‹ Sous le masque de "William Shakespeare": William Stanley, VIe Comte de DerbyChapitre 6 sur 43 · Le mot de Jacques, plus tard, dans As You Like It · texte numérisé non relu

Le mot de Jacques, plus tard, dans As You Like It

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Même scène avec Dumaine. Double aparté : lecture du poème.

Je vais envoyer ceci et quelque chose encore de plus clair, pour exprimer l'âpre souffrance de mon sincère amour. Oh ! si le roi, Biron et Lonj^ueville pouvaient être amoureux aussi ! Le péché servant d'exemple au péché effacerait rie mon front cette marque de jiarjure ; car personne n'offense, là où tous partagent la même faiblesse.

Reconnaissance mutuelle des quatre poètes amoureux. L'ironie coutumière de Biron s'en donne à cœur joie.

Pitié de moi ! avec quelle patience je me suis tenu caché à regarder un roi transformé en moucheron, le grand Hercule fouettant une toupie, le profond Salomon freflonnant une gigue, Nestor jouant à la poussette avec les enfants, et Timon le satirique riant devant de frivoles jouets' ! Où est le siège de ton chagrin, dis-moi, bon Dumaine? Où est le siège de ta soulfrance, aimable Longucville? Où est le siège de la souffrance de mon Suzerain? Dans le cœur chez tous les trois. Holà! un cordial!

Le roi trouve la plaisanterie amère. Biron feint de se trouver trahi par ses compagnons : lui seul est resté lidèle à son serment... « Quand m'entendrez-vous faire l'éloge d'une main, d'un pied, d'un visage, d'un œil, d'une démarche, d'une attitude?...»

Mais sa lettre, apportée par Jacquinette, le trahit

1. il y a là, évidemment, une réminiscence du second livre de Rabelais.

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à son tour. Ils se reconnaît coupable, de la meilleure grâce du monde. Quel entrain dans son aveu I

BiRON. — Doux Seigneurs, doux amants, oh, embrassons-nous ! nous sommes aussi fidèles à notre parole que la chair et le sang peuvent l'être : il faut que la mer ait son flux et son reflux, il faut que le ciel montre sa clarté ; le jeune sang refuse d'obéir à un vieux décret ; nous ne pouvons mettre obstacle à la fin pour laquelle nous sommes nés : ainsi, de toutes façons nous devons être parjures.

Chacun des quatre complices célèbre, à son tour, la beauté de celle qu'il aime en termes d'une poésie brûlante et imagée. C'est là une des parties les plus remarquables de la pièce. L'hommage final rendu par Biron à la puissance de l'amour, le grand maître et éducateur de ce monde, constitue un morceau d'une rare ampleur, qui témoigne d'une réflexion et d'une connaissance déjà profonde du cœur humain.

Des yeux des femmes je tire cette doctrine qu'elles sont les livres et les académies, qu'elles sont le foyer d'où jaillit le vrai feu de Prométhée... En réalité, en renonçant à contempler les visages des femmes, vous avez vraiment renié l'usage de vos yeux, et vous avez aussi renié l'étude, principe de vos serments : car où est dans ce monde l'auteur qui peut nous enseigner la beauté aussi bien que l'œil d'une femme? La science n'est qu'une addition que nous créons nous-mêmes à notre moi .. Par ce vœu, nous avons renié nos vrais livres. . D'autres arts, à la marche lente occupent le cerveau seul et ne trouvant en conséquence que de stériles adeptes, arrivent à grand peine à montrer la mois-

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son de leur posant labeur. Au contraire, l'amour d'abord appris dans les yeux d'une dame, ne vit pas seul cloîtré dans le cerveau, mais mettant en mouvement tous les éléments, court avec la rapidité de la pensée dans toutes les puissances de notre être et donne ;i chiiciinc do ces puissances une seconde puissance supérieure à ses fonctions et à son office .. L'amour est subtil comme le sphinx, doux et musical comme le luth du brillant Apollon, qui aurait pour cordes sa chevelure, et lorsque l'amour parle, les voix de tous les dieux bercent le ciel d'un murmure d'harmonie. Jamais poète n'oserait prendre sa plume sans que son encre fût trempée des pleurs de l'amour ; mais alors ses vers raviraient les oreilles sauvaj,^es et implanteraient chez les tyrans la douce humilité. Je tire donc des yeux des femmes cette doctrine : d'eux jaillissent sans cesse les étincelles du vrai feu de Prométhée : ils sont les livres, les arts, les académies qui expliquent, contiennent et nourrissent tout l'univers ; sans eux personne n arrive en rien à l'excellence. Vous étiez donc des fous d'abjurer les femmes... '.

On convient d'aller chercher les dames dans le parc, et pour faire la route, chacun donnera le brus à sa belle maîtresse. Pendant l'après-midi, on amusera les dames par quehjue divertissement, car les festins, les danses, les mascarades, les heures joyeuses précèdent le bel amour en semant son chemin de fleurs.

La première scène du dernier acte achève de

1. Quel hymne lyrique à la puissance de l'Amour! Voit-on l'homnic de SLralt'urd dont la vio coiijuj^ale et senlinicnlnle l'ut à la Cois si vulgaire et si lerne, d'apros toul ce que nous arrivons ^^ en connaîlrc, et tontes les attaches si médiocres, composer un pareil morceau ?

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mettre en lumière la figure pédantesque d'Holofernes ; il se charge d'organiser, comme on l'a vu, \e pageant destiné à distraire la noble compagnie. Conversation des dames devant le pavillon de la princesse rechange de propos qui nous livre les sentiments de chacune d'elles. Nous apprenons leurs impressions sur les vers et les cadeaux (gants, collier de perles, etc.) des gentilshommes. Belle et franche déclaration de Rosaline sur Biron. Arrivée des quatre Navarrais accoutrés à la manière des Moscovites ou Russes. Jolie scène d'imbroglio facilitée par les masques des dames. Elle refusent de danser avec les prétendus étrangers, malgré l'invitation de la musique. Comment donner une idée de ces dialogues étincelants, sans les reproduire en entier ? Citons seulement l'appréciation si fine de Bojet :

Les langues des filles moqueuses sont aussi tranchantes que le fil invisible d'un rasoir, qui coupe un cheveu si menu qu'il en est imperceptible ; leur esprit est plus fin que la finesse même, et cette conférence me paraît en donner la preuve ; leurs plaisanteries ont des ailes plus agiles que les flèches, les boulets, la pensée, le vent, les choses les plus rapides.

Les seigneurs reparaissent sous leurs costumes habituels. Remarquable portrait de Boyet brossé par Biron, et que suit une exquise confession du galant Navarrais. Scènes de dépit amoureux qu'interrompt la représentation des Neuf Pileux, coupée par nombre de réparties de la part des nobles spectateurs Une triste nouvelle l'interrompt : la prin-

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cesse apprend la mort de son père ; elle veut aussitôt sauver la situation qui lui paraît devenir de plus en plus délicate et affirme son intention de quitter la cour de Navarre. Mélancolique réponse du roi. Justification spirituelle et émue de Biron.

...Quant à ce qui a pu sembler ridicule en nous..., vous savez que l'amour est plein d'incartades inconvenantes, tout caprice comme un enfant, tout cabrioles, tout vanité ; engendré par IVeil, il est comme l'œil plein de visions étranges, de lubies et de formes, et il passe sans cesse d'un sujet à un autre, comme l'œil se promène successivement sur tous les objets qui se présentent à ses regards.

La Pkincesse. — Nous avons reçu vos lettres pleines d'amour, vos présents, ambassadeurs d'amour, et dans notre virginal conseil, nous les avons estimés galanterie, comédie plaisante, courtoisie pure, pathos et boursoullures proiires h faire passer le temps, mais nous n'en avons pas été autrement alfectées, et nous avons pris vos amours pour ce qu'ils se présentaient, comme des amusements.

Elle prétend éprouver la sincérité de l'amour du roi et lui impose une retraite d'un an dans un ermitage solitaire et nu. Si ses sentiments résistent au temps et à l'éloignement, la princesse sera à lui. Navarre accepte. Les trois autres couples conviennent d'un arrangement semlilablo. Rosaline envoie le sémillant Biron, dont elle trace un si joli portrait, distraire les pauvres malades dans un hôpital. Armado épousera Jacquinette après trois années. Les deux chansons du printemps et do l'hi-

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ver, si expressives l'une et Tautre, terminent cette spirituelle et originale comédie, chef-d'œuvre d'entrain, de joie et de délicate sensibilité.

Il ne faut pas perdre de vue, pour l'étudier, que son texte primitif a dû subir des remaniements notables. La première édition de Peines d Amour perdues, parue en 1598, est donnée comme reproduisant le texte de la comédie, telle qu'elle fut représentée devant la reine Elisabeth (à la Noël de 1597), et nouvellement corrigée et augmentée. Ce fut sans doute pour cette raison que dans les stages directions de l'in-quarto de 1598 le roi de Navarre est appelé simplement: le roi ; Armado, Braggart; le page, Boy ; Holofernes, le Pédant, etc. Par contre, dans les noms de personnages du dialogue, la princesse de France est dénommée Queen, la reine, alors que, dans le Folio, elle porte le nom de the Princesse of Fraunce^ la princesse de France, aux mêmes endroits (par ex. II, \, etc.). Nous reviendrons plus loin sur cette particularité. Il y eut donc, et cela est admis par tous les critiques, deux versions successives de cette pièce. Nous estimons, après une étude attentive de la question, nous réservant de la traiter plus amplement quelque jour, que les remaniements furent précisément nécessités par ce fait que la pièce faisait allusion à des événements et surtout à des personnages contemporains. Il est

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infiniment probable que la première rédaction comportait des allusions encore beaucoup plus claires et que les figures mises sur la scène étaient très nettement reconnaissables.Or,il était interdit de traiter au théâtre de matières d'Etat ou de religion. Cette prescription dut amener, selon toute probabilité, les changements spécifiés dans le titre de notre comédie. Très vraisemblablement, le roi Henri de Navarre était, dans le texte primitif, désigné sous son véritable nom ; des allusions trop transparentes furent supprimées, des faits cités modifiés et rendus plus difficiles à identifier, et ainsi de suite. J'imagine volontiers que la pièce a été représentée pour la première fois à la Cour, en 1589, par les acteurs de Lord Strange, frère de notre William, et que ce fut en raison des allusions trop nombreuses qu'elle contenait touchant des figures et des événements contemporains, que cette troupe de comédiens se vit momentanément interdire par le Lord Maire, sur l'ordre de Lord Burleigh, de continuer ses représentations '.

Ajoutons que la pièce fut publiée en 1598, sans « licence » enregistrée au Slationers Company* s Beyisler, et que toutes les représentations de Peines d Amour mentionnées au xvi' et au xvir siècle eurent lieu à la Cour *. On a relevé, d'autre part,

I. Furncss assure (éd. de Hainlel.p. 163) que les comédiensdu Lord Amiral et de Lord Stranj^e se virent aslreinls au silence pour avoir introduit des matières d'Etat et de Helijçion sur lu théâtre.

'-'. Une lettre «le 1604 nous apprend que la comédie de Peines (iMmoH/- devait étrejouée par Burbagc, etc., chez Lord Southamp-

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depuis longtemps, les ressemblances qui existent entre certains passages de cette comédie et les sonnets de Shakespeare. Quand l'édition de 1598 pa- •rut, c'était la première fois que le nom de Shakespeare figurait sur un titre de pièce ; celui dont nous parlons porte : by W. Skakespere. Or, depuis Véîuis et Adonis, en 1593, jusqu'au premier Folio, toutes les œuvres publiées sous le nom de Shakespeare parurent avec le nom orthographié Shakespeare, ou très souvent aussi Shake-speare, sauf deux exceptions : celle que nous venons de citer et une édition du Roi Lear, de 1608, qui porte Shak-speare.

Autre observation d'une portée réelle : le texte de Peines d' Amour offre des erreurs et des confusions manifestes en assez grand nombre ; il y a çà et là des incertitudes notables dans le texte. Des propos sont attribués à certains personnages qui conviennent évidemment à d'autres. Ces interversions et répétitions sont évidentes. Il semble bien qu'en divers endroits l'impression ait reproduit à la fois des passages du texte original et du texte revisé. Cet aspect important de la publication de l'œuvre mérite de retenir l'attention. On doit signaler aussi, dans la pièce, l'emploi d'un certain nombre de mots rares. Quant à démêler les rapports de l'édition in quarto avec l'in-folio, il n'y faut pas songer. Furness avoue (dans son édition, p. 6) que « de

ton devant la reine Anne, comme une vieille pièce extrêmement amusante que la reine n'avait jamais vue {Hist. Mss, Conimiss. Third Report, 1872, p. 148).

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quelque côté que nous nous tournions pour pénétrer le mystère du texte des in-quarto et du Folio, nous sommes condamnés à rester confondus [haf/lcd) ».

Nous estimons qu'il ne saurait subsister aucun doute sur les faits auxquels se rapporte la première œuvre du théâtre shakespearien, malgré les modifications qu'elle a pu subir. Le souverain mis en cause est le roi Henri de Navarre, notre futur Henri IV. Quand l'auteur nous parle de saint Denis comme le patron de son royaume, c'est assurément qu'il considère Henri comme le futur maître du grand royaume voisin, si toutefois cette allusion n'est pas postérieure à l'avènement du fils de Jeanne d'Albret au trône de France.

Les trois compagnons du roi de Navarre portent trois noms célèbres à des titres divers dans l'histoire d'Henri IV. Biron est Charles de Gontaut, baron de Biron, né en 1562, — donc exactement contemporain de W. Stanley — fils d'Armand de Gontaut, lieutenant général de Guyenne. Ce personnage est bien connu comme ayant été, dès sa jeunesse, le grand ami et le soutien de Henri IV. Il accompagna son père en Guyenne, en 1577, lors des négociations qui amenèrent la paix de Bergerac. Mêlé à toutes les négociations postérieures qui eurent lieu entre son père et la galante cour de Navarre, il conquit au milieu de celle-ci une place toute particulière. Il se couvrit de gloire à Arques et à Ivry. On sait sa triste lin, à la suite d un complot. Il y a une concordance entre son caractère et celui du Biron de Peines d' Amour ^ cq Biron que

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les mille langues du monde proclament inépuisable en moqueries, plein de comparaisons comiques et de railleries agressives dont il crible les gens de toute condition qui tombent sous la coupe de son esprit,

Long-ueville est Henri d'Orléans, premier du nom, duc de Longueville, gouverneur de Picardie, qui défit les troupes de la Ligue à la bataille de Senlis, tint constamment le parti du roi Henri IV auquel il amena un puissant secours au siège de Dieppe, etc. Il se trouva au sacre du roi à Chartres, en 1594, et mourut accidentellement à Amiens, l'année suivante. La duchesse de Longueville, sa mère, était la tante du roi de Navarre, qui entretint avec elle d "affectueux rapports '.

Dumaine est probablement Mayenne, duc da Maine, qui avait été en relations amicales avec Henri IV, avant de devenir son adversaire. 11 est bien question dans les lettres missives de Henri IV, d'un Dumaine ou Du Mayne, comme gentilhomme de la chambre du roi de Navarre, mais ce personnage paraît trop peu important pour pouvoir faire figure àcôtéd'unBiron ou d^in Longueville. Remarquons qu'il y a encore un capitaine français du nom de Dumaine dans Tout est bien qui finit bien. Un La Roche du Maine se rencontre également à la même époque, au temps de Henri IV, de même qu'un Antoine Boyet, intendant des finances, un Mercadé ou Marcadé, un écuyer tranchant du nom de La Motte, etc.

1. L'Hôtel d'Anjou que Marguerite de Valois possédait à Paris fut vendu par elle à M""" de Longueville.

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Les diverses indications concrètes fournies au cours de la pièce cadrent pleinement avec les données qui viennent d'être exposées : saint Denis comme patron de la France dont le roi de Navarre devait devenir un jour le souverain; plusieurs mots français : allons, Tenvoy ' ; le branle (branl). danse absolument française citée deux fois et quaimait à danser la reine de Navarre *. On ne saurait omettre davantage l'allusion aux guerres civiles contemporaines faite par la princesse de France (II, se. I, v. 2:24-6). Quand elle dit : « ... Nobles amis, faites la paix : cette guerre civile entre les beaux esprits * serait mieux employée contre Navarre et ses rats de bibliothèque, ici, elle est abusive, » son intention est, visiblement, d'évoquer les événements de l'époque. L'expression n'estpas placée au hasard mais introduite avec intention *. Enfin la scène se passe entièrement en Navarre, et le cadre : parc, pavillon du roi de Navarre, une autre partie du parc, etc., peut s'identifier sans peine avec le parc de Nérac. Toutes les scènes, sans exception, se déroulent sous ses ombrages, ce qui semble bien supposer que le lieu est favorisé par une température douce et agréable.

1. On pourrait citer encore cnpnn et la proposition sans, deux mots, il est vrai, qui avaient sans doute droit de citi en Angleterre, de même que : Mnd.iine, enfranchise, Frnnces, sequel, elc,

2. En même temps, dit un historien, M. de Lescure, que le passamenlo italien (passi/ measures de la /:?* i\uit) qu'on appelle aussi passaniezzo et la pavane. Il existait un branle de la torche.

.3. This civil War of Wits.

4. On s accorde à voir une allusion à la guerre civile poursuivie par la Ligue contre Henri IV dans la Comédie des Méprises (III, 3, l. 127-8).

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Notons que l'art des vers était pratiqué à la cour de Navarre plus peut-être qu'en aucune autre. La reine Marguerite composa de nombreux vers d'amour, Henri de même. Chacun sait que du Bartas, Pibrac et d'autres poètes encore séjournèrent volontiers au château de Nérac. Quand Marguerite fit son entrée solennelle à Nérac, montée sur une haquenée blanche, elle fut fêtée par une pastorale en trois langues de du Bartas. Le Vert- Galant s'adressait volontiers en vers à ses maîtresses. Ici encore, la rencontre de la réalité et du thème de la pièce est tout à fait sensible. Qui ne connaît la chanson de Charmante Gabriellet Henri de Navarre se piquait, à l'exemple de sa grand'mère, Marguerite d'Angoulême, de sa mère, Jeanne d'Albret et de sa sœur, Catherine de Bourbon, de cultiver la poésie. La chanson que nous venons d'évoquer suffît à prouver qu'il y réussissait fort bien.

Il est inutile d'insister sur la ressemblance du roi de Navarre amoureux de Peines d'Amour avec notre Henri. Une part de sa popularité si profonde à travers les âges, et toujours vivace, est faite de son prestige d'amoureux audacieux et passionné. Mais nous ne saurions trop insister sur l'étonnante similitude des procédés employés par le roi de la comédie shakespearienne et par lamant de la belle Gabrielle et de tant d'autres du Nord et du Midi.

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