‹ Sous le masque de "William Shakespeare": William Stanley, VIe Comte de DerbyChapitre 17 sur 43 · Murris, p. 319 et suiv · texte numérisé non relu

Murris, p. 319 et suiv

no sous LE MASQUE DE SHAKESPEARE

ne saurait énumérer les nombreux travaux d'érudition qui ont été consacrés, depuis un siècle, aux spectacles de Chester. Qu'il suffise de dire que nos recherches ont été, sur ce point, aussi étendues que le comportait la matière. C'est qu'il existe, à notre avis, dans les différentes allusions faites par Shakespeare aux représentations populaires, des indices de la plus haute portée. En effet, les commentateurs du poète, frappés de l'intérêt spécial de ces allusions, ont essayé de les expliquer en assurant que Shakespeare avait évoqué, dans ces divers passages ou épisodes, le souvenir de spectacles contemplés durant ses années de jeunesse, à Goventry, ville voisine de Stratford et centre de grandes représentations de mystères. Une fois de plus, nous saisissons sur le vif l'insuffisance notoire des rapprochements proposés par l'exégèse orthodoxe. C'est encore l'incroyable à peu près, le même procédé de conclusion hâtive que l'on retrouve sur tant d'autres points. Le cycle des mystères de Coventry, de même que celui de la ville d'York, encore plus célèbre, et qui se termina en 1579, se plaçait non pas à la Pentecôte, mais à la Fête-Dieu. Comment ne comprend-on pas que pour rester sur un terrain ferme de discussion il est indispensable de "ne pas modifier les termes du problème ? Shakespeare n'a jamais parlé des spectacles de la Fête-Dieu, et la Pentecôte n'a jamais joué aucun rôle dans les fêtes dramatiques de Coventry.

Kst-il besoin de rappeler que Chester était la

résidence préférée du sixième comte de Derby, que ce personuaj^e aima cette belle et antique cité depuis sa première jeunesse et qu'il se plut à l'habiter pendant une partie de sa carrière ? Nul doute qu'étant donné son ^oût marqué pour les choses du théâtre, il ait suivi de très près, comme le faisaient en général les membres de sa famille, les représentations qui attiraient une si large affluence dans sa ville de prédilection, en assistant aux mystères, moralités et aux autres pièces jouées par les membres des corporations et d'autres habitants de la ville, à l'époque de la Pentecôte comme à celle de la Midsitmmer. Nous savons, en effet, que les Derby favorisèrent toujours ces spectacles et qu'ils les présidèrent même plus d'une fois '. Plusieurs faits vont prouver à quel point le lien que nous croyons exister entre les allusions shakespeariennes et les spectacles de Ghester est sensible.

Dès 1488, nous voyons Lord Strange, celui dont il est (question dans le Richard III de Shakespeare, assister au mystère de l'Assomption, h High Cross.

En 1503, V Histoire d'Enée et de la reine Didon fut représentée par les soins de William Croston et de Mr. Man, M. A., avec une grande magnificence, « deux châteaux et deux navires et quantité

1. Au moyen â(je, les Chesler p/ai/s ont pu avoir leur origine cl commencement à l'époque de la Fôle-Dieu, mais au xvi» siècle, et plus purticulièrement pendant la p(!>riode élisahélhainc qui nous iiiléresse ici, il n'est plus question que de W'hitson plnifs. I^c cycle des pièces de la FenIccAle est le seul qui existe alors et dont les manuscrits do pièces, comptes rendus, registres municipaux et autres documents fassent meulion.

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de cavaliers bien armés et équipés », en présence du troisième comte de Derby et de son fils, le père de notre William.

En 1564, un banquet fut offert à Lord Derby « the weake after Midsonner ». On voit par là combien intimement la famille des Derby se trouvait associée aux réjouissances de la Midsummer à Chester. 11 paraissait donc naturel, le jour où l'un des siens se mariait, d'évoquer les belles fêtes auxquelles ils participèrent avec une bonne grâce si fidèle \

En 1577 (1578, d'après Ghambers), il y eut une brillante représentation des Whitson Plaijs. La pièce des Bergers, the Sheappardes playe^ fut jouée à High Cross, et d'autres « triomphes » donnés à la « Roode Deey ». Lord Derby et son fils Ferdinando, Lord Strange, père et frère de notre William, assistèrent à ces spectacles. Ils prirent gîte durant deux nuits chez le maire de la ville. Les élèves de l'école publique [freescole) jouèrent aussi une comédie devant les mêmes personnages, dans la maison même de leur hôte. Le fait est curieux à enregistrer. Comme l'usage n'était pas alors de nommer dans les énumérations les fils cadets qui ne portaient aucun titre particulier, il est très naturel de penser que William Stanley figura.

1. Je trouve dans l'ouvrage de Morris, p. 80-81, la mention de cinq autres banquets et collations offerts aux Derby : en 1556, en 1564 un second banquet auquel assista aussi Lady Derby, en 1572, à Lord Strange, leur fils, en 1578, à Lord Derby et à Mr. Talbot, en 1593 au comte de Derby,

à l'occasion de ces fêtes, aux côtés des deux représentants titrés de sa famille.

En 1581), une pièce intitulée: King Ebrnnke ivith ail lils Sons ' fut jouée à la Croix haute '■^, devant Lord de Derby. La famille de William, on le voit, ne cesse d'être associée à la vie théâtrale de Chester pendant tout ce siècle'.

Comme on l'a dit plus haut, les deux cycles de la Pentecôte et de la « Midsummer » furent d'abord distincts, puis ils alternèrent, et enfin l'un des deux survécut définitivement. Les Whifson plaf/s avaient donc lieu, dans la seconde moitié du xvi" siècle, tantôt durant la semaine qui suivait le dimanche de la Pentecôte, tantôt, tout en gardant leur nom traditionnel, durant les jours voisins de la Saint- Jean. En conséquence, les remarques que suo^gèrent les spectacles de la Pentecôte peuvent s'appliquer, dans une certaine mesure, à ceux de la Midsin/nnrr. Ces derniers, du reste, n'ont pas été moins nettement visés par Shakespeare, puisque l'un de ses chefs-d'œuvre les plus exquis, Mirlsununcr \igli/'s Dream, les évoque dans l'épisode célèbre du spec-

1. The Digbfi Mysteries, éd. K.-J. Furnivall publ. parla New Shnksperc iSocicty, 1882, p. xxvi :« 1577. Alsoc [the Mayor, Thomas Bellin] caused the Sheappeardes playe to be played al the hie Crosse, with olher Triumphcs oiie Ihe Koode Docy. (An addcd sidciiolt- says Ihat — wheti Ihis Mayor « culcrteyned Ihe Karlc ofDarbie aiul bis sonne l''erdinando Lord Slrange Iwo nighles al his howse » ; — « the scolU-rs of Uie frcescole also playd a comedy before Ihem al Mr. Maiors liowsc ».

2. Ebranke, ancien roi breton, le fondateur traditionnel de York et d'Kdimbonrp, avait eu, d'après la légende, vingt femmes, vingt iils et trente fliles.

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