‹ Sous le vocable du chêneChapitre 33 sur 57 · ETRE MORT · texte numérisé non relu

ETRE MORT

Plus rien ne s'efïorçant en moi vers la lumière,

Oublier, mais avec ferveur, mais pour toujours,

Quel nom chez les humains porte encor ma poussière

Et dans la tombe enfin chercher quelque secours

Contre ce mal, ce bien, ce feu dans les ténèbres

Et cette acre fumée dans la paix du matin

Qui m'ont appris l'amour de la chose funèbre

Et de la volupté m'ont enseigné la fin.

Ah ! ne lui plus vouloir baiser ses dents de louve,

Pouvoir ne plus goûter d'avilissants plaisirs,

Ne jamais plus céder dans l'ombre où l'on se trouve

Au pressant et cuisant aiguillon du désir !

Dormir et le savoir, ou, s'il faut qu'on l'ignore,

Du moins ne plus rêver qu'on vit, sentir le ver,

Ronger avec bonheur un sein que déshonore

Encor le souvenir. — Mais l'exécrable chair

Et ses bouquets de flamme et ses dansantes veines,

Ne les plus caresser ! Et surtout ne plus voir

Au visage emmêlée l'expression humaine^

Les traits si bien polis par les savants miroirs.

La bouche, à seulement contempler épuisante,

Son sourire foncé, ses obscures couleurs,

Les mains unies, l'indifférente à la brûlante,

Ni les yeux enfonçant leurs poignards dans les cœurs I

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