‹ Sous le masque de "William Shakespeare": William Stanley, VIe Comte de DerbyChapitre 11 sur 43 · L'utilisation de ce souvenir de voyage par l'auteur du · texte numérisé non relu

L'utilisation de ce souvenir de voyage par l'auteur du

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Une question importante reste à résoudre : celle de savoir quels sont les événements qui ont dû fournir le canevas de l'ouvrage. Commentateurs et critiques ont été pendant longtemps unanimes à penser que les passages relatifs aux difficultés pendantes entre la cour de France et celle de Navarre, et dont le voyage de la princesse devait amener la solution, s'appliquent à des faits des environs de l'année 1427 qui nous sont connus par un passage des Chroniques de Monstrelet et dont voici le texte :

Charles, roi de Navarre, vint à Paris trouver le roi. Il négocia si heureusement avec le roi et le conseil privé, qu'il obtint en don le château de Nemours avec quelques-uns des castels environnants et que ledit territoire fut érigé en duché. Il fit immédiatement hommage pour ce don, et en même temps rendit au roi le château de Cherbourg, le comté d'Evreux et toutes les autres seigneuries qu'il possédait dans l'intérieur de la France, renonçant à tous droits et profits d'iceux en faveur du roi et de ses successeurs, à condition qu'avec le duché de Nemours le roi s'engagerait à lui payer deux cent mille écus d'or à la marque du roi, notre seigneur.

Voilà encore un exemple qui prouve avec quelle légèreté les questions shakespeariennes ont été

lh6;Urc sliakespcarien nous incite i\ arfirmcr, une fois de plus, que la première rédaction d'Ilainlel doit cire très sensiblement antérieure à la date qu'on attribue couramment au célèbre drame.

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traitées jusqu'à une époque récente *. Il suffit de lire ce texte pour constater, malgré le consentement prolongé des gens compétents, qu'il n'a rien à voir avec Peines d'Amour perdues. On a reproduit plus haut les passages de cette pièce qui s'appliquent aux litiges historiques des deux souverains de France et de Navarre. Quel en est l'objet principal ? L'Aquitaine, dont il n'est pas un instant question dans la page de Monstrelet, qui traite de régions tout autres : Nemours, Cherbourg, Evreux. Aucun trait commun, si ce n'est l'évocation d'une somme d'argent, qui d'ailleurs n'est pas la même dans les deux textes, et qui se retrouve nécessairement dans tout arrangement de même nature. D'ailleurs, aucun trait de ressemblance touchant l'origine de cette somme.

Disons tout de suite que le problème, en dépit des apparences, comporte cependant une solution sûre et aisée : il s'agit ici, comme le dit l'œuvre shakespearienne, de l'Aquitaine, dont le gouvernement avait suscité les plus sérieuses difficultés entre le roi de France et celui de Navarre pendant la période troublée qui précéda l'avènement de Henri de Bourbon à la couronne de France. C'est tout un chapitre de l'histoire du Sud-Ouest que les historiens compétents ont traité avec détail. 11 n'existe pas le moindre doute sur cette importante question de source et Monstrelet n'a rien à y voir.

1. Furness (1904) cite encore de confiance ce texte. Cependant, d'autres éditeurs (par ex. Gollancz) et des critiques (par ex. S. Lee et surtout G. Sarrazin) ont vu que l'explication devait être cherchée ailleurs.

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En effet, Henri de Navarre avait hérité de son père, Antoine, roi de Navarre, le gouvernement général de la province de Guyenne ou Aquitaine '. Cette dignité avait été originairement octroyée à Henri d'Albret, aïeul de notre Henri, par François I". De ce chef, le gouvernement de la Guyenne était partagé, au temps de Henri de Bourbon, roi de Navarre, entre lui et le lieutenant général du roi de France. A un certain moment même, la Guyenne fut accrue du Poitou, de l'Angoumois, de la Saintonge, du Périgord et du Quercy, formant tous réunis la grande Guyenne. Assurément, au temps de Henri de Bourbon, le gouvernement dit de Guyenne comprenait, outre cette province, la Gascogne, la Saintonge et d'autres régions encore. Il y avait donc équivalence entre la Guyenne d'alors et l'ancienne Aquitaine, nom qui convenait beaucoup mieux pour désigner cette partie du Sud- Ouest de la France. Quoi qu'il en soit, il résulta de cette division de l'autorité quantité de conflits et de froissements que les guerres de religion portèrent à leur comble. Tel était l'affaiblissement de l'autorité royale que certains édits ne purent y être publiés. « Pour son premier acte de royauté, expose Michelet, Henri III refaisait Charles le Téméraire. Alençon recevait tout le centre du royaume en apanage (Anjou, Touraine, Berry, Alençon, etc.).

1. Les deux noms sont équivalents en Angleterre comme en Franco. I/archcvôquc de Hordeaux porte encore le titre de primat d'Aquitaine. — Dans les ordonnances, Henri prend lo titre de Gouverneur, Lieutenant général ot Amiral en Guyenne.

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Condé avait la Picardie, Navarre la Guyenne, Il réclama en outre la dot de sa femme, Agen et Cahors. Catherine le fit patienter en lui laissant quelques places qu'il avait saisies (fév. 1579). » Voilà justement, on peut s'en rendre compte dès à présent, le conflit politique amené entre les deux couronnes par la situation contestée de l'Aquitaine, conflit qui sert de point de départ au canevas de Peines d'Amour perdues. Les questions dont traitent les passages de la pièce si souvent cités et qui ont été reproduits plus haut, sont les mêmes qui ont été discutées alors entre les deux cours : droits partagés sur la grande Guyenne ou Aquitaine « mutilée » ', dot de la reine Marguerite et autres conventions financières qui soulevaient des discussions complexes, parce que, outre les sommes d'argent qui n'avaient pas été payées au roi de Navarre, la dot, le douaire, les pensions et autres engagements du même ordre se rattachaient tous plus au moins au territoire même de l'Aquitaine.

La dot de Marguerite de Valois avait été réglée ainsi qu'il suit en 1572 : Charles IX donna à sa sœur 300.000 écus, Catherine de Médicis, 200.000,

1. C'est, ne l'oublions pas, l'expression même de Shakespeare. Le langage tenu par le roi de Navarre dans Peines d'Amour (acte 11, v. 128 à 152) est parfaitement fondé, car on se rend aisément compte que Henri de Bourbon aurait préféré renoncer à ses droits, sans cesse contestés, sur le gouvernement de la Guyenne, province qu'il savait ne jamais pouvoir acquérir, et à la possession de certaines villes, pour avoir les sommes d'argent qui lui avaient été promises et que la cour de France se refusait à lui payer. Plusieurs villes étaient bien pour Henri une garantie, une caution de ce qui lui était dû.

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les ducs d'Anjou et d'Alençon, chacun 25.000. Ces sommes ne furent apparemment jamais payées, ou du moins le furent toujours imparfaitement. La dot que Marguerite réclamait encore à son frère Henri III, en 1577, à son retour de Liège, comportait, d'autre part, des avantages territoriaux en Guyenne et en Gascogne (apanages des comtés de Quercy et de l'Agenais). Plusieurs villes importantes de Guyenne turent promises en garantie ou dévolues au roi de Navarre en vertu de ce contrat. Le douaire de Marguerite fixé à 40.000 livres comportait également des dons territoriaux. (On se rappelle que Boyet taxe l'Aquitaine de « douaire d'une reine ».) Ainsi la guerre dite des Amoureux, qu'ouvrit la prise de la ville de Cahors, occupée par Henri de Navarre en mai 1580, grâce à un audacieux et mémorable coup de main, fut causée par ce fait que la cour de France se refusait à mettre ce prince en possession des villes données en dol à sa femme ' et dont une clause d'un récent édit prescrivait la remise. Henri III avait également promis sous main

1. » Le parti de la guerre l'emporta dès lors facilement. Il avait un excellent tremplin clans celle des clauses de l'édit qui spécifiait la remise des places de sûreté, puisque la cour se r -fusait à mettre le roi de Navarre en possession des villes données en dot à sa femme. Marguerite tenait trop de sa môrc pour ne pas se poser en agent de la paix, au moment même où elle décliainait la guerre. Aussi eut- clic suin, pour se couvrir, tic se faire adresser, dès le début des hostilités, par son mari, une sorte de plaidoyer où il exposait les causes qui lui mettaient les armes à la main. Il la plaçait ainsi en une si>rti' d'état de neutralité entre lea ilnix camps. Penl-olro avait-elle dicté elle-même cette tendre et un peu dolente justification qui n'est pas du style du Béarnais. » Savine, op. cit., p. 102.

une pension annuelle de 100.000 livres à son beau-frère.

Il en était réduit à protester contre des dommages personnels : les agents de Henri III ajournaient outrageusement le paiement de ses pensions et la perception même d'un impôt, « On paraissait disposé, dit Berger de Xivrey, à ne rien accorder à ce prince, que Davila représente réduit en un coin de Guyenne, dont il n'était gouverneur que de nom, privé de la plupart de ses revenus, et entièrement exclu des bienfaits du roi ; choses par le moyen desquelles ses ancêtres avaient soutenu leur dignité depuis la perte du royaume de Navarre » (de Batz, Henri IV en Gascogne, p. 122).

Tout cela joint aux difficultés créées par le dualisme du gouvernement de la Guyenne (l'Aquitaine en réalité) constituait une situation singulièrement embrouillée, absolument analogue à celle que nous révèlent les données fournies par Peines d'Amour au sujet du conflit qui existait entre le souverain de la France et celui de la Navarre.

Les négociations que Marguerite et sa mère vinrent poursuivre en Guyenne, à la fin de 1579, à la suite de contestations sans cesse renouvelées, étaient pareillement d'ordre territorial et administratif et d'ordre financier. Il faut lire les ouvrages qui traitent en détail de cette période pour juger de la complication et de l'enchevêtrement de tous ces droits et prétentions ^

1. Voy. Henri IV en Gascogne, 1553-1589. Essai historique par Gh.de Batz-Trenquelleon. Paris Oudin, 1885 (livres II et III) ; Lauzun, Itinéraire de Marguerite de Valois en Gascogne,l51S-

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Les embarras les plus sérieux qui s'élevèrent entre les deux souverains, spécialement au temps de Henri III, provinrent de la double autorité qui existait en Guyenne. Le roi de Navarre n'ayant pas eu à se louer des actes de l'amiral, son lieutenant imposé en Guyenne, exprima à la conférence de Bergerac le désir de le voir remplacer. C'est alors que la cour envoya pour lui succéder le maréchal de Biron, père de Charles de Biron dont nous venons de parler (fin de 1577). Henri ne gagna pas au change. Biron, qui le servit plus tard glorieusement, chercha à lui infliger de perpétuelles déconvenues, souvent h ses trousses, tantôt l'empêchant de reprendre une ville révoltée, tantôt lui en prenant une autre sous ses yeux '. Le maréchal semblait s'appliquer, à Bordeaux, comme dans le reste du gouvernement, à contrarier les vues, à déconcerter les projets du roi de Navarre *. Celui-ci fit parvenir à Henri III des plaintes très vives : «... de sorte que faute de punition [des principaux ministres et officiers du roi en Guyenne] et voyant qu'on me fait expérimenter une telle défaveur de me priver

1686 ; Merki (C), La reine Margot et la fin des Valois, Paris, 1905; Albert Savine, Lu vraie reine Martjot, Paris, Michaud ; Mémoires de la reine Marguerite de Valois. Les Lettres niissu'es de Henri IV ; Lettres d'Amour d'Henri IV, piibl. par M. de Loscure; Les Amours de Henri IV, par le mème;Grun, La vie publique de. MictvA di Mo'ilaijne, p. 157-158. Catherine de Bourbon, par la coniLesse d'Armaillé, Paris 1872 ; de Ituble, Antoine de Itourbon et Jeanne d'Albrcl, passini.

1. Plus tard, le maréciial de Matignon fut nommé par Henri III lieulciiaiit général, avec le dessein de l'opposer au roi de Navarre.

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