‹ Sous le masque de "William Shakespeare": William Stanley, VIe Comte de DerbyChapitre 8 sur 43 · La Heine, dans les éd. originales · texte numérisé non relu

La Heine, dans les éd. originales

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Catherine. — Je veux dire que vous enfermez une âme lés-ère sous une beauté sévère.

Nous avons tenu à reproduire ces dernières répliques, parce qu'il y aura un grand intérêt à rechercher dans un instant si une allusion réelle ne se trouve pas cachée dans cette mention émue de celle qui mourut d'amour. Mais le fait inattendu qui se dégage de ce dialogue, c'est le procédé de correspondance poétique et amoureuse qu'on y voit décrit, et qui est le même que celui dont usait le roi Henri. On sait que le Vert-Galant scellait toujours ses lettres d'amour d'un cachet spécial emblématique ou figurait un H avec les célèbres lacs d'amour au milieu. En outre du cachet de cire, les missives portaient d'autres emblèmes amoureux à l'intérieur aussi bien que sur l'adresse, et spécialement tout autour du monogramme de la signature : des s majuscules traversés par un trait figurant une sorte de flèche, et qui passent pour l'emblème du baiser. 11 en subsiste de nombreux exemplaires. Il m'a été donné de contempler, un peu avant la guerre, le plus curieux peut-être de tous. Un amateur, le comte Le Gonidec de Traissan, a bien voulu me communiquer l'original authentique de la chanson : Charmante Gabrielle, écrit d'un bouta l'autre de la main même d'Henri IV, précieuse relique d'amour s'il en fût. Il s'agit de l'exemplaire que le royal poète avait adressé sous forme de lettre, dès l'achèvement de la pièce, à Gabrielle d'Estrées. Autre détail qui achève de rendre la ressemblance extraor-

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dinaire : plusieurs strophes sont écrites dans la marge, et c'est justement le fait que remarque la princesse au sujet des lettres du roi de Navarre, dans Peines d'Amour perdue.<i.

Il y a donc, pour ainsi dire, identité entre les deux procédés de correspondance : envoi de vers sur une feuille de papier, écrite même dans la marge, pliée comme une lettre et scellée d'un emblème d'amour réservé à ces tendres missives.

Il est encore un autre trait non moins caractéristique, indiqué au début de l'acte IV :

Une autre partie du parc.

Entrent La Phincesse, Rosaline, Maria, Catheri.ne BoYET, seigneurs, suivants el un garde-chasse.

La Princessk. — N'était-ce pas le roi qui éperonnait si chaudement son cheval pour lui faire pratiquer l'ascension de cette colline escarpée ?

BoYiîT. — Je ne sais; mais je crois que ce n'était pas lui.

La Princesse. — Quel qu'il fût, il se montrait possédé du démon de l'escalade ! Eh bien, Seigneurs, aujourd'hui nous dépêchons nos affaires et samedi nous retournerons en France.

Il va de SOI que, malgré le doute de Boyet, la constatation faite par la princesse peut s'appliquer au souverain. Autrement, l'évocation du cavalier intrépide, à cette place, n'aurait pas eu de sens. Or, les prouesses du Vert-Galant, comme cavalier, et aussi comme chasseur, sont suffisamment fameuses. On connaît celles qu'il accomplit en qualité de cavalier

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pour aller rendre visite, entre deux combats, à telle de ses célèbres maîtresses. Dès sa jeunesse, il se montra audacieux et infatigable dans tous les exercices du corps, spécialement dans celui de l'équitation. Il nous paraît impossible, puisqu'il s'agit bien ici du roi de Navarre, que le poète n'ait pas introduit, dans ce passage, l'un des souvenirs que lui avaient laissés son séjour en Béarn.

Nouveau trait d'analogie, qui d'ailleurs n'est sans doute que fortuit : de part et d'autre, à la cour de Peines d'Amour comme à la véritable cour de Navarre, on évoque Timon le misanthrope. Biron le cite dans la scène 3 de l'acte IV, et aussi Marguerite, au cours d'une lettre écrite à son mari, dans l'automne de 1582 : « Si j'osais dire, si vous étiez honnête homme, vous quitteriez l'agriculture et l'humeur de Timon pour venir vivre parmi les hommes. » Or, coïncidence vraiment étonnante, cette allusion inattendue au goût momentané du roi pour la retraite se place juste au moment où William Stanley a pu visiter la Navarre. Elle s'accorde avec la détermination prise par le souverain, au début de Peines d'Amour^ de vivre dans la solitude.

Ne nous lassons pas de le répéter : les commentateurs, en présence d'une comédie telle que celle qui nous occupe, si pimpante et si vivante, ne nous apportent pas la moindre donnée d'ordre psychologique. La pièce aurait été composée il y a deux mille ans, qu'on serait sans doute mieux éclairé sur ses origines, les circonstances de sa composition,

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sa portée, ses dessous : seule, notre explication apporte un peu de lumière et tend à dissiper le mystère '.

La concordance des faits est donc très manifeste, surtout si Ton tient compte des changements et déformations qui ont été introduits dans le second texte de la pièce, le seul qui nous soit parvenu, dans le but d'éviter les identifications trop faciles, interdites par les exigences de la politique. Chose infiniment curieuse, il nous reste des traces de la première rédaction, non seulement dans les répétitions et confusions qui apparaissent en certains endroits au cours du dialogue, mais encore dans les indications relatives à ce dialogue lui-même. On sait que plusieurs textes de pièces de Shakespeare nous livrent des noms d'acteurs ou des noms de personnages qui avaient été modifiés, laissés les uns et les autres par mégarde au moment de l'impression. Or, un précieux témoignage de ce genre nous reste dans le premier in-quarto de Peines d'Amour auquel personne ne paraît avoir pris garde. Dans les indications de dialogue d'un certain nombre de scè~ nés, la Princesse de France, cjui est exactement dénommée The Princesse of France en tête de la

1. Pour expliquer les \eiif Preux, on nous donne des textes trîîs anciens, restés manuscrits, que Siaakes|)eare n'aurait pu counailre sans un hasard extraordinaire, mais en fait de textes du xvt* siècle, pas un seul.

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scène, est appelée Oueen, la Reine : acte II, se. 1^ une fois, alors que partout ailleurs le texte porte Prin. ' ; acte IV, se. 1, dix-huit fois, c'est-à-dire d'une façon continue, sauf en tête de la scène ; acte V, se. II, partout jusqu'à la fin. Cette appellation Oween apparaît surtout dans l'édition in-quarto de 1598; elle a été supprimée en plusieurs endroits dans Tédition in-folio de 1623 ^ Il y a là une survivance du texte primitif fort remarquable et que rien n'a jamais expliquée. D'après l'exposé que nous venons de présenter, la justification de cette survivance devient bien simple. Nous croyons, en effet, que la princesse de France était primitivement la reine Marguerite de Navarre et que notre comédie la représentait venant rejoindre son époux à Nérac — avec ou sans sa mère — pour y reconquérir l'amour de son mari et préparer la solution des questions multiples relatives à TAquitaine, à sa dot, à son douaire, etc. Quand l'auteur se trouva dans l'obligation de rendre ses personnages moins reconnaissablés, il transforma la reine en princesse de France, mais l'ancien intitulé subsista çà et là, probable-

1. Chose singulière, le premier discours de la princesse qui porte Queen dans les in-quarto est coupé, au 9» vers, dans le second in-quarto, par une seconde indication Prin. Tout cela atteste les remaniements.

2 Queen se trouve dans les in-quarto : II, 1, v. 16; IV, 1, V. 4; V,2, V. 48, alors qu'aux mêmes endroits ce mot se trouve remplacé par Prin. dans les in-folio. En tête de la se. 2 de l'acte V, on trouve : Enter the Ladies, dans les in-quarto et Enter Princesse, and Ladies dans les in-folio. Au v. 653 de la se. 2 de l'acte V,on trouve Qu.dans les in-quarto et C/o. dans les in-folio, etc.

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ment dans les parties qui avaient subi peu ou point de remaniements. Pour ne citer qu'un seul exemple: (juand je lis en tête de la scène 1 de l'acte IV :

Enter Ihe Princesse, /j Forrester, lier Ladies and her Lords.

Qu[een\ \ Wast that the King that spurd his horse

so hard...

il m'est impossible de ne pas croire que si le mot Qiieen est demeuré dans l'in-quarto de 1598, c'est qu'il ligure en quelque sorte comme un « témoin » de l'ancienne version \ Quand la reine parle du roi, elle parle tout simplement du roi son mari qu'elle est venue retrouver à Nérac et en Béarn.

Au reste, il subsiste dans le texte remanié plusieurs autres indices extrêmement clairs et significatifs, bien qu'ils soient restés ignorés. L'Aquitaine est appelée douaire d'une reine (II, I), et il est avéré que la question du douaire de Marguerite fut souvent soulevée alors et qu'elle fut intimement liée au sort de plusieurs villes de l'Aquitaine. Pendant toute la période dont il s'agit, les difficultés relatives à sa dot et à son douaire se trouvèrent constamment mêlées aux conflits dont la Guyenne était le théâtre et l'objet.

Mais il y a mieux encore : une des dames d'honneur de la princesse, au moment où celles-ci nous

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