En 1529, on joue au même endroit King Robert of^ Sicifif
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tacle organisé par le charpentier Quince, Bottoni et leurs compagnons.
Il est important, pour notre démonstration, de constater que des pièces d'un caractère profane ont été représentées à la Pentecôte comme à la Midsummer^ à Ghester, au cours du xvi" siècle. C'est ainsi que fut jouée la « comédie », citée plus haut, par les élèves de la frees,cole. Une représentation de ce genre, donnée par des jeunes gens, devait être exactement semblable à celle qui est évoquée dans Les Deux Gentilshommes de Vérone. "L'Histoire du Roi Robert de Sicile, celle du Roi Ebranke et surtout celle à'Enée et de la reine Didoti, déjà mentionnées, suffisent à le prouver avec certitude. La dernière de ces pièces fut jouée en présence d'un grand concours de peuple, venu du pays de Galles et des comtés environnants \Gombien un sujet antique, tel qa'Enée et Didon, nous rapproche nettement de YAriaîie et Thésée qui figure dans le texte des Deux Gentilsho77i77ies que l'on a reproduit au début de ce chapitre. Mais ce qui est encore plus extraordinaire, c'est la ressemblance absolue qu'offre cet E7iée et Didon avec ÏE7iée et Dido7i — comment lui donner un autre titre ? — qui occupe la place que l'on sait dans l'épisode des comédiens à.'Hai7ilet (II, 2, v.
1. The Diyby Mysteries, p. XXVIII: Under 1563, p. 199 : « Upon the Suiiday after Midsomraei' day, the History of Eneas and queeii Dido was play'd in the Roods Eye. And were set ont by one William Croston, (ient. and one Mr Man, on wich Triiimph there was niade t^vo Forts, and shipping on the \vater, besides many horsemen well armed and appointed. »
463-549). Le rapprochement esl tout à fait saisissant. Certes, il s'agit, dans Hamiet, d'une pièce jouée par des acteurs professionnels, mais (jui nous empêche de croire que la même pièce ait été donnée à Ghester, soit par des acteurs bénévoles, soit par les comédiens de profession dont on constate la venue dans cette ville au cours du xvi° siècle? L'identité des deux sujets paraît être infiniment probable. Si la thèse que nous soutenons en ce qui touche William comme auteur du théâtre shakespearien se trouve acceptée, ainsi que nous l'espérons fermement, la relation paraîtra alors certaine entre les deux textes.
Evidemment, en 1503, notre William était encore trop jeune pour se trouver aux côtés de son père et de son grand-père, lors de cette représentation à'Enée et Didon. mais la pièce a pu être redonnée les années suivantes. 11 n'est nullement impossible, d'autre part, qu'elle ait été jouée dans les châteaux patrimoniaux des Derby, à Lathom ou à Knowsley, où se rendaient si fréquenmient des troupes de comédiens et qui figurent eu belle place sur la carte de l'ouvrage de Murrav, à peu près comme les seules résidences seigneuriales visitées par des acteurs de profession, au temps d'Elisabeth et de Jacques I". On s'explicjuerait ainsi que Wil* liam Stanley ait évoqué dans Hnmlct le souvenir d'un spectacle contemplé durant les années de son enfance ou de sa jeunesse et dont il aurait peut-être traité lui-même le sujet, au temps de sa vie universitaire ou à ses débuts de dramaturge, ainsi que
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le texte à'Hamlet permet, à certains égards, de le supposer '.
En tout cas, il est curieux de noter ces rapprochements qui prendront sans doute, quelque jour, une signification nouvelle.
Il apparaît par le texte des Deux Gentilshommes que les 'pageanU de la Pentecôte que jouaient des jeunes gens comportaient des sujets empruntés à l'antiquité classique. On montrait aux spectateurs Ariane se désespérant sur le parjure et la fuite indigne de Thésée, et le jeune acteur bénévole, habillé en femme, qui jouait le rôle de Tabandonnée, approchait par ses larmes si près de la vie même, il ressentait si profondément la douleur de son personnage que le public éclatait lui-même en sanglots. On est en droit de penser que les thèmes offerts par la vie de Thésée, — qu'il s'agisse de souvenirs chesteriens, ou peut-être aussi de souvenirs universitaires, — étaient particulièrement chers à Shakespeare, puisqu'il leur demande encore le sujet principal du Songe, où, du reste, l'abandon d'Ariane se trouve mentionné dans la scène 1" de l'acte II.
Quand Perdita nous est montrée, dans le passage du Conte d'Hiver que nous avons cité, distribuant des fleurs aux invités de la fête agreste qu'elle va présider et évoquant à ce propos les pastorales de la Pentecôte, il est clair que le rôle des fleurs, au cours de ces réjouissances, devait être notoire. Or,
1. Voir, sur ce point, le chapitre que nous consacrons à Hamlet.
nous savons, par les indications contenues dans certaines pièces, que les fleurs, en elîet, figuraient dans ces spectacles. Remarquons encore que le mot paf!toralc tout en s'appliquant, selon la vraisemblance, à des pastorales proprement dites, pourrait aussi désigner des pièces telle que the Sheappeardes playe jouée en 1577 devant les Derby.
Il y eut souvent, par exemple en 1571-1572 et 1575, de grandes difficultés entre la municipalité de Chester et les acteurs occasionnels, d'une part, et les évêques de Canterbury, York et Chester de l'autre. Les pièces jouées dans la ville, à la Pentecôte et à la Midsummer, étaient taxées de superstitions papistes. Les autorités ecclésiastiques et le comte de Huntington formulèrent des interdictions que les habitants de Chester et les acteurs ne craignirent pas de braver. Les plaintes relatives aux abus et scènes licencieuses que ces fêtes amenaient furent de même assez fréquentes. En 1599, la sortie des « géants » et celle aussi du diable emplumé furent interdites, mais en 1001 le cortège fut autorisé à sortir, et l'on voit que cette distraction populaire se prolongea pendant la plus grande partie du xvii* siècle '.
Cependant, les spectacles populaires de la Saint- Jean, à Chester, tout en faisant une large place aux WliitsonPlays, comprenaient, au temps d'Elisabeth,
1. Ancienl Mysteries by W'ill. Iloiic. Londres, 1823. p. 268.
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un certain nombre de spectacles et de réjouissances qui étaient propres à cette fête. Ceux-ci commençaient dès la veille. La nuit de la Midsiimmer (23 au 24 juin) comportait des cavalcades, des parades, des cortèges et même des représentations dramatiques qui offraient un caractère spécial et qui excitèrent grandement les critiques des puritains [Midsumtner watch^ eve, etc.).
Outre des figurations de scènes des deux Testaments ', ces cortèges faisaient défiler à travers Chester quatre géants, un diable emplumé, une licorne, un dragon, un éléphant, seize enfants nus, des danseurs de morisque {7norris dance), six chevauxmallet ou de bois {hobby horses), etc. Nulle part ces fêtes ne furent plus brillantes ni plus durables qu^à Chester ; malgré les interdictions et les censures,
1. A Chester, nous dit Ghambers, quand les représentations de la Pentecôte commencèrent à tomber en désuétude, les corporations furent représentées régulièrement dans les spectacles de la Midsummer par quelques-uns de leurs dra.ma.tis personse, qui, d'ailleurs, figuraient en cortège, en dehors de leurs représentations. Les forgerons envoyaient les Docteurs et l'Enfant- Jésus ; les bouchers, le diable emplumé; les barbiers, Isaac et Jacob ; les maçons, Balaam et son âne, et ainsi de suite. M. Sidgwick, dans son charmant petit livre sur les sources du Songe d'une nuit d'été, a très bien marqué la confusion qui s'est produite entre les rites de Mai et ceux de la « Midsummer ». Les allusions aux fêtes « de Mai que nous offre Le Songe dérivent de Chaucer, Palamon and Arcite. L'emprunt n'est pas douteux. En réalité, Shakespeare, comme l'indiquent le titre de sa pièce et la représentation si caractéristique qu'il évoque, ne songe qu'à la « Midsummer night >>. « Shakespeare's apparent confusion of a May-day with A Midsummernight may seem pardonable to the folk-lorist in the lighl of the facl that various folk-festivals appear to take place indiscriminately on May-day or Midsummer day. See Ghambers, op. cil., I, p 124, 118-120. »
elles se maintinrent, nous l'avons dit, pendant une grande partie du xvii* siècle.
Il y a une allusion évidente h ces représentations dans le titre même de la pièce que le poète a appelée Songe (Tune nuit d'été {Midsummer NighCs Dream). 11 est impossible d'expliquer le titre autrement. Certes, il est probable que cette comédie n'a pas été jouée lors d'une Midsiimyner shoioe ou watche ou eve, ou d'une Midsummer Night, mais dans une circonstance particulière que nous aurons à déterminer plus loin. Néanmoins, il est certain que les représentations populaires de la « Midsummer » se trouvent évoquées dans cette pièce. Diverses données l'indiquent dans la trame comme dans le titre de la comédie, mais ce qui le prouve de la manière la plus frappante, c'est l'épisode qui occupe une si large place dans le cadre de ce spectacle et qui consiste en une représentation organisée, préparée et exécutée par les artisans d'Athènes. Ces honnêtes travailleurs manuels se transforment en acteurs pour la circonstance et jouent la très lamentable comédie et la mort très cruelle de Pyrame et Thisbé, devant Thésée et sa cour, au cours des fêtes du mariage de ce roi d'Athènes avec Hippolyte, reine des Amazones. Il n'est pas douteux que cet épisode rappelle les spectacles analogues donnés par les artisans de certaines villes d'Angleterre h l'occasion de diverses fêtes. Le lien général est visible : nous allons voir s'il est possible "de le préciser avec certitude.
On a peine h s'expliquer comment des critiques
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notoires ont pu voir dans cette manifestation théâtrale l'image intentionnellement présentée par Shakespeare des mœurs des comédiens professionnels au milieu desquels il avait vécu. C'est ainsi que Johnson (cité par Furness, éd. du Songe d'une nuit d'été, p. 33) nous dit que Shakespeare, dans la scène de la distribution des rôles, profite de son expérience du théâtre pour ridiculiser les conipétitions habituelles de comédiens. Bottom, le principal acteur, déclare sa préférence pour le rôle du tyran, etc. Qui ne voit qu'il ne peut s'agir ici, un seul instant, de comédiens de profession, mais, tout au contraire, d'artisans improvisés acteurs ? Or, ce sont précisément des acteurs de ce genre qui jouent, au moyen âge et au xvi^ siècle, les mystères et les pièces de circonstance que différentes villes avaient le privilège de représenter à certaines époques. La ressemblance entre ces fêtes dramatiques et celle du Songe est absolue. Il s'agit donc, dans cette pièce, d'un spectacle organisé par une troupe de gens de métiers ou artisans, à l'occasion d'une fête particulière, qui est censée coïncider avec la Midsummer, époque régulière de représentations de ce genre dans telle grande ville d'Angleterre connue pour ses brillantes solennités théâtrales, et dont nous avons déjà parlé plus haut.
La pièce, jouée par Quince, charpentier, chef de la troupe et sans doute poète à ses heures [Songe ^ acte IV, fin de la se. 1"), Bottom, tisserand, qui passe pour l'acteur en vue. Snug, menuisier, Flûte, raccommodeur de soufflets, Snout, chaudronnier, et
Starveling, tailleur, comporte d'abord une période de préparation : distribution des rôles dans la demeure de Quince {So/ige, acte II, se, 2) ; une répétition dans un bois, près d'Athènes (acte III, se. 1) ; une nouvelle séance chez Quince pour la réunion de tous les acteurs, immédiatement avant le spectacle (acte IV, se. 2) ; et enfin la représentation elle-même (acte V, se. 1) dans le palais, en présence de Thésée, d'Hippolyte et de leur cour.
Tous les détails, si pittoresques et si vivants, que donne Shakespeare sur cette représentation, s'appliquent exclusivement à un spectacle analogue à ceux que nous fait connaître l'histoire des fastes dramatiques de Chester, Les préceptes et conseils de l'inoubliable Bottom sont les mêmes que les séances de répétitions durent suggérer plus d'une fois ;\ de bons artisans improvisés acteurs...
Qu'Adam soit exercé à répondre juste au moment voulu et qu'il le fasse sans lenteur ni précipilation. De même pour les autres acteurs : qu'ils parlent d'une manière posée, avec des gestes correspondant aux paroles, qu'ils n'ajoutent ni ne retranchent aucune syllabe dans le vers, que leur prononciation soit correcte.
Les propos de Bottom ne sont que la satire de ces avis '. Avec quel art la psychologie do ces acteurs populaires de circonstance est reproduite : le poète a noté avec une surprenante justesse les
1. (]eiix-ci, cités par Jusscrand, s'appliquent aux représentntiidis fli's mystères d'iiiie ville du nord de l'Angleterre.
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modifications que subit leur être moral dès que l'organisation de la représentation commence. Les acteurs de Chester se décrivaient eux-mêmes dans leurs convocations, non comme des acteurs de valeur, mais comme des hommes de métiers et des gens simples.
Staunton ', constatant qu'il ne pouvait pas s'agir de comédiens de profession dans le texte du Songe, a bien vu que la pièce de Shakespeare visait les spectacles populaires organisés dans certaines villes au moment de la Saint- Jean, Il se trouva conduit tout naturellement à évoquer les représentations qui se donnaient dans la nuit du 24 juin. Puis, sentant bien que les spectacles de Coventry, quoiqu'il semblât en dire, ne convenaient pas à ce rapprochement, il cita ceux de la cité de Chester. Il remarqua que ceux-ci étaient justement donnés à la Midsummer par des sociétés de métiers, en renvoyante un texte de Daniel Rogers,le vieil historien des représentations de Chester, daté de 1609 (Harl. ms. 1944)*.
Toutes les allusions faites dans Shakespeare aux particularités des réjouissances populaires s'accordent d'une manière remarquable avec les détails les plus caractéristiques de la vie dramatique du vieux Chester : mystères, moralités et amusements populaires : allusions à Caïn, à l'Enfer, au portier de l'Enfer (monologue du portier dans Macbeth, II, 3), à Hérode {O'erdoing Termagant ; it outherods