LES MAUVAIS JUIFS
4 Fernand Vandérem.
« Nous autres catholiques », comme s'exprime le youtre Arthur Meyer — nous aurions bien voulu voir un peu plus certains Juifs, certains sales Juifs, dans toute cette campagne — où ils nous ont laissé à peu près seuls.
On les a peu vus; ils se sont défilés — c'est assez leur habitude — sous divers prétextes, au point de mériter pour leur lâcheté les éloges de la Libre Parole : pendant deux colonnes, le journal de Druniont, il y a quelques semaines, a féli-
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cité les Rostchild de leur abstention au sujet de Taffaire Dreyfus.
• — € Comme Juifs, vous comprenez, il s'agissait d'un de leurs coreligionnaires ! »
Dès lors^ c'était à nous, n'est-ce pas, de recevoir les coups à la place de ces messieurs, qui continuaient tranquillement leurs petites affaires.
Et, au fond, beaucoup étaient furieux de notre intervention. Ils eussent préféré Toubli de Dreyfus innocent, mourant au bagne, bouc émissaire de l'antisémitisme militaire, à la réclamation violente, au nom de la Justice et de l'Humanité, des Scheurer-Kestner, des Leblois, des Picqnart, des Zola.
Les sales Juifs !
Leur cas est extravagant : d'abord, ils sont les fauteurs de l'antisémitisme^ puisque Juifs ! — et puis, ils sont antisémites eux-mêmes! Admirable, en vérité!
Oui, les Juifs, les sales Juifs, cause de l'antisémitisme, sont des antisémites fa-
rouches ; ceux qui ont donné leurs filles et leurs millions à raristocratie française ot étrangère, — et ceux qui ne rêvent que de faire pareillement.
Car quelques centaines de Juifs seulement sont responsables de Fantisémitisme : le reste est pauvre comme Job !
Ces quelques centaines sont coupables, comme des milliers de capitalistes chrétiens.
Mais ceux-ci se défendent.
Les Juifs sont en passe de payer la casse, les premiers. Ils ne l'auront pas volé — pour une fois.
Attaqués, ils avaient le droit — surtout le devoir de se défendre.
Qu'est-ce qu'ils ont fait? Rien.
Drumont, entreprenant, dernier du genre, la croisade menée, à tous les siècles, par l'Eglise, contre les Juifs, ils sont demeurés coi, sans tenter de résistance.
Citoyens français, ils auraient pu arguer de la Révolution et des Droits de l'Homme.
Ils se sont tus, croyant que l'orage passerait..
Egoïstes et jouisseurs, ils n'ont même pas su avoir la solidarité d'un banquet, entre eux, comme les Bretons ou les Savoyards.
Archi-millionnaires, comptant des écrivains de premier ordre, ils n'ont même pas su avoir un journal juif: si, ils ont eu VEcho de Paris ^ des Simond, le Gaulois ^ de Talmeyer — contre eux...
Excepté Bernard Lazare, et les Reinach, pas de Juifs dans la mêlée...
Devant cet effacement — loué par l'organe même de MM. Jules Guérin et Max Régis, — il est bien à croire que nous avons combattu par raison, plus que par sentiment.
C'est qu'il y a des hommes ainsi faits — atteints de conscience, incurablement, comme a écrit le poète — qui ne peuvent se décider pour les mobiles suffisant à la vieille M"'® Gyp.
La comtesse Martel *** n'a pas trouvé de Juifs à son gré, Tautre jour, à la Cour d'assises. La race lui semble laide ; elle déteste les nez courts et les lèvres épaisses.
Sans doute, ses goûts vont aux faces régulières et pures comme celle d'Edouard, dont Léandre, dans le Bire, donnait le portrait, la semaine dernière.
Mais ne discutons pas l'antisémitisme précaire de Gyp — posé sur le profil des juifs : il y en a de très beaux.
Les Juifs seraient-ils les abominables pourceaux de la légende, puants et couverts d'écrouelles, que cela ne nous empé^ cherait pas de défendre leurs droits d'hommes et de citoyens : ce sont les ministres qui expédient nos soldats à la conquête des singes et des hommes des bois de l'Afrique — qui laissent crier : Mori aux Juifs ! La civilisation des Juifs nous est plus chère que la sauvagerie de certaines tribus tropicales.
Pour exciter à la haine des Juifs, on
tâche de nous démontrer que ce sont des lâches, cela prouve le courage des pilleurs de boutiques juives. Ils ont figuré en nombre dans nos armées — sans que leur valeur ait paru inférieureàcelledenos professionnels chrétiens. Je me rappelle un tableau de Meissonnier, représentant le siège de Paris, où se montre, au premier rang, le Juif Fraiichetti — « qui devait bien avoir un grain d'idéalisme, ce Juif Levantin, qui, à rheura de nos désastres, vint se faire tuer pour la France, sur les collines de la Seine » — remarque M. Anatole Leroy- Beaulieu, dans la Revue des Deux-Mondes de 1892. En 1898, lo, Revue papalcde Brunetière fait chorus avec les assassins d'Alger,
Le journal L'Armée française imprimait, en 1884, les lignes suivantes :
« Il y a cinquante ans à peine, des désordres, qui rappellent ceux d'Alger (1 884), mêmes récriminations suivies de scènes analogues de pillage, troublèrent une partie de TAlsace.
a Les Juifs étaient indignes de porter les armes.
« Une famille fort maltraitée quitta à cette époque (1832) un village du Haut- Rhin pour se réfugier dans la ville. Quelques années se passèrent ; le chef de la famille envoya son fils à l'Ecole militaire de St-Cyr. Le fils, blessé grièvement comme capitaine de zouaves à Malakoff, est aujourd'hui général de division.
« Dans cette même famille juive, il y a deux commandants, un officier, trois chevaliers de la Légion d'honneur et même un commandeur de TOrdre de Saint-Grégoire-le-Grand. »
(Il s'agit du général Sée qui a planté le drapeau français sur la tour de Malakoff — Le général Sée est encore vivant).
Depuis Tacite, qui écrivit : Les Juifs seuls n'avaient pas cédé aux aigles romaines. Ils craignaient plus de vivre sous le joug que de mourir », jusqu'à nos jours, il n'y a pas d'exemple historique de lâcheté
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des Juifs, plus que des chrétiens. Ah !
nous donnons un si bel aspect de bravoure depuis vingt-cinq ans — où la peur de la guerre dicte seule notre politique : La prochaine boucherie... a prédit Trochu de Pellieux — et Teffet de cette menace a été instantané sur les jurés de Paris :
Dans cette salle où Diea voit la laideur dès âmes, Devant ces froids jurés choisis pour être iniàmes. Ces douze hommes muets de leur honte chargés, O justice^ j'ai cru, justice auguste et sombre,
Voir autour de toi, dans Tombre»
Douze sépulcres rangés.
Porfp exciter à la haine des Juifs, on tâche de nous démontrer qu'ils sont d'une race impuissante, sans génie créateur :
leurs philosophes, leurs musiciens, leurs écrivains ne seraient jamais que des assimilateurs : tels Spinoza, Mendelssohn.
Tout de même, ils comptent Henri Heine — qui n'est pas la dernière des brutes.
Et ils peuvent se glorifier de quelques vavants, Vune dizaine de membres de
l'Institut, dont la qualité d'âme vaut bien celle de Félix Faure, d'Armand Silvestre ou de M. DufayeL
Leurs actrices ne sont pas négligeables — non plus — de Sarah Bernhardt à Brandès.
Quelle honte d'en être là, d'avoir à crier : tels citoyens ne sont pas les chiens pourris qu'on veut te faire abattre, peuple ; il y a, parmi eux, du mérite et de la gloire.
Que les Juifs aient leurs travers, leurs vices — qu'il y ait, dans la masse, des lâches et des criminels, cela est évident ; ils sont hommes.
De sales Juifs? Oh ! en quantité. Et ceux d'entre nous qui luttent, à cette heure, pour la République contre le sabre et le goupillon, le savent mieux que personne.
Nous ne les avons guère rencontrés sur la route des horions et des coups. Us n'ont rien compris à l'antisémitisme. On ne peut être plus impolitiques qu'ils ne l'ont été Vaudé'^en V© fort hier insinuf den.<
230 sous LE SACRE
son dernier roman. De là, fureurs des rabbins et des boursiers contre lui. Et ils ne savent pas se défendre. Relancés, une fois de plus, comme ils le furent souvent à trayers Thistoire, ils courbent la tête, s'humilient et font les morts.
C'est leur affaire — et cela fait la nôtre, en somme, s'ils consentent au sacrifice, plutôt que de combattre pour leurs droits.
En effet, toutes mesures contre les Juifs ne peuvent que servir la Révolution.
Vous voulez la révision des fortunes juives? Allez-y. Et, comme ajoutait Jaurès, à la tribune de la Chambre, nous proposerons un article additionnel.
L'antisémitisme, poussé à ses conséquences, n'est pas pour nous déplaire.
— Mort aux Juifs! hurlent, — ou plutôt font hurler au peuple, Taristocratie, le clergé, l'armée, la bourgeoisie françaises !
Soitl
Muis il faut méditer la oh ase do Ber
ISOUS LE SABRE 231
nard Lazare, dans son livre sur les causes de rantisémitisma:
« L'antisémitisme excite la classe moyenne, le petit bourgeois, et le paysan quelquefois, contre les capitalistes juifs; mais, ainsi, il les mène doucement au socialisme; il les prépare à Tanarehie, les conduit à la haine de toits les capitalistes et surtout du CAPITAL. »
La consommation de l'or juif ne sera qu'un apéritif pour le peuple.
Il voudra manger, ensuite.
Et nous verrons, alors, déchanter le c«pi/a/ chrétien.
— « Mort aux Juifs ».
En poussant ce cri stupide et criminel, les antisémites font œuvre révolutionnaire.
Ne nous en plaignons pas.