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RIEN IVE VA PLUS

A Gustave Geffroy,

Rien ne va plus — se lamente dans le Soir y le croupier d'Edmond Blanc, le juif PoUonnais, quoiqu'il doive être rassuré . personnellement, en ce qui touche à l'honneur et à l'argent !

N'est-il pas chevalier de l'un et de l'autre?

On vient de le décorer, pour services exceptionnels aux tripots de son patron monégasque, député français — et la saison bat son plein à Monte-Carlo : le Tir

aux pigeons rend à merveille cette année :

alors?

Rien ne va plus, ô PoUonnais? Voyons, il n'y a pas six semaines que vous avez le ruban rouge ! Vous ne voudriez pas la rosplte tout de suite ! Il faut la gagner I Un pqu de patience — et encore un peu dlnfamie, que diable !

Rien ne va plus — se désole la Pairie^ de Jaluzot^ un chrétien qui en remontrerait aux Juifs, pour la rapacité. Hein, braves calicots du Bonheur des Dames, gentilles petites calicoies, vous en savez quelque chose de la générosité de votre bon directeur 1

Rien ne va plus — s'attriste la feuille de Jaluzot, qui a ajouté à ses rayons do parapluies un comptoir d'opinions politiques.

Non, l'inquiétude de ce négrier enrichi dans la traite des blanches, sa sollicitude pour les humbles boutiquiers ruinés par Taccaparement et l'exploitation des

grands magasins, c'est vraiment délicieux 1

Il y a quelque chose qui ne chôme pas à la Patrie, pourtant 1

L'industrie des faux papiers ne semble pas péricliter.

N'y a-t-il pas à. la tête de ce service un contrôleur général, le fln Millevoye, compère de Déroulède, caution de Norton ?

Naguère, on n'opérait que dans le civil; aujourd'hui, on fait dans le militaire !

A la dernière livraison, en banlieue, aux citoyens de Suresnes, ces messieurs n'ont-ils pas apporté des lettres de l'empereur d'Allemagne à Dreyfus !

Évidemment, les électeurs suburbains se sont esclaffés, et la Patrie s'écrie que rien ne va plus! — pour elle, peut-être...

De quoi vous plaignez-vous? trop modeste Jaluzot, qui, laissant toutes responsabilités à vos commis, vous abritez prudemment derrière les violettes d'Italie que vous avez coutume d'oflfrir à votre clientèle*

144 socs LE SâBRE

Rien ne va plos, répètent en chœur tons les organes da syndicat Esterhazy.

L'on raconte qae tel grand restaurant de nuit n a pas tous ses cabinets particuliers retenus chaque soir. U paraîtrait que la haute noce ne donue pas cet hiver...

Quel désastre.

A qui la faute?

A Zola, naturellement !

L'autre a reçu les confidences d'une promeneuse des Folies-Bergères. C'est le marasme. Pas le moindre Pranzini en vue, pas le moindre Prado, même pas un Anastay !

Rien ne va plus — on est à la baisse sur les confetti — ils seront pour rien, ce mardi gras.

Rien ne va plus — sanglotte la presse oflîcielle d'Esterhazy, apitoyée sur la diminution du nombre des fêtards et des filles dans les cabarets et les maisons closes. •

Rien ne va plus — coassent les Simond,

qui congédtent, par mesure d'économie, leurs dessinateurs, Hermann-Paul, Ibels.

Tantmieux d'ailleurs !

Cela nous a valu Le Sifflet^ en réponse au PsU î de cette gouape de Forain qui, il n'y a pas trois semaines, dans un dîner chez le sculpteur Bartholomé, disait :

« Le Figaro me dégoûte. On ne sait quoi y faire. Je voudrais dessiner à VAu^ rore ».

Rien ne va plus^ pour VEcho de Paris et le Gaulois j depuis que les manifestants payés de la place Dauphine ont été licenciés.

Mais les volontaires de la délation s'ingénient à remplacer les bandits de la police !

Honneur à r^'cAo de Paris/

Honneur eux. Gaulois I

Gloire à ces illustres chrétiens, à ces nobles représentants de la race, à ces fiers Français de France — les Simond et les Arthur Meyer.

i4b sous LE SABRE

C'est un reporter de VEcho, c'est un chroniqueur du Gaulois qui, mercredi, lancèrent la foule contre M* Leblois, sortant du Palais

Il faut nommer ces dignes personnages :

George Bonnamour et George Thiébaut.

« Chaque jour amène son mufle », dit un personnage de Maurice Donnay, dans VAffranchie.

Il y a des jours qui en amènent davantage, comme on voit.

Le premier n'était connu que par sa qualité de secrétaire de Maurice Barrés, de qui il faisait les courses. Il vient de se mettre au premier plan. La brigade des recherches aurait en lui un agent distingué. Lisez dans VEcho de Paris, les impressions d'audience qu'il y signe George Bec, ce sont des rapports de police fort bien venus.

Quant à M. George Thiébaut, journaliste incohérent et blafard, je n'ai jamais changé d'opinion sur lui.

dOUS LE SABRE Hl

C'est un touche-à-tout ondoyant de troisième ordre t boùlangisme, Panama, antiprotestantisme, anti-sémitisme, ici ou là, toujours il fut médiocre et impossible à suivre dans ses fluctuations trop fréquentes...

A répoque même où des Millevoye pouvaient réussir, il reste sur le carreau !

C'est un raté, même comme bôulangiste. ,

Aux côtés de Bohnamour, le voici en agent provocateur, ameutant les passants autour de M' Leblois, criant: A Teau, à reaul

Cela ne lui donnera pas la circonscription électorale qu^il cherche — sans résultat

Rien ne va plus — juge aussi Alphonse

Humbert.

V Association des journalistes républicains vient de le rejeter de son bureau, dégoûtée des palinodies de l'ancien père DuchénCf qui, maintenant, ramasse le crottin de cheval de TEtat-Major.

148 sous LE SABRB

Tous les membres du bureau ont été réélus, sauf l'Alphonse de V Eclair.

Et le soufflet atteint aussi les joues flasques de Sabatierla-Gourde, à qui l'un de nos amis de la Chambre ménage une pe* tite surprise.

Oui, un député indépendant se propose d'interpeller sur la promotion Sabatier- Pollonnais-Barthélemy, .pour connaître les titres exceptionnels qui leur ont valu c la croix des braves ».

Rien ne va plus — pour les camarades du Hulan de M"* de Boulancy, dont le revolver n'épouvante personne.

Les ruses jésuitiques des Billot, des Mercier, des Boisdeffre; les hésitations des Gonse ; les coups de clairon des Pelliéux, collés, comme des enfants à leur certificat d'études, par le colonel Picquart, et M* Labori, et M' Clemenceau — non, tout cela ne va plus...

Et, alors, sentant tout perdu, on frappe un grand coup. — M. b général de Pel-

sous LE SABRE i 9

lieux avoue une pièce secrète, de deux ans postérieure à la condamnation de Dreyfus !

Et « le coup de massue » s'abat sur ceux même qui Font asséné !

Rien ne va plus — Tindustrie souffre, le commerce pâtit, les affaires languissent, crient tous ces amis du peuple,

Le coupable, c'est Zola.

Les antisémites volent, violent^ assomment, tuent, à Alger : croyez- vous qu'on accuse la Libre Parole ou Y Intransigeant ?

Non : Zola 1

On vocifère dans les rues de Paris ; on saccage des boutiques et des usines !

MM. Bonnamour et Thiébaut, indicateurs spontanés,^ désignent M*.Leblois à la démence de la foule !

Zolal

On a été battu en 1870 : Zola !

Puis, nous avons subi tous les désastres de la.Tunisie, du Tonkin, de Madagascar où pourrissent des milliers de ca-

davres français, toute une jeunesse tuée — par nos grands chefs militaires ?

Non, par Zola.

M. le général de Pellieux ne lui a-t-il pas reproché la Débâcle ?

Oui, Zola Ta écrite (comme dans le D&sastre viennent de récrire aussi, admira- MffiBMint , deux fils d'un ^'aillant général^ ee!ui4à^ qui n'avait pas des campagnes que dans les bureaux, MM. Paul et Victor Margueritte !)

Zola a écrit la Débâcle ?....

Mais qui Ta faite ?

Général de Pellieux, vous avez la parole... ?

Mais vous ne répondez pas.

Le secret professionnel^ hein ? le secr^ de la défense nationale — un secret perdu !

Le capitaine Dreyfus a été condamné illégalement, en 1894 1

Pourtant Zola n^ faisait pas partie du Conseil de guerre.

Qu'importe ! A bas Zola !

Le commandant Esterhazy était un officier taré ; il s'est livré aux pires expédients.

Est-ce la faute à Zola si récriture du bordereau est récriture d'Estcrhazy ?

Ce protégé de Boisdefîre a écrit deux» cents lettres compromettantes, pour sa moralité, et qui nous instruisent pleinement sur ses sentiments à Tégard de la France!

N'empêche ! Zola est cause de tout.

Coupable ou non, comme s'exprime le général de Pellieux, Dreyfus doit expier.

Surtout, s'il est innocent.

On l'a dit au Conseil de guerre, qui a acquitté Esterhazy : le prisonnier de Tlle du Diable, s'il avait un peu de patriotisme, se résignerait !

Rien ne va plus, défenseurs d'Esterhazy, porteurs de sabre et de goupillon I

Quelle erreur !

Tout va — quand la justice va.,.

Quoique boiteuse et marchant à pas lents, selon les poètes^ elle a fait du chemin depuis huit jours...

Rien ne va plus?

Parce que ça va trop bien, — pour nous, n'est-ce pas?

• Criez, hurlez, mentez, assommez, assassinez : malgé tout ça va...

Oui, ça va...

Ça va — et ça ira...

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