l'incorruptibilité du corps virginal.
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Dans llamlel, le prince, fou de douleur, saute dans la fosse, provoque Laertes ', frère d'Ophélie, et s'écrie :
J'aimais Ophéiie, quarante mille frères ne pourraient, avec toute la masse de leurs amours, faire la somme du mien.
Il tient alors de? propos qui attestent son égarement.
Dans l'histoire d'Hélène de Tournon, le marquis de Varembon, à la funeste nouvelle, se pâme et tombe de cheval. Il perd connaissance : lui aussi aimait toujours.
Au fond, sous des formes peu différentes, manifestation du déséquilibre mental produit par la révélation soudaine du malheur et des conséquences de l'erreur passionnelle qui a été commise.
Pendant que nous voyons Varembon « voulant plus justement, en cette extrémité, luy rendre union en la mort, que trop tard en la vie il luy avoit accordée », nous entendons Hamlet formuler ce vœu, en s'adressant à Laertes :
Fais-toi enterrer vivant avec elle, et j'en ferai autant, et si lu babilles de montagnes, qu'on entasse sur noua des millions d'acres jusqu'à ce que noti'e tombe, allant roussir sa tête à la zone enflammée, fasse paraître rOssa comme une verrue !
Le roi conclut en disant à Laertes :
1. « Quel est ce revenant ? » dil celui-ci eu l'apercevant (1" Ilàinlet).
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Cette tombe obtiendra un monument en chair et en
os
Hamlet, comme Varembon, meurt peu après.
Faut-il ajouter encore que jamais le plus petit indice n'a été fourni touchant les sources et l'origine de l'épisode immortel d'Ophélie ? Rien, dans le théâtre antérieur connu, n'en donne l'idée, même lointaine. Certes, il appartient en propre à l'auteur du théâtre de Shakespeare comme presque tous les merveilleux épisodes passionnels de son théâtre.
Nous savons maintenant qu'il a été suggéré au poète par une des plus belles histoires d'amour de son temps, et une histoire française. Le lien qui jusqu'à présent n'avait jamais pu être établi entre la réalité et les grandes œuvres dramatiques de Shakespeare commence a être entrevu. Là où il n'y avait, hier encore, qu'un auteur tout à fait insaisissable, nous rencontrons enfin un homme qui a parcouru le monde, écoutant les nobles récits chers aux milieux d'élite, un homme qui a palpité en face des manifestations exemplaires de la tendresse humaine et qui les a fait revivre dans ses chefsd'œuvre. Il a su puiser, lui aussi, dans la réalité ambiante. Dans la nuit des commentaires traditionnels, d'où presque toute psychologie a été bannie, un trait de lumière a apparu. Suivons-le d'une marche confiante. C'est l'étoile qui nous conduira, comme les rois mages, vers la révélation '.
1. A living monument, ce qui fait allusion à la mort d'Hamlet que le roi est décidé à faire tuer.