VIVE ZOLA
A Jean PsicharL
Ils crient : A bas Zola...
C'esl-à-dire : A bas la lumière, à bas la vérité, à bas la liberté, à bas la justice, à bas la foi et le courage civiques»
Ils crient : A bas Zola...
C'est-à-dire : A bas la République! A bas la Révolution!
Ils crient : A bas Zola.
C'est-à-dire : Vive le sabre! Vive le goupillon !
Eh I bien, personne a*a plus le droit de
se laire. Il ne s'agit plus des romans de Zola ; il s'agit de l'histoire de la France.
Puisque Zola, par sa mâle audace et son formidable élan, personnifie aujourd'hui la tradition française dans ses vertus les plus généreuses, ne laissons pas la canaille rouge et noire pousser impunément son cri de réaction. '
Vive Zola ! — contre la tourbe des rues, les souteneurs embrigadés par la Sûreté, qui poursuivent, en vociférant, le fiacre d'Yves Guyot ou la voiture deLabori.
Et les journaux décorés applaudissent et encouragent ; ils disent : « l'admirable peuple de Paris !»
Le peuple, ça ! Allons donc ; il travaille, le peuple; il na point le temps d'aller hurler sur le3 quais!
Vive Zola ! — contre les intrépides citoyens qui se jettent à mille contre un — qui a opposé son : Vive Zola ! aux : A bas Zola, à quarante sous la journée, de la Préfecture.
A la veille du xx* siècle, toute une presse criminelle excite la populace à se ruer, poings tendus^ contre un écrivain, gloire de notre pays ! Toute une presse approuve, félicite ces bandits du ruisseau. Et ce son naturellement tous ceux qui ont le plus la peur des coups, les Sabatier et les Pollonnais, gens d'Intérieur, qui se ^réjouissent de ces attentats, exécutés sous les regards bienveillants de la police.
La boue ne leur suffît pas, il leur faut du sang !
Vive Zola ! — contre cette presse syndiquée dans le mensonge, dont les patrons ou les valets s'attachent d'un ruban rouge ; lisez ces feuilles où les audiences de la (Jour d'assises sont dénaturées, ou l'on imprime en capitales géantes les imbéciles propos du général Mercier, où Ton supprime, sans plus, toutes les dépositions accablantes pour l'Etat-Major, pour ;
Tous ces gueux devant qui la probité se cabre, Les tratneurs de soutane et les tralneurs de sabre I
Qrecs qui tiennent les lois comme ils tiendraient les cartes '
Vive Zola, oui, contre les Boîsdeffre, les Billot, les d*Ormescheville, les du Paty do Clam, misérable voleur d'honneur de femme, qui s'étonne de voir le nom de M"* de Comminge jeté à la foule ! Du Paty de Glam, le fou, qui, dans sa maladie inquisitoriale, voulait surprendre les secrets de Dreyfus, en pénétrant, la nuit, avec une forte lanterne, dans son cachot! Du Paty de Glam, qui cherchait la culpabilité de Dreyfus, à l'agitation de sa bottine !
Vive Zohf contre :
...Tous ceux qui n*ont ni cœur ni flamme,
Qui boitent de l'honneur, et qui louchent de Tàme,
contre les Pauffm de Saint-Morel, commissionnaire du ministère et de Rochefort,
sous LE SABRV 77
contre le commandant Ravary qui, jadis, a sollicité une place déjuge de paix, refusée pour insuffisance de moralité. Ravary!
que :
Force geni ont connu, jadis, quand tu courais Les brelans, les enfers, les trous, les cabarett!
Vive Zola — contre la bureaucratie armée, contre laquelle nous ne désarmerons pas.
Vive Zola — contre le képi jésuitique et contre la mître qui absout les coups d'Etat.
Vive Zola — contre les renégats de V Eclair et de Ylnlransigeant, de Tancien Père Duchêne, Alphonse Humbert, jusqu'à Rochefort, l'ancien Lanternier — qui n'éclaire plus qu'au Jour !
Vive Zola — Tltalien, contre Maurice Barrés, le déraciné, qui se plantera où l'on voudra de lui comme député! Maurice Barres, le mieux doué des écrivains de la génération, et qui se ravale à la basse politique, de la façon vraiment la plus mes-
quine, faute d'avoir médité les conseils du poète :
Tu ne dois pas chercher le pouvoir, tu dois faire
Ton œuvre ailleurs ; tu dois, esprit d'une autre sphère.
Devant roccasion reculer chastement^
pour défendre :
Nos soldats trop aisés à tromper, et ton frère»
Le pauvre homme du peuple aux cabanons jeté»
Et les lois, et la triste et fière liberté ;
Consoler dans ces jours d*anxiété funeste,
L'art divin qui frissonne et pleure, et pour le reste.
Attendre le moment suprême et décisif.
Ton rôle est d'avertir et de rester pensif I
Maurice Barres, Thomme de toutes les palidonies, qui, jadis, écrivait : « Il est des « publicistes qui se figurent qu'aller en bi- « cyclette c'est agir. Non, ce n'est que se ri- « diculiser. Acertains qui opposent les ado- « lescents du lendit aux jeunes analystes « repliés sur eux-mêmes et dédaigneux de « participer aux luttes du siècle, je réplique « simplement que les dits gymnastes sont
€ une quantité négligeable qui n'a de nom « dans aucune classification intellectuelle.
« Elle est assez belle la liste de ceux qui se « seront abstenu d'agir pour qu'aucun d'eux « ne rougisse. La vie contemplative des « cloîtres vous a une autre allure que «l'intrigue canaille du Palais-Bourbon... »
Maurice Barrés, que cette pauvre ambition réduit aux stratagèmes des parlementaires les plus puérils.
Dans sa dernière campagne électorale, rencontrant deux de nos comédiens les plus connus, il leur demandait de venir à ses réunions, costumés en ouvriers \
Vive Zola ! contre les indifférents qui ne veulent rien entendre :
Car c'est une façon à ceux qui restent neutres
De leur faire sentir^ qu'ils ne sont que des pleutres 1
J'en conviens ; nous avons une corde au poignet. Que voulez-vous I La Bourse allait mal; on craignait La République rouge et même un peu la rose...
Et le poète conclut :
W sous LE SABRE
Quand voai T«ngei le peuple à la gorge taiii. Le serment et le droit, vous êtes, aongez-y.
Entre Sgobar qui règne et Géronte qui vole ; Et votre plume ardente, anarchiste, indévote, Démagogique, impie, attente d'un c^té A ce crime; de l'autre k cette lâcheté l!t
Vive Zola — contre Tindépendant cl vaillant Talmeyr-Ia-Frousse, contre Forain, antisémite irréductible — qui, lors de la réception du tzar au Louvre, sollicita d'être présenté au baron Alphonse de Rothschild ; contre Caran d'Ache et autres, toute une bande de fiers lapins, qui se défilent comme des lièvres, devant la trique :
111 courent, c'est à qui gagnera de vitesse.
PsstîPsstI font-ils.
Psst! Psstl...
Mais, quand on se présente, il n'y a plus personne.
Vive Zola I Vive Zola ! crions-le, pour tous ceux qui doivent se taire, aussi, ligotkés par la nécessité de vivre, des milliers
et des milliers qui sont avec nous» — seraient brisés demain, s'ils manifestaient publiquement ! Ah ! lisez les dénonciations de la Libre Parole : Voyez la révocation de M. Andrade, destitué pour avoir giflé un étudiant qui l'avait provoqué...
A bas Zola?
C'est bien, continuez, allez :
Quand Taustère penseur qui, loin des multitudes, Rêvait, hier encore, au fond des solitudes.
Apparaissant soudain dans sa tranquillité.
Vient au milieu de vous^dire la vérité, Défendre les vaincus» rassurer la patrie, Eclatez 1 répandez cris, injures, furie, Ruez-vous sur son nom comme sur un butin l Vous n'obtiendrez de lui qu'un sourire hautain, Et pas môme un regard! — Car, celte &me sereine, Méprisant votre estime, estime votre haine ! a
Vive Zola, Vive Zola ! — Contre tous ces ministres de honte, qui jettent la Nation dans les plus effroyables compromissions cléricales et militaires.
Vive Zola — contre le tortionnaire Le-
bon, qui supprime la loi, en détournant, de la façon la plus odieuse, les lettres de Dreyfus à sa femme.
Vive Zola — contre le digne commandant Esterhazy, l'exemple de l'Armée, que les juges du Conseil de guerre pressanl contre leur poitrine, Estenhazy, Tami de Drumont :
mes pauvres enfants I Soldats de notre France I
triste armée à Tceil terni 1 Adieu la tenté î Adieu les camps ! plus d*espérance I
Soldats ! soldats ! tout est fini !
N'espérez plus laver dans les combats le crime
Dont vous êtes tclaboussés Pour nous ce fut le piège et pour vous cVst TaMme.
Cartouche règne ; c'est assez.
Vive Zola, vive Zola ! — contre le Van Cassel, avocat-général au procès en cours, qui, naguère, à Saint-Omer, tirait des coups de revolver sur un fou inoffensif : il représente la magistrature de boue — et de sang.
Vive Zola^ — contre le président Dele-
gorgue, qui ferme la bouche à toute question de la défense sur laffaire Dreyfus, mais laisse tout dire aux Culs rouges du Cherche-Midi, en représentation à la Cour d'assises.
Vive Zohf vive Zola I contre tous ceux qui hurlent i
A bas Zola I