‹ Sous les lauriersChapitre 18 sur 24 · KU.MU.NU KOSIAND · texte numérisé non relu

KU.MU.NU KOSIAND

compagiioiis partis sur la nef de Kudel nous l'auraient fait connaître dans ce qu'il y a de meilleur; et nous eussions dit avec justice, nous aussi :

n'ayant à souhaiter plus rien.

Merci, Seigneur! Merci, Mélissinde ! — Combien, Moins heureux, épuisés d'une poursuite vaine. Meurent sans avoir vu leur Princesse lointaine !...

Comme vous, j'avais grande envie (riniiover dans mon discours. Si je m'étais (îcouté, je ne vous aurais pas répondu en prose; pas davantage en vers ; j'aurais redit beaucou[) des vôtres, ceu\ de la mélodieuse Princesse. Je les dis mal : j'aurais dû céder ma place à celle ([ui les dit bien. Mieux que toutes mes paroles, ils eussent justifié votre présence ici. Que ne doit-on pas à l'homme qui lit chanter son àme dans le sortilège de ces syllabes?

D'aucuns vous reprochent uu bonheur trop constant. La malignit('' voudrait ^ mordre ; un moment de iN-tlexion la décourage. Pour peu qu'elle regarde attentivement dans votre ojuvre elle est obligi-e de s'avouer cette vérité désolante : il est parfaitement juste ([ue vous soyez parfailcm(;nt heureux. \oii^ n"a\e/. fait que du bien. Ku louant la retenue (hj Bornier dans ses

écrits, vous caractérisiez les vôtres : comme lui, vous avez prévu la rencontre de vos livres et de vos enfants. Mais votre honnête réserve est plus méritoire que la sienne : les sujets et le genre où vagabonde votre imaginative offrent des tentations épargnées à la tragédie. Quel singulier phénomène êtes-vous donc, Monsieur ? Vous remplissez les théâtres ; et vous dédaignez les ingrédients que l'on croit nécessaires à la prospérité de cette industrie. S'il n'y avait que vous, les censeurs mourraient de faim près des caissiers qui s'enrichissent. Pas une scène dans vos comédies dont une jeune fille puisse s'effaroucher; la mère y mène de confiance ses enfants : ils ne recevront dans un éclat de rire que des leçons de courage, de beauté morale, d'humaine pitié. Et ce n'est pas chez vous le résultat d'une surveillance rigide; c'est, nous le sentons bien, l'effet d'une complexion saine autant que riche. Pareil à la voix de Mélissinde, votre talent garde « une intonation de source », naturellement pure comme le cristal.

Revenons en terminant à l'autre singularité, non moins rare, qui achève le parallèle entre vous et votre prédécesseur. Vous aurez fourni tous deux une démonstration consolante.

On dit, et les événements en font la preuve, qu'il est très malaisé d'émouvoir ce pays de France. La plupart de ceux qui le disent avec chagrin voudraient qu'il prît feu pour leurs doctrines, leurs passions, leurs intérêts. Ces astrologues lui promettent tous la lune, telle que chacun d'eux la voit dans sa lunette. Peines perdues; ils ont beau crier, se démener, la France reste sourde, indifférente ; elle ne veut prendre avec personne ce que les dames appelaient, dans la langue discrète d'autrefois, les derniers engagements. Pourquidoncs'émeutelle ? A qui se donne-t-elle sans réserves? — A des poètes ; à des montreurs d'idéal qui ne lui promettent rien, qui lui demandent de regarder en arrière les vertus des aïeux et d'y chercher des exemples d'héroïsme. Vous l'avez dit, Monsieur,

On finit par aimer tout ce vers quoi l'on rame.

Les actes héroïques sont en puissance dans les âmes qui vibrent à vos chants. C'est pourquoi vos pareils peuvent seuls prétendre à la vraie popularité, au pouvoir absolu sur les cœurs. Seuls, ils savent le secret de réveiller 1 enthousiasme que l'on croit mort, parce qu'il

se glace quand on veut l'égarer sur les disputes de Byzance, sur les ambitions de Lilliput. Honorons la Poésie : cette Princesse lointaine ne nous trompera jamais. Sur le cercueil triomphal d'Hugo, sur les théâtres où nos ovations allaient chercher un Bornier, un Rostand, la France saluait ses représentants naturels, ceux qu'on n'élit pas et qu'un décret d'en haut nous impose ; ils gardent dans leur génie, comme en un reliquaire, la grande image de nousmêmes qu'ils dévoilent aux jours d'affaissement, la radieuse figure qui fut la nôtre dans le passé, comme elle doit l'être encore dans l'avenir.

Ce n'est pas ici que l'on prendrait ombrage de cette prééminence des poètes : nous en sommes heureux et fiers ; nous associons dans un même remerciement le vieux confrère disparu, le jeune confrère à qui nous souhaitons la bienvenue.

DISCOUHS

l'ROiNOiNCI': AUX FUNERAILLES

DE

M. JOSK-MAIUA bK IIKUKIMA

MKMIihE \>E L ACADEMIE FRANCAISK

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