‹ Sous le vocable du chêneChapitre 20 sur 57 · PETIT CORTEGE · texte numérisé non relu

PETIT CORTEGE

Un noble cavalier galopait sur la route. A sa droite, riante, affable et sans détours Volait la Destinée qui fait qu'on la redoute. A sa gauche ballait l'Amour.

Le jeune homme chantait, car la route était longue ; L'Amour cueillait pour lui des fleurs à pleines mains; La Destinée brisait sous les pas de ses songes Les mille cailloux du chemin.

« Halte ! je n'en puis plus ! )) s'écria le jeune homme. Alors la Destinée lui prit avec douceur Les poings, les ligota, de plaintes économe, Et l'Amour lui broya le cœur.

Le sang que je vous apporte Est trop jeune et trop ardent; Ma chair n'est pas assez forte Pour vaincre ce bel enfant !

Ill'affole d'une étreinte,

D'un frisson il la soumet.

Mon sang de pourpre et d'absinthe

Ne sait jamais ce qu'il fait !

Il se trouble, il s'effarouche.

Toujours il fuit, danse, court Et de mon cœur à ma bouche Poursuit dans un cri l'amour!

Mon amie, je voudrais que ton père et ta mère Te chassent du foyer où nous sommes assis, Que devant toi tes fils baissent leur paupière Et que ton vieil époux t'arrache de son lit.

Je voudrais que tu sois nue sur la route immense» Ayant froid, ayant faim et m'appelant toujours, Que ta lèvre et mon nom liés par mon absence Célèbrent les fureurs de l'implacable amour I

Mais ne vous est-il pas plus doux d'être honorée Par les anges porteurs de lys et de flambeaux Et de me voir blêmir sour la juste risée De ceux qui vous ont mis le cœur dans le tombeau !

Alors que mes baisers s'accompagnent de pleurs, Que je vous entretiens des amours éternelles, Pourquoi déchirez-vous la nuit et sa douceur D'un rire qui vous fait odieusement belle ?

Et pourquoi dites-vous : « Phèdre, Hélène, Didon Vivaient sous un soleil plus brillant que le nôtre. Les années l'ont terni. Les feux des passions. Pour éclatants qu'ils soient, pâlissent comme d'autres ! »>

Suivez-moi donc. Triste et lâche profanateur, Je vous emmènerai chez une vieille femme. Comme sur un tombeau se penche un noir voleur, Je lui arracherai la moitié de son âme !

Vous me verrez lui dire un nom qui fît trembler Son sein de jeune fille et ses bras d'amoureuse : Que vos yeux sans frémir la regardent pâmer. Car l'enfer qui l'emplit la fait toujours heureuse !

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Tu peux, imitant le baiser, mordre ma bouche, Exposer mes douleurs à la pluie et au vent, M'arracher les ailes, comme le font aux mouches De stupides et beaux enfants !

Ne crois pas que le mal qu'il souffre aide à conduire De l'amour à la haine un cœur vraiment aigri, S'il allie la ferveur jusque dans son délire A la passion du mépris !

Pour moi, plus ma raison s'acharne à me défendre Contre les coups d'un vain espoir, plus mon destin S'attache à me prouver qu'ineffable, que tendre. Tu mériterais moins de soins.

Et puis je ne sais quoi d'autre et d'obscur m'enseigne Que la méchanceté fait place à la douceur. Comme on voit le bourreau de sa manche qui saigne Cacher puis essuyer ses pleurs I

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