‹ Sous le masque de "William Shakespeare": William Stanley, VIe Comte de DerbyChapitre 24 sur 43 · Sans parler des Sonnets · texte numérisé non relu

Sans parler des Sonnets

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connaissance évidente des mœurs et des choses du Danemark que Ion découvre dans la pièce et qui a déjà fait l'objet de plusieurs études très concluantes '. Nulle hypothèse sérieuse n'a pu être 'formulée pour expliquer la compétence que Shakespeare montre en ce domaine. Combien plus aisément cette connaissance spéciale des hommes et des usai^es du Nord et du caractère danois, comme aussi des particularités de l'intérieur du palais royal, se comprend chez un personnage tel que William Stanley, grand voyageur et observateur des pays étrangers, fils d'ambassadeur et lié avec tous les diplomates du temps ! Un détail entre beaucoup d'autres : l'auteur A'Ilamlct dirige de vives critiques contre le Danemark, — à supposer qu'il ne songe pas en même temps à son propre pays, dont il signale, en un mot humoristique de l'un des fossoyeurs, la folie générale. Ces propos agressifs : « Le Danemark est une prison », et la suite ; « Il V a quelque chose de pourri dans le royaume de Danemark », etc., seraient très surprenants sous la plume d'un acteur, tenu, de toutes façons, à ménager les susceptibilités de la reine Anne, femme de Jacques I", princesse d'origine danoise, comme on sait, devant laquelle il devait paraître

1. Citons IV-tudo de Slcfansson dans la Contemporary lïevicw, t. 69, jaiiv.-jiiin 1896. Un seul trait éloniie : l'allusion à la falaise (1. se. il. Qui ne voit que l'autour s()nKC, dans ce passajfc. aux falaises de son propre pays, évoqui^es d'une manière si romar(piai)le dans le Itoi Lear et qu'il avait maintes fois contemplées dans ses voya;;es, soit qu'il voguAl vers le continent, soit qu'il en revînt ?

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fréquemment. Remarquons encore que la reine Anne s'était constituée l'active protectrice des Enfants-acteurs. Quelle singulière idée aurait eue William Shakespeare de l'attaquer ainsi indirectement ! Il est vrai que certains passages sur la querelle des acteurs et sur le Danemark ne se trouvent, nous l'avons dit, que dans le Folio de 1623 et qu'ils sont absents du second in-quarto de 1004. Mais là encore, pourquoi un acteur-dramaturge qui n'écrivait que pour le profit immédiat, et au fur et à mesure des besoins de son théâtre, auraitil inséré dans sa pièce des passages qui ne pouvaient être joués et ne devaient voir le jour qu'après sa mort? C'est Téternelle question qui s'impose à notre réflexion.

Selon toute probabilité, a dit Montégut, Harniet aura été la pièce de prédilection du poète et je n'hésite pas à croire qu'elle a occupé toute sa vie .. C'est la pièce la plus personnelle de Shakespeare. De toutes ses pièces, Hamlet est aussi la plus métaphysique, la plus rêveuse, celle où l'action marche le plus lentement, où l'analyse domine davantage, et cependant c'est la plus fortement dramatique. Ni Othello, si pathéthique, ni Macbeth, ni Roméo, ne donnent des émotions aussi intenses. A tous les points de vue, Hamlet reste le drame le plus extraordinaire qu'il y ait dans aucun théâtre, et, si j'ose me servir de ce mot, le plus excentrique.

Celui qui a conçu cette œuvre unique avait fait le tour des choses humaines, non pas simplement par la science ou par la méditation, mais aussi,

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comme on l'a dit, par l'expérience. Mêlé à de fjfiands drames et à des crises violentes, il avait observé riionime, le jeu de ses passions et le mécanisme de ses actions dans l'une des conditions les plus élevées de ce monde.

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