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XVIII PREFACE

Tous nous aimons bien les € fleurs de la Brentaj » la solitude, Vamour^ le réve^ la poésie ! Tous nous aimons bien les fleurs de la Brenta... Et la Vérité. Et la Justice,..

Qu'un jour y quelqu'un dise de nous tous, depuis Zola jusqu'au plus humble de ses amis : « Ils aimèrent la vérité, ils voulurent la justice... » Nous ne souhaitons rien de plus...

Il ne se trompera pas : nous F aurons mérité, et nous Fespérons avec confiance.

Jean âjalbbrt Jamier-AvTil 4898.

IIARCHAIVDS D'OPIi\IO^S

A Eugène Carrière.

« L'Opinion n'est pas toute avec moi, ulors je me retire », a écrit le honteux Fernand de Rodays, à genoux devant Périvier, en quittant le Figaro,

L'Opinion, pour le directeur congédié, c'est la vente. La Vente, c'est, en effet, rOpinion pour tous nos directeurs de journaux, à peu près.

Avec M. de Rodays, un peu bonhomme^ au fond, on pouvait redouter qu'il s'apitoyât sur un cas de justice et de vérité.

On pouvait craindre qu'il ne fit un peu d'air, n'ouvrît une fenêtre, dans son journal.

Avec Périvier, on est tranquille : il a de Tentraînement, les mauvaises odeurs ne rincommodent pas.

Et puis, il y a le souple Galmette, capable d'épouser tous les intérêts successifs de la maison.

,Gomme ils sont fiers, les défenseurs du Hulan Esterhazy de pouvoir nous crier :

« Vous n'avez pas l'Opinion avec vous ».

Leur opinion, non, ni celle de la masse qu'ils entraînent à leur suite, encore.

Mais il y a la nôtre.

De quel droit entendent-ils la négliger?

A force de cris et d'injures, ils prétendent nous réduire au silence. Ils savent qu'ils intimident ainsi les faibles et les indifférents. Cela réussit, çàetlà, quelque temps.

Mais ce qui réduit les uns exalte les autres.

Des Scheurer-Kestner^ desTrarieux, des

SOtJS LE SàBUE 3

Duclaux sortent de la retraite pour apporter leur contribution à la vérité. '

La publication du \ide et imbécille acte d accusation contre Dreyfus a rallié à Tidée de la revision du procès nombre d'esprits qui né voulaient pas douter de la chose jugée.

La comédie du Conseil de guerre acioel exaspère tous les républicains soucieux des droits de la défense, et qui n'admettent pas que la justice puisse être soupçonnée.

Oui, la Libre Parole, V Intransigeant, le Petit Journal j etc., ont pu exciter ce que Voltaire appelait « la démence de la canaille » ; ils ont pu empoisonner de mensonge le peuple naïf et patriote, dans une question nationale : on n'a pas touché l'âme de ceux qui n'acceptent pas les opinions tout imprimées. Artistes, écrivain^, savants, médecins et professeurs, avocats et magistrats, chez tous, comme cnez le successeur de Pasteur, M. Duclaux, le doute est né, la révolte s'installe.

Les partisans de la re vision du procès Dreyfus n'ont pas TOpinion avec eux ? Laquelle ?

L'Opinion de la foule stupéliée par une presse criminelle î

Peut-être.

Mais il y a l'Opinion consciente, qui s'établit par les faits, par la raison. Cette opinion est pour la lumière. Quelle pensée libre acceptera de voir le misérable fanatisme antisémite s'introduire dans les dé^ Gisions de la justice, civile ou militaire ?

Il faut aux hommes d'indépendance, pour assurer leur conviction, autre chose que les maniaques démonstrations de Drumont, les pirouettes fatiguées de Rochefort, les étincelantés fantaisies de Vert-Voort.

Les honnêtes gens savent que Drumont, tvec Mores, chercha l'argent des Juifs :

Votre immonde journal est une charretée De masques déguisés en prédicants camus, Qui passent en prêchant la cohue ameutée Et qui parlent argot entre deux ôremus 1

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Lorsque Drumontcrie: « Sus aux Juifs », les honnêtes gens demandent à réfléchir !

Drumont !

Est-ce qu'on ne Ta pas vu, l'autre jour, tenir les cordons du poêle aux obsèques de Daudet, qu'il a diffamé de toute sa force, lui et ses enfants !

Rochefort, c'est un éclat de rire ! — penser à ce qu'il écrivit des conseils de guerre — dont il proclame aujourd'hui Finfaillibilité papale !

Rochefort défendant l'honneur de l'armée I

Allez, continuez, tournez la manivelle Do votre impur journal, vils grimauds déprayôs ; Avec vos ongles noirs grattez votre cervelle ; Calomniez, hurlez, mordez, mentez, vivez!

Rochefort sait Victor Hugo par cœur ; il reconnaîtra ces vers. i

Les honnêtes gens... M. Vert-Voort ?

Les honnêtes gens n'en disent rien.

Marchands d'opinions, Drumont, Ro

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chefort — oui, mais de leurs opinions, du moins ; ils les fabriquant et avec talent.

Il y a d'autres marchands d'opinions — catholiques ou juifs — sortes de dépositaires louches, qui ne risquent rien et em* pochent les bénéfices — argent et décorations.

Voici VEcho de Paris, où grouille la tribu dégoûtante des Simond.

Ils abritent leurs sales tripotages sous le couvert de la littérature, derrière Anatole France, les Margueritte, Henry Baûer, Lucien Descaves, Séverine, Fouquier- Nestor-Colomba, etc..

Pour Taffaire Dreyfus, on a remplacé les écrivains par un rédacteur du ministère de la guerre.. La copie ne coûte rien ainsi, au contraire. C'est de la sorte qu'on fait l'opinion « de l'Opinion ».

Le public, habitué aux articles révolutionnaires, pleins d'humanité de Séverine, de Baûer, de Descaves est amené à croire

que si ses auteurs se taisent, c'est qu'ils n'ont rien à dire...

Hélas, quelle n'est point leur tristesse de se taire!

Et vous connaissez VEclair, ABSOLU- MENT INDÉPENDANT, de Sabatier — une tribune libre, avec des prêtres et des communards, comme collaborateurs extrêmes.

Les articles qui n'étaient point contre Dreyfus ont été supprimés, j'en sais quelque chose.

Et le lecteur, devant tant d'articles de ses conseillers quotidiens, qui s'abstiennent de prononcer le nom de Dreyfus, adopte l'opinion, émanée du ministère, qui emplit le journal.

Et Vlntérieur décore Sabatier. |

Et ses collaborateurs lui offrent des banquets.

Voilà ce qu'est l'Opinion propagée par la presse vénale ou fanatique.

Et lorsque l'opinion d'un Scheurer-

Kestner, d'un Emile Zola, d'un Duclaux, d'un Clemenceau, d'un Trarieux, d'un Bernard Lazare, d'un Urbain Gohier, d'un Jaurès, d'un Ranc, se manifeste, ô Drumont, ô Rochefort,

Vous insultez l'esprit, Técrivain dans set oeillet, Et le penseur rêvant sur les libres sommets 1

Comment faire pour qu'il n'en soit plus ainsi?

Que les honnêtes gens parlent haut ; qu'ils sortent de la retraite, qu'ils se lancent dans la bataille, qu'ils jettent leur pensée à la foule avide de vérité...

Elle avale ce qu'on lui verse — de l'ordure.

Il est grand temps de lui changer son ordinaire.

J'en connais, que retient seule la peur de l'injure, qui tombe sur quiconque prend part à la lutte.

Qu'est-ce que ça peut faire l '

S'ils savaient la joie qu'on a d'avoir crié sa pensée ?

]e suis dans une maison bien chaude^ près des miens, avec une lampe confortable, du feu, du tabac, des livres ; comme je pourrais être tranquille !

Eh bien ! non, je ne serai pas lâche, partons dans la boue, vers les journaux — pour la Vérité, pour l'Humanité.

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