PAS DE SABRE
A Hermann Paul.
La monstrueuse illégalité des huis-clos sur huis-clos dans laffaire Dreyfus a découvert les Etats-majors.
Nous ne connaissions bien que Timpéritie des fameux chefs battus au Tonkin, en Tunisie à Madagascar — parlent.
Nous savons, à présent, ce que vaut l'élite rouge des bureaux, qui prétend a gouverner par le canon, pas par la raison ».
Sur ce, j'ai dit: Les généraux demau-
dent le bâillon pour la pensée ; — demandons la guillotine pour les généraux.
Formule violente, révolutionnaire I Oui.
Mais qui a brisé la légalité, sinon les Billot, les Mercier, les du Paty de Clam, les Ravary, les d'Ormescheville.
Us ont fait œuvre révolutionnaire.
Et nous ne dirions pas au pouvoir civil, à la nation : a Prends garde ; le sabre est tiré ; il va falloir Tavaler ».
Pourquoi ne le dirions-nous pas?
Parce que c'est insulter l'armée?
Nous n'insultons pas Tarmée — à moin^ que le Hulan Esterhazy ne soit armée.
L'armée, c'est nous tous. Ce n'est pas par Eux, les galonnés d'antichambre professionnels et mercenaires à la solde du pays.
L'armée, ce n'est pas ces quelques centaines cT ordonnances des administrations, des ministères, de la Présidence.
L'armée, c'est, dans chaque village.
cette bande de jeunes gens qui s'acheminent vers les mairies pour le tirage au sort, et la révision.
L'armée, c'est cette demi-douzaine de conscrits, le numéro épingle à la casquette, un peu bus, juchés sur un fiacre à deux places, emplissant la rue des couplets de la Marseillaise, — braves petits qui se réveilleront demain à la caserne, pour aller plus tard, sous des chefs incapables, arroser, de leur sang la brousse d'Afrique.
Ils sont des centaines de mille, et c'est l'armée.
En réclamant la responsabilité des généraux coupables, nous ne touchons pas à l'armée.
Qui nous accuse de le faire I
Delahaye, Dru mont, Rochefort, Gassa« gnac, Cornély, et le Jaluzot du Printemps^ et l'Edmond Blanc de la Côte d'Azur, et les Arthur Meyer et les Alphonse Uumbert
ilO sous LE SABRE
Voilà les défenseurs de Tannée.
Mais il faudrait six volumes pour recueillir les cris de haine proférés contre les grands porteurs de sabre, par Drumont, Rochefort, Cassagnac, Cornély, et les brillants satellites de ces planètes dorées, les Edmond Blanc et les Jaluzot !
Alphonse Hambert, défenseur de larmée !
Ecoutez ceci, de lui dans V Eclair ^ absolument indépendant de ce. bon « Guillaume », du 26 septembre dernier :
« Il ne faut pas nous parler de justice « militaire. Le mot est impropre : le pou- « voir qui frappe si impitoyablement les su^ « bordonnésy sans jamais réprimer, même de « la peine la plus légère, les plus crimi- <( NELS DES iCHEFS, ce pouvoir là ne mérite « à aucun degré le titre de justice. Il n'y a V rien en lui qui corresponde à une idée de « droit, »
Les défenseurs de l'armée ce sont en- • ore les gens de la droite, les héritiers
d'une noblesse qui marcha contre la patrie, que nos soldats en sabots, de la Révolution, chassèrent du territoire français ! Les gens de la droite, qui osent sortir de rhistoire où ils sont ensevelis sous la honte, pour défendre Tarmée !
Personne ne montera donc à la tribune de la Chambre pour imposer silence à tout ce monde, qui devrait quitter la salle des séances quand on y parle de la France, de la patrie et de Tarmée.
Personne ne leur criera donc :
Les généraux ont créé une situation révolutionnaire. Ils ont violé la loi. Pourquoi ? Il faut le savoir. Le moyen ? Une enquête, des commissions, des représentants du peuple.
Vous ne ferez que suivre Fexemple de nos aînés Aux représentants du peuple près des armées de la Révolution, nous devons nos grandes victoires nationales.
La Révolution abolit le ministère delà guerre, remercia seize généraux d'un
H 2 sous LE SABRE
mot, en prit de nouveaux, et ne s'en trouva pas mal.
Est-ce qu'on ne pourrait pas répéter sur nombre de nos généraux la parole célèbre : c< Les femmes de nos faubourgs en sauvent autant qiHeux. »
Des représentants, Masséna a écrit :
« Les représentants voulurent des victoires et les obtinrent. »
Alors, le Comité de Salut Public annonçait la victoire en permanence. Alors, la renommée était moins i^apide qxie notre gloire.
Et le représentant Levasseur était appelé le père du soldat, jouissant d'une telle estime que Kléber prenait son fils comme aide de camp.
De ces représentants, Jourdan écrivait après Wattignies : « Les représentants du peuple ont été à la tête des troupes. Ils ont inspiré, par leur exemple, à nos soldats, ce courage digne des républicains français. Rien n'a pu leur résister. »
La Convention posait eu jorincipe la sur*
veillance à l'égard des principaux agents du pouvoir. Elle iradmit pas qu'un général put se dispenser de rendre des comptes.
Sous Billot, la loi n'existe plus pour un du Paty de Clam.
Il peut emprisonner, interroger, torturer.
Le pays, le jury n'ont rien à dire : il leur échappe.
Nous sommes loin de ceux qui criaient à la barre de la Con\:î:ilioji : « Le mot de FORGE ARMÉE ne doit pas s^ouiller le Code d'un peuple républicain. »
Nous sommes loin du comité de jurisprudence criminelle q-ji, le £S avril 1890, présentait à l'Assemblée nationale un projet de décret sur les C\:'Stiils de guerre, consistant à rendre \di procédure publique.
Glorieux passé, immortelles dates.
« Quels sont ceux qui organisèrent nos « quatorze armées ! Quels sont ceux qui «marchèrent constamment à leur tète?
€ N'est-ce pas Carnot qui, marchant, un
« fusil à la main, à la tête de nos grenadiers, « fît lever le siège de Maubeuge? Quel est « celui qui, par son exemple et son dévoue- « ment, décida le succès de la bataille de a Hondschoote que Houchard avait com- « promis par son inertie ou sa trahison? Ne « fut-ce pasLevasseurde la Sarthe qui, sans « être militaire, osa encourir une grande «responsabilité en ordonnant des mesures « qui, si elles eussent été complètement a exécutées,eussent peut-être empêché Tar- « mée d'York de rejoindre ses vaisseaux?
« Saint-Just et Liebas n'ont-ils pas égale- « ment contribué puissamment aux pre- « miers succès de l'armée du Rhin? Cochon « et Briey n'ont-ils pas défendu avec cou- « rage la ville de Valenciennes et obtenu (< une capitulation honorable lorsqu'une « longue défense était devenue impossible ?
« Ne sont-ce pas deux montagnards, Rew- « bel et Merlin de Thionville, qui ont sou- « tenu un siège long et meurtrier contre « l'armée du roi de Prusse? Les armées des
« Alpes et des Pyrénées n'ont-elles pas cons- « tamment été conduites à la victoire parGa- « vaud et par Fabre de l'Hérault, etc., etc. >
Certes, je reconnais que Choudieu, ici, néglige un peu le talent et le mérite des généraux avec qui opéraient les représentants. Mais il est temps de rappeler aux républicains d'aujourd'hui ce que furent ceux de 93 — et ce qu'ils pensaient du Sabre,
Nous l'avons eu, depuis, le Sabre, tout ce siècle !
C'a été du propre!
Où en sommes-nous ! En 1870, incapables ou traîtres, les généraux nous ont livré à la Prusse : ce sont les représentants du peuple qui ont sauvé l'honneur.
Voici le Sabre tiré, maintenant, contre les ennemis... du dedans : contre l'Idée, contre la Loi, contre la Justice.
J'entends bien l'objection : où sont-ils les représentants du peuple, qui feront 1 émettre le Sabre au fourreau ?
Evidemment, je ne les vois guère sur le .
bancs des Assemblées qui ont flétri Zolr Scheurer-Kestner.
Pourtant, ils sont avec nous, les reprc sentants vrais du peuple, tous les grand , noms du travail, de la science ou de lart des représentants de la pensée et de Thumanité. dont se couvrent nos listes do protestation contre les juges du Cherche Midi — dans les ténèbres.
Convaincus de l'innocence de Dreyfus — ou simplement irrités de la violation effroyable de la loi à son égard, tous sont d'accord sur ce point capital :