ETRE MORT
Plus rien ne s'efïorçant en moi vers la lumière,
Oublier, mais avec ferveur, mais pour toujours,
Quel nom chez les humains porte encor ma poussière
Et dans la tombe enfin chercher quelque secours
Contre ce mal, ce bien, ce feu dans les ténèbres
Et cette acre fumée dans la paix du matin
Qui m'ont appris l'amour de la chose funèbre
Et de la volupté m'ont enseigné la fin.
Ah ! ne lui plus vouloir baiser ses dents de louve,
Pouvoir ne plus goûter d'avilissants plaisirs,
Ne jamais plus céder dans l'ombre où l'on se trouve
Au pressant et cuisant aiguillon du désir !
Dormir et le savoir, ou, s'il faut qu'on l'ignore,
Du moins ne plus rêver qu'on vit, sentir le ver,
Ronger avec bonheur un sein que déshonore
Encor le souvenir. — Mais l'exécrable chair
Et ses bouquets de flamme et ses dansantes veines,
Ne les plus caresser ! Et surtout ne plus voir
Au visage emmêlée l'expression humaine^
Les traits si bien polis par les savants miroirs.
La bouche, à seulement contempler épuisante,
Son sourire foncé, ses obscures couleurs,
Les mains unies, l'indifférente à la brûlante,
Ni les yeux enfonçant leurs poignards dans les cœurs I